La leçon comorienne

Aimé Jacquet, qui a conduit l'équipe de France au sacre mondial en 1998, a dit dans son livre Ma vie pour une étoile : « Une sélection nationale n'est pas une juxtaposition d'individus, mais un groupe qui vit son football. » Or, il semblerait que le Club M ne ressemble, en ce moment, qu'à un méli-mélo d'individualités, sans capacité collective, sans jeu de fond. Sinon, comment expliquer la déroute contre les Comores ?
Le Club M avait pourtant trouvé un style propre à lui. En témoignent les victoires contre le Mozambique et le Rwanda. Mais contre les Comores, cette petite étincelle n'y était plus. Pourquoi ? Est-ce la préparation ? Est-ce l'absence d'une cohésion de groupe ? Un complexe vis-à-vis de l'adversaire, vainqueur à l'aller ? Peut-être. La réponse pourrait se trouver là : les Comores ont travaillé, se sont posé les bonnes questions et ont finalement dégagé un groupe qui a à cœur de défendre chèrement sa peau. Dans le passé, jamais Maurice ne s'est inclinée contre les Comores. « Il ne faut pas s'arrêter au passé », avait déclaré Joe Tshupula avant la rencontre. Prémices d'une élimination prématurée ?
Non. Il a préparé son groupe en fonction de l'événement. Sauf que l'adversaire s'y était mieux préparé. Il faut cependant noter les similitudes existant entre les deux groupes, qui travaillent ensemble depuis deux ans, qui sont composés, à différents degrés, de joueurs expatriés. Ce sont toutefois les Comores qui ont eu le dernier mot. Est-ce là le signe que le football local est en déclin ? Maurice a, depuis trois ans maintenant, un championnat professionnel. Ce qui, dans la pratique, devrait signifier un rehaussement du niveau.
La faute ne revient, toutefois, pas aux joueurs. Elle revient, en fait, à l'absence de vision des dirigeants de la Mauritius Football Association (MFA). Explications : depuis 2015, Maurice a connu trois DTN. Didier Six, qui n'a pas tenu six mois, son adjoint Alain Happe, qui a tenu à peine plus longtemps, et Sébastien Sirot. Ce dernier, arrivé en septembre dernier, a relancé dès sa prise de fonctions la détection des jeunes talents. Ce qui a remis la formation dans sa juste perspective.
Maurice ne peut pas se targuer d'avoir des joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens. Mais nous pourrions, tout au moins, nous vanter d'avoir produit de bons joueurs. Et Dieu sait qu'il y en a. Mais pour cela, il est temps que la MFA se mette au travail, identifie des joueurs qui seront capables, à court terme, d'alimenter les jeunes sélections nationales. Ensuite, travailler à moyen terme, avec des objectifs précis comme les JIOI 2019. Et finalement, à long terme, viser une place en phase finale d'une CAN.
La MFA ferait bien de redresser la barre. Sinon, les chers dirigeants du football mauricien se retrouveront avec une bien triste étiquette. Ce seront eux qui auront transformé le maillot du Club M, qui symbolise ce que le pays fait de mieux en matière de footballeurs, en livrée d’infamie.