Que la lumière soit !

Quelque chose de bon sortira-t-il de ce débat, ô combien complexe mais important, sur la situation énergétique dans le pays ? La lumière pourra-t-elle enfin jaillir de cet imbroglio auquel se sont mêlées des intrigues de toutes sortes, en particulier d’ordre politique, économique, communautariste ou sectaire ? Pourra-t-on enfin dégager une politique énergétique à la mesure des ambitions du pays en matière de développement et préparer Maurice à répondre aux besoins d’aujourd’hui et des années à venir ? Pour répondre à cette question, nous devons en premier lieu être en mesure d’avoir une vision claire, honnête et objective de la situation et être capable de voir plus loin que la centrale à charbon de CT Power, et ce même si ce dernier projet est à l’origine du débat qui défraye l’actualité depuis plusieurs semaines. Le gouvernement estime que tout le bruit entourant ce projet, ainsi que les polémiques provoquées autour du « charbon noir » et du « charbon blanc », ne font pas partie d’une stratégie destinée uniquement à amener l’opinion publique à accepter l’idée de la construction de CT Power, comme veut le faire à tout prix le CEB.
L’introduction dans les débats des contrats signés entre le CEB et les IPPs est éclairante, mais ne devrait pas nous enfermer dans le passé. Aussi bien le gouvernement actuel Ptr-PMSD que celui du MSM-MMM ont, d’une manière ou d’une autre, été impliqués dans ces accords qui avaient, au moment de leur conclusion, leur raison d’être. Il ne faut pas perdre de vue que 58,6% de nos besoins en électricité proviennent des centrales à bagasse et à charbon. Comparer l’IPPs au CT Power est d’ailleurs complètement « irrelevant » car les IPPs produisent de l’électricité pour les usines sucrières, les raffineries et les distilleries avant d’alimenter le réseau national, et leur coût de production est inférieur à celui du CEB. En fait, en cette matière, il n’est pas non plus juste de dire, comme le soutiennent certains, que le coût de production de CT Power sera de 20% inférieur à celui des IPPs. Les coûts évoqués par les partisans du projet ne tiennent en effet pas compte des frais nécessaires pour que les 31 conditions imposées par l’Environment Impact Assessment Tribunal soient respectées. De même qu’ils ne prennent pas en considération la nécessité de construire une jetée pour le débarquement des cargaisons de charbon par la mer. Les promoteurs ont pris la précaution de préciser que leur prix sera déterminé « après » la construction de la jetée.
Selon les spécialistes, dont Joël de Rosnay, le CEB est mal placé pour faire de grandes projections en matière de consommation et de demande énergétique durant les prochaines années du fait que l’organisme se trouverait en situation de conflit d’intérêts. Même si ses prévisions selon lesquelles la demande durant les heures de pointe pourrait atteindre 574 MW dans dix ans sont pertinentes, la question de confiance reste posée. D’où la demande répétée du secteur privé, ainsi que de Joël de Rosnay, en faveur de l’introduction d’un cadre régulateur et de l’entrée en opération de l’Autorité de Régulation de l’Énergie, qui a d’ailleurs déjà fait l’objet d’un texte de loi adopté en 2005 mais qui n’est pas encore en vigueur. Au niveau du MID, on prévoit la promulgation complète de l’Energy Efficiency Act pour l’année prochaine. Tous les espoirs sont donc permis.
Il est un fait aujourd’hui qu’aucun développement ne peut être envisagé sans énergie électrique. La création de villes nouvelles à Highlands sur les terres d’Illovo ou à Riche-Terre, sur celles de Jin Fei, ainsi que les projets de développement hôtelier, la création des IRS et des RES et autres projets de développement manufacturier, nécessite non seulement de l’eau mais aussi, c’est un fait, de l’électricité. Il n’est cependant pas inapproprié de se demander quel mode de vie et quel type de développement nous voulons pour l’île Maurice. Voulons-nous devenir, comme la Chine, une usine de production ? Voulons-nous une vie confortable dans l’esprit du concept Maurice Île durable (MID), comme préconisé par le Premier ministre ? À ce titre, il est d’ailleurs intéressant de se rappeler les principaux objectifs du projet MID, qui s’établissent comme suit : « Meeting the Republic’s long term energy needs sustainably with the time horizon at least 2030 ; reducing energy consumption in non-residential buildings by 10% by 2020 ; reducing energy consumption in the transport sector by 35% by 2025 ; increasing the share of sustainable renewable sources in electricity production to 35% by 2035. »
Aujourd’hui, le monde a changé. Le changement climatique a modifié la donne et nous a fait prendre conscience de la nécessité de protéger l’environnement. Ce qui prend donc en compte les sources de production énergétique. Les populations sont de plus en plus réfractaires à l’utilisation des sources énergétiques polluantes. Un changement de mentalité est en cours. Les mesures gouvernementales pour encourager l’utilisation de chauffe-eau solaires ont d’ailleurs remporté un grand succès, même si ces installations coûtent cher. L’utilisation des ampoules économiques entre elle aussi graduellement, mais sûrement, dans les mœurs, et ce en dépit de leur prix élevé par rapport aux ampoules classiques. L’idée que l’électricité n’est pas produite à prix fort pour être gaspillée gagne du terrain. L’Energy Efficiency Management Office, dont le but est d’encourager une utilisation efficiente de l’énergie, est opérationnel.
Il appartient maintenant au gouvernement de fixer le choix et de définir clairement sa politique par rapport aux sources énergétiques les plus appropriées pour le pays. De même qu’il doit se prononcer par rapport à l’utilisation du charbon, de l’huile lourde, de la bagasse, de l’éthanol et d’autres formes d’énergies renouvelables. Tout cela pour souligner l’importante mission à laquelle doit s’atteler la Commission Manraj sur l’énergie, car elle dépasse largement CT Power ou la question de « charbon noir » et de « charbon blanc ». Il s’agira de dégager, une fois pour s, les contours de la politique énergétique du pays en conformité avec l’esprit de MID.