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La moitié du cancer

Elles sont déroutantes, pour dire le moins, certaines réactions aux résultats de la démarche entreprise par Résistans ek Alternativ auprès du Comité des Droits de L’Homme des Nations unies. Cela fait plus de 40 ans que les politiciens affirment qu’il faut revoir le système électoral, dépassé à plusieurs niveaux, et ses dispositions institutionnalisant le communalisme, dont le Best Loser System. En public, tous chantent la même chanson et dans la pratique, tous font exactement le contraire. Il suffit de consulter la liste des candidats de tous les partis politiques aux élections de ces 20 dernières années pour  s’en convaincre. Cela fait des années que le MMM, en particulier, affirme faire de ce combat une de ses priorités et de ce thème, un des fondements de son action. Mais à chaque fois qu’il s’est retrouvé au pouvoir, au lieu de saisir l’occasion pour proposer la réforme électorale promise, il s’est trouvé d’autres priorités. Pour justifier son inaction dans ce dossier, il a souvent dit que la réforme électorale ne figurait pas dans le programme électoral sur lequel il avait été élu. Mais aux élections suivantes, il n’a jamais inscrit la réforme dans les objectifs qu’il souhaitait faire ratifