LA CARTE BIOMÉTRIQUE: Un désastre !

Malgré leurs grands discours de campagne, ils sont revenus sur leurs engagements. La carte d’identité nationale biométrique contestée sur tous les fronts est un de ces dossiers symboles qui illustrent la grande trahison du gouvernement jadis désigné sous le vocable Lepep. La pression étant forte sur les résistants à la carte à l’approche de la date butoir du 30 avril, nous avons décidé, avec une amie, de nous y plier. La décision est prise : mercredi 26 avril, destination, les bureaux du NPF à Rose-Hill. Autant y aller en bus parce que, pour le parking, c’est évidemment galère à ce centre névralgique.
Arrivées sur place vers  11h  ce mercredi 26 avril, premier constat : sur une colonne à l’entrée, un semblant d’affiches, du papier de couleur jaune (notre photo), dont la plus basse est à moitié décollée et illisible avec quelques renseignements basiques. Déjà, bonjour la smart city et la smart island. Sinon, une longue queue on ne sait pas trop pourquoi et personne pour guider les arrivants. En nous approchant, on entend quelques récriminations de personnes qui se plaignent de plusieurs journées de travail manquées à cause de cette fameuse carte. Pas mal de personnes âgées aussi, la mine complètement défaite en apprenant qu’il faut revenir.
Où s’adresser pour savoir comment faire ? Ceux qui sont revenus plusieurs fois nous incitent à passer devant tout le monde et à aller à l’intérieur, un bureau exigu avec des personnes debout, un policier et d’autres donnant leurs empreintes. Nous demandons ce qu’il faut faire.
Un préposé veut bien nous écouter. Il nous balance : « Pou zordi, inn fini la ! Ou bizin reveni demin. Ala ou papier. » Sur le papier, il y a un 27/4 marqué. À quelle heure faut-il venir le lendemain ? « Ou vini 9h, lerla ou pou koné ki ler ou pou passé ! » Ah bon ? Mais si pou passe dans l’après-midi, ki pou arrivé, nous res lamem enn lazourné ? demandons-nous. « Oui, sistem-la ki koumsa ». On aurait pu penser qu’il y a un tampon avec l’heure d’arrivée, la date du jour du rendez-vous fixé et une heure approximative pour se faire enregistrer. Selon le système premier arrivé, premier servi. Non, rien de tout ça.
Ayant déjà des engagements pour le jour même et le lendemain, nous quittons les lieux en nous disant qu’on attendra les premiers jours de mai pour nous enregistrer, Yogida Sawmynaden pouvant, si cela lui chante, envoyer les flics chez nous, comme Ramgoolam l’avait fait après qu’il eut pris une certaine Nandanee Soornack en photo un 10 décembre 2012 dans l’enceinte du collège Maurice Curé.
En tout cas, l’organisation de cette conversion de carte version Lepep est un vrai désastre. Pas étonnant que la police a dû être mandée à Port-Louis mercredi pour calmer des gens exaspérés par cette bureaucratie d’un autre siècle et las d’être bloqués dans d’interminables files d’attente.
Cette affluence accrue et quotidienne est d’autant plus étonnante que l’on a fait croire à la population, il y a plus de deux mois, qu’il n’y avait plus que 2 000 personnes qui n’avaient pas procédé à la conversion de leurs cartes. Depuis, on nous raconte qu’il y a chaque jour 250 demandes traitées. Ce sont peut-être les nouvelles mathématiques “post-truth” mais on a quand même du mal à se retrouver.
A l’ère de la télé-déclaration de l’impôt et autres transactions effectuées  en ligne, où des cartes sensibles sont souvent expédiées par voie postale, au moment où certains font croire qu’ils ont déjà réalisé la révolution numérique, quel amateurisme! En tout cas, on ne pensait jamais avoir à regretter Rama Rao et ses équipes mobiles qui avaient grandement contribué à décentraliser la conversion. Au moins il y avait quelqu’un à la manette pour veiller au bon déroulement de l’opération.
On ne pensait pas non plus regretter Anil Baichoo et son système autrement plus efficace de délivrance du permis à points dans les postes de police et selon un ordre alphabétique où tout un chacun pouvait se retrouver. Déjà qu’on ne voulait pas de cette maudite carte, voilà que c’est devenu en plus un vrai chemin de croix que d’être obligés de le posséder.