La grande névrose…

Vraie surprise en cette fin de semaine. Deux fidèles de l’écurie bleue passés à la trappe. Alain Wong, d’abord, jeté par dessus bord, le week-end dernier, de la présidence de la Tourism Authority. Lui était surtout un proche de sir Gaëtan Duval, un vieux de la vieille qui avait ses petites entrées chez l’ancien leader du PMSD. Plus curieux, le renvoi de la présidence de la Mauritius Tourism Promotion Authority, vendredi, de Robert Desvaux, un fidèle parmi les fidèles de Xavier Duval, celui qui l’a accompagné depuis ses débuts en politique.
Ces renvois spectaculaires sont des décisions personnelles du ministre du Tourisme, Michael Sik Yuen, qui, dans un accès d’amour-propre, dit-on, a voulu s’affranchir de la « clique à Xavier ». Mais s’il a eu l’audace de toucher à la garde rapprochée de son leader, c’est qu’il a dû obtenir le feu vert de celui qui est au-dessus de lui, le Premier ministre, celui qui décide du sort des uns et des autres et des ministres surtout.
Et si le malaise était plus profond… Et si le PMSD, accusé d’avoir pesé de peu de poids, était dans le viseur de certains travaillistes depuis la débâcle des municipales… Et si, comme le prétend l’entourage de la direction du MMSD d’Eric Guimbeau, un accord a déjà été conclu avec Navin Ramgoolam… Et si Michael Sik Yuen, après avoir revendiqué l’appartenance à la “population générale” pour entrer au Parlement avant de se redécouvrir “sino-mauricien” le temps de la fête du Printemps, avait cette fois découvert que son ADN politique est d’une autre couleur que le bleu et qu’il était plutôt rouge. Et si tout cela n’était pas aussi farfelu qu’il n’y paraît. L’avenir le précisera.
Si cela ressemble à une vraie tempête au PMSD, c’est en tous cas une tempête dans un verre d’eau, sinon un auto-but, que la saga des contrats des Independent Power Producers, dont la publication a été présentée comme un exercice majeur de transparence. Il n’y a que ceux qui ont envie d’être dupés qui l’ont été. Ceux qui suivent ce dossier savent déjà que les seuls contrats qui n’avaient pas encore été rendus publics sont les quatre qui ont été conclus sous des gouvernements travaillistes, en 1996, 1997, 1998, et le fameux CT Power, négocié en décembre 2008. Les accords passés entre 2000 et 2005 avaient été déposés à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, le 18 mai 2004 pour la Centrale Thermique du Sud (CTDS), et le 22 février 2005 pour celle de Savannah.
Mais brasser du vent est à la mode, et l’agitation, la tendance du moment. C’est la grande névrose au Conseil des ministres. On a vu Hervé Aimée aller à Agalega sur le Dornier de l’État s’en prendre à des citoyens de la République, quand bien même ils sont éloignés, non pas pour écouter leurs doléances, les réconforter et leur dire ce qui peut être fait dans l’immédiat ou à moyen et long termes, mais pour les insulter sur un ton des plus menaçants. Sans compter ses diatribes contre l’Église. Les Agaléens sont encore sous le choc. Non pas des vents violents du dernier cyclone, mais du passage en coup de vent renversant du ministre des Iles éloignées.
La névrose est vraiment partout. La ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, sollicitée sur le cas des réfugiés de l’inondation de mercredi, a semblé dire que les centres dits de refuge ne sont pas censés les accueillir, mais elle a même ajouté que ceux qui s’y sont installés auraient du venir avec leurs matelas et leurs draps. Si quelqu’un quitte sa maison, c’est qu’il y est contraint. Comment alors lui demander de courir avec ses effets jusqu’au prochain refuge ? Comme on sait maintenant qu’il peut y avoir des victimes d’inondations, la meilleure chose à faire, c’est de mettre en place un dispositif d’urgence pour les accueillir de manière temporaire.
Plus que nerveux mais carrément absents, ce qui n’est pas plus mal lorsqu’on n’a pas de réponses aux questions que leurs mandants leur posent, les élus du N° 13. Que le ministre Anil Baichoo, loin de son patelin de Flacq/Bon Accueil, se soit débiné sur le pont de Souillac devant la colère des riverains, cela peut se comprendre, mais que les élus locaux, Abu Kasenally, Pradeep Peetumber et Tassarajen Pillay Chedumbrum aient, eux aussi, disparu du terrain parce que, selon un d’entre eux, ils craignaient des « émeutes » en dit long sur l’humeur des députés et ministres et l’état de leurs relations avec leurs mandants.
Il a fallu que le nouveau fire-fighter du gouvernement, Arvin Boolell, aille calmer les habitants de Souillac pour que le calme revienne. Qu’il se soit transformé de distributeur de macaroni en super scavenger, en déblayant la route principale de ses propres mains, le fait demeure qu’il a eu le courage d’affronter des habitants excédés qui sont d’une circonscription voisine de la sienne, pendant que les principaux concernés, eux, se dérobaient.
La seule décision sage qui a été relevée en cette période de grande névrose est celle prise, hier même, par le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, de mettre un terme immédiat au programme de “repas chauds”. Puisque c’est ce que nous souhaitions ici même la semaine dernière, nous ne pouvons que nous réjouir de cette décision. Le ministre de l’Éducation envisage une autre formule plus adaptée à la situation. C’est très bien. Le “repas chaud” n’étant pas indispensable en ces moments de forte chaleur, on peut parfaitement penser à un kit déjeuner composé d’un sandwich équilibré, d’une boisson, de l’eau ou du jus, et d’un fruit local de saison, une manière aussi de réconcilier les petits avec ce qui se cultive sur notre territoire. C’est sûr qu’avec l’apport de nutritionnistes qualifiés, le gouvernement finira par trouver la bonne formule pour offrir un repas décent et sain aux enfants nécessiteux.