En devenant le premier Premier ministre qui ne correspondait pas aux traditions et qui ne répondait pas aux critères convenus, Paul Bérenger avait déjà marqué l'histoire. Un tabou était brisé. Il vient d'en briser un autre en révélant son cancer au pays tout entier, le lendemain même de la confirmation du diagnostic dans ce sens. Son geste, rare, pour un homme public, est une manière de dédramatiser cette maladie et de donner espoir et confiance à ceux, de plus ne plus nombreux, qui en sont atteints.
Personne n'est parfait mais, dans un pays où tout se résume souvent à la triche, à la tromperie et à l'hypocrisie, ce qu'a fait, mercredi, le leader du MMM révèle finalement tout du personnage, de son caractère bien singulier et de ses qualités exceptionnelles que certains aigris, au-delà même de la politique, n'ont cessé de nier lorsqu'ils n'ont pas essayé de caricaturer tout ce qu'il entreprend. Lorsqu'on est un nain, pas dans le sens physique du terme, mais petit par le caractère et le comportement, il est évidemment difficile de reconnaître un géant. C'est le cas de beaucoup de tonneaux vides qui se signalent par leurs vociférations stériles et revanchardes.
Dans un pays où certains cachent jusqu'au fait qu'ils fument, pas le gandia mais la cigarette, ou qui croient que le diabète est une maladie qu'il ne faut pas avouer, comme s'il était honteux, venir dire au grand public que l'on a un cancer n'a certainement rien de banal. Ce qu'a fait le leader de l'opposition constitue une belle leçon, non seulement de courage, mais d'espoir aussi. Un désir de vaincre l'adversité, un hymne à la vie quand bien même nous savons tous que la route se termine un jour. Pour nous tous, humains.
Il n'y a pas que la manière dont il a révélé sa maladie qui force l'admiration et le respect. Il y a cette organisation mise en place avant son départ demain pour Paris. Une séquence d'événements savamment calculée qui n'a laissé aucune place à l'improvisation. Il aurait pu ne rien faire, s'éclipser et attendre la rentrée parlementaire pour prendre un congé de maladie sans en révéler l'exacte nature.
On a eu des cas dans le passé où il y a eu des leaders de l'opposition qui faisaient le va-et-vient entre Londres et Maurice au risque de perdre leur siège. Ce qui faillit arriver un jour de janvier 1993 n'était le concours salutaire d'un certain Paul Bérenger pour déjouer un "colourable device". Et on entend certains affidés du PTr venant, par exemple, de Plaine-des-Papayes dire sur des ondes radiophoniques, que c'était, comme si c'était la norme, le "devoir" du leader de l'opposition de révéler sa maladie ! Quid de ceux qui faisaient leurs devoirs à Londres pendant que siégeait l'Assemblée nationale ici ?
Parler calmement et dignement de sa maladie qui est une affaire extrêmement personnelle est une démarche inédite pour un politicien mauricien et cela a été unanimement apprécié et salué à sa juste valeur parce que les Mauriciens s'étaient probablement habitués à la culture du secret, à savoir, par exemple, à quelle date le Premier ministre quitte le pays mais jamais celle à laquelle il rentre comme si c'était un secret d'Etat. La démarche de Paul Bérenger a aussi ravivé des mauvais souvenirs chez de nombreux Mauriciens dont certains se sont publiquement exprimés pour rappeler que rien que pour avoir suggéré qu'il n'y avait pas eu de réunion du Conseil des ministres le 14 mars 2008 parce que le Premier était souffrant avait conduit à l'arrestation, le même jour, de Karishma Beeharry et de Humaira Ali, les deux journalistes qui avaient diffusé une nouvelle dans ce sens et qui s'étaient pourtant excusé ensuite.
Tout a été dit et écrit, le scénario imaginé par Paul Bérenger a ainsi été exécuté de manière impeccable. Double démission, du poste constitutionnel de leader de l'opposition, ce qui sera fait demain et comme leader du MMM, ce qui a été fait dès vendredi avec Alan Ganoo prenant le relais de cette double responsabilité. Pourquoi Alan Ganoo ? se sont interrogés certains. Or, pour cette mission temporaire, il était le mieux placé. Et pourquoi pas lui d'ailleurs ? Il est le numéro 2 de l'opposition MMM au Parlement, il est le Deputy leader du MMM, ce sont des critères tout à fait objectifs qui l'ont conduit à porter cette double casquette.
Il est évident qu'Alan Ganoo ne tient pas la comparaison. Mais qui, non seulement au MMM, mais sur l'échiquier politique tout entier peut la tenir avec Paul Bérenger ? Personne ne partage la même histoire riche, le même cheminement glorieux et tourmenté, avec ses hauts et ses bas que l'enfant de Mai 68. Pourquoi alors faire, dès aujourd'hui, un procès à Alan Ganoo ? Lorsque d'autres, bien nés, ont accédé à des postes prestigieux sans avoir mené le plus petit combat, sans rien sacrifié de leur temps, de leur famille, de leur vie et de leurs excès, certains ont crié au génie. Il faut être juste et juger les gens à l'épreuve des faits.
On ne le mesure pas assez. C'est le premier congé politique, forcé, de quelqu'un qui a été sur le terrain et dans l'actualité depuis bientôt 44 ans. Ce petit jeune homme frêle mais coriace qui, à 23 ans seulement, venu de nulle part, a révolutionné la pensée et la pratique politiques, a été de tous les combats de ces quatre dernières décennies. Toujours flamboyant, un peu cassant parfois, il a aussi été homme d'Etat, plus souvent qu'on ne le dit, comme au soir des résultats du 4 juillet 2005 lorsqu'il alla à la télévision reconnaître la défaite de l'alliance MSM/MMM qu'il dirigeait et qu'il souhaitait bonne chance à Navin Ramgoolam et à son équipe. C'est ce même homme d'Etat qui était devant la presse mercredi dernier.
