La mafia est (bel et bien) là !

Les menaces de mort et les tentatives d’intimidation dont ont fait l’objet Paul Lam Shang Leen et Sam Lauthan, respectivement président et assesseur de l’actuelle Commission d’enquête sur la drogue, viennent surtout confirmer (s’il le fallait encore) l’existence d’une mafia; à l’œuvre dans le pays, étendant ses tentacules dangereusement et n’hésitant certainement pas à prendre tous les risques pour tenter d’enrayer la machinerie mise en branle avec la tenue de cette Commission d’enquête. De même, il ne sera nullement étonnant d’apprendre que l’ASP Tuyau devienne (ou soit déjà) également la cible de ces marchands de la mort !
La présence d’une mafia dans notre pays n’est définitivement pas un fait nouveau. L’assassinat, le 3 janvier 2010, de Denis Fine, à son domicile, à Pamplemousses, confirmait cela. Atteint d’une balle en pleine tête, tirée de vraisemblablement un calibre 0.22, selon les sources policières qui enquêtaient sur ce crime, Denis Fine tombait… dans le cadre d’un règlement de comptes, entre partenaires dans un même trafic. Celui de la came.
Héroïne (déclinée en Brown sugar, chez nous, après ajout de divers ingrédients), mais également, ainsi qu’en ont dévoilé plusieurs saisies récentes, cocaïne, amphétamine, métamphétamine, LSD et autres produits classés substances illicites sont disponibles chez nous. Et pas depuis peu ! Confirmant, encore une fois, l’existence d’un réseau. D’un trafic certainement bien rodé.
Les menaces proférées à l’encontre de P. Lam Shang Leen et de son collaborateur, Sam Lauthan, ne sont évidemment pas innocentes, et rien ne dit qu’elles s’arrêteront là. Il s’agit, bien évidemment, d’une tentative de ceux – qui sentent que l’étau se resserre autour d’eux – de vouloir faire taire leurs adversaires. Lam Shang Leen, Lauthan et Tuyau sont des empêcheurs de tourner en rond qui ont commencé à fourrer leurs nez dans les petites affaires de ces messieurs (et pourquoi pas, ces dames) qui gèrent le business de la mort…
Que la Commission d’enquête sur la drogue veuille faire la lumière sur comment, éventuellement, les Peroumal Veeren, Lena Gentil, Gro Derek ou autres, déjà condamnés ou sur le point de l’être, pour trafic de drogue, mènent leurs business de l’intérieur des prisons, est un axe important. Dans le même souffle, les enquêteurs de l’ASP Hector Tuyau ne lésinent sur aucune piste. C’est ainsi que depuis peu, l’axe de blanchiment d’argent via certains casinos est aussi à l’agenda de la Commission.
Viendra également, on l’imagine, le monde hippique, avec les mises astronomiques et le fait que bon nombre de bookmakers soient déjà dans le collimateur des forces de l’ordre. À ce stade, déjà, le nom de Shahebzada Azaree, patron de Gloria Fast Food, a déjà défrayé la chronique. D’autres viendront, sans aucun doute, allonger la liste. Le blanchiment de l’argent sale ne passe-t-il pas surtout par ces avenues?
L’émergence d’une mafia et sa consolidation, nous ne cesserons de le répéter, étaient évitables... si toutes les mises en garde et les sonnettes d’alarme tirées, tant par la société civile, dont les travailleurs sociaux et les Ong, que par certaines institutions, elles-mêmes, dont la police, avaient été entendues. Le trafic de la mort génère énormément d’argent. Le quidam du coin n’affiche aucun état d’âme si une occasion se présente à lui parce qu’il sait qu’il décrochera le jackpot en un tournemain…
La source de l’existence d’un trafic est, comme on le désigne dans le jargon, le fait qu’il y ait la demande. Des clients. Des toxicomanes. Des Mauriciens, femmes comme hommes, jeunes et moins jeunes (et depuis quelque temps, même des gosses, si, si hélas !) sont devenus accros à ces produits. Des substances qui, selon leurs “marketing officers”, jockeys et dealers, vendent du rêve, des sensations extrêmes, du plaisir…
Il y a quelques années, grâce à une certaine prise de conscience politique, férocement appuyée par un soulèvement de la société civile, plusieurs mesures d’urgence et dans le long terme, aussi, ont été mises en place pour sortir les accros de l’addiction. Et ce faisant, diminuer la demande. Alors quand Pravind Jugnauth se bombe le torse lors de ses sorties publiques, et se présente comme le grand “Rambo” des trafiquants de drogues, on dit “holà !”
C’est facile de déclarer publiquement que c’est sa seule volonté politique qui est derrière le nombre d’arrestations et de saisies. Qu’il annonce des “grands coups”, aussi. Mais que fait-il pour diminuer la demande ? Demande, qui d’ailleurs a pris la courbe ascendante depuis qu’Anil Gayan, alors à la Santé, a tout bonnement supprimé un traitement (la méthadone) ? D’accord, il veut terrasser le trafic. Et quid de l’addiction ? Car ce n’est qu’en réduisant la demande que l’offre diminuera.
Ceux qui régissent le trafic ne sont ni novices ni à court d’idées. Une logique avérée note que les trafiquants, sachant qu’une destination est soumise à un contrôle rigoureux, comme pour l’heure à Maurice avec la tenue de la Commission et des efforts redoublés des autorités, doublent leurs cargos et multiplient mules et passeurs… Afin de se garantir que sur 10 envois, au moins la moitié arrivera à destination !
Ainsi, tant que la demande perdurera, l’offre sera encore plus forte ! Souhaitons seulement que Pravind Jugnauth comprenne cette logique et réagisse avec la même célérité et engagement que pour le trafic !