Dans ce qu'il a fait ce jour-là et, depuis, il y a finalement la marque des grands hommes. De ceux que l'on rencontre une fois dans plusieurs générations. Il vient de le démontrer, c'est le plus immense des Mauriciens post-indépendance. Et il a encore beaucoup à donner. Qu'il nous revienne avec une pugnacité renouvelée et une sagesse renforcée. C'est tout ce que le peuple mauricien peut lui souhaiter en cette veille de départ…
Commentaires
Voila ce n est plus du journalisme mais du publi-reportage on perdu tout sens critique ou objectif on nage en plein France-dimanche meme pas voici hein/
Fully sympathise with PRB for his illness and it's the last you'd wish on your worst enemy. Wish him a speedy recovery.
But let's not be petty and drag others in this - focus should only be on PRB's recovery. All comparisons is just a cheap attempt at playing politics on someone's illness. Very cheap.
Eh Oui..malgre une sauce bollywoodienne.
Oui,la marque des grands hommes comme Navin aussi:qu'ils aillent se faire soingner à l'étranger démontre combien ils tiennent à améliorer le système de santé de Maurice.
What a poignant depiction JL, fair and square. As the saying goes; "kan ene mama ou ene papa nepli la dans ene lakaz ki ou kone so limportance." PRB is definitely Mauritius' most respected figure by far. One apprehension though, we can't rely on him to ensure our democracy is safe against malevolent forces. WE, citizens, need to reassess our approach to politics and ultimately behave like a nation. And that is a revolution PRB can't bring alone, he's definitely a role model for each and everyone of us to emulate. Theorically we're a nation but nation building is an empiricist formula.
This is an excellent factual homage to Paul Berenger. Damn right, Mauritius will have to wait a very very long time before someone like PRB emerges again. It is symptomatic that PRB first emerged when there was a strong need and willingness for change. In his 40 years of relentless service to the country, he should have had at least two terms of Primeministership instead of someone like Ramgoolam, with the culture of innercircle clientelism and waste of public money (Im being polite) and self-appointed rassembleur.. The country is only realising his value now when the fear of losing a great leader is here and hitting home. But PRB will be back and when he is, it is high time to eject these dynastic politics and give Paul the chance to help and inspire the country to become a nation again, after all these years of Labour mismanagement and company unlimited in waste. All the Best.
What??? 2 more PM mandate for PRB after 2005??? When he was PM PRB himself admitted that the economy was in RED. Yes, our economy was in critical condition. No growth, unemployment very high, no FDI, etc. Ramgoolam came back in 2005 and the economy got back on track. There were numerous development after 2005. Yes, Navin has his bad side, but he has qualities too that the press fails to identify or report. The country is progressing and can do more if Navin changes a few uderperforming ministers. Between 2003 and 2005, the country was sinking, and the then PM was himself admitting it.
Gabri I respect your opinion but feel the need to put some mechanics straight. Navin's qualities you said, can you please have the decency to enumerate them. Can't wait for that you know for I'm still waiting for Navin's political transmutation actually. No major breakthrough so far. Isn't he the same guy who insulted voters after soliciting a majority enabling Constitutional amendments. WOW, I guess its the same guy having a black February 1999 in his track record. What he did to Sithanen, SGD before, is a result of his intrinsic politricking qualities isn't it?? Can you tell us more about his unparalelled dancing performances?? I forgot he's a disco boy. The economy got back on track under his impulsion you said, then the glorious hedging stunt shows how effective his regime is. What about Med Point sale where he and his cabinet validated the deal?? Think I put the finger on one quality though, the guy is a fighter and recently declared war to the press that revealed how democratisation of the economy is being practiced. By the way do you know Heman Bangaleea????? That's a success story my man, he's among the happy few for sure. I've got one question for you; do you pay tax????? Of course you do Gabri and public funds expenditure isn't a concern at all for you're satisfied with unprecedented favouritism under Navin's regime. He has definitely "sanz ou lavi dans 100 jours" I presume. I'm tired Gabri, I'm having a rest. Hope to hear from you shortly. Until then have a nice one.
As I recall it, the economy picked up at that time thanks to the persistence of a Sithanen to bring the right policies and measures, with not much support from the PM. And what did he do next? He dumped the guy just like that. Yes, i'm sure the current PM has many qualities too, as admired as he is in certain circles. He's such a great leader that all the public sector contracts and top jobs are given to his political agents. Under his labour mandates, there is barely any accountability or transparency; the institutions are so politicised that conflicts of interests have become the norm. The whole purpose of governing seems to have been reduced to profiteering and 'getting rich quick' by a few individuals close to the PM's inner circle. If someone does a proper research on the amount of public funds involved in corruption, it would uncover a few billions.. Leadership is about inspiring others and showing the example for others to follow. This is THE example of Labour leadership.. Until someone else shows up, PRB has always shown the way on many critical issues, and for example here the context is transparency: he did not hesitate to come clean on his ordeal, unlike other 'high profile politicians'.
@ Private eye: That's correct and idiosyncratic to Navin's ingenuity. He threw his brain, Sithanen's one, out with all the grey matter for politricking's sake. If that's integrity, transparency, honesty, inspirational and a role model in times of economic doldrums; LONG LIVE TO OUR BANANA REPUBLIC. And the tragedy is that public funds are being squandered in an unprecedented favouritism fashion. Just hope PRB showed the way for future generations and that a wake up call rocked our citizens. Only time will tell.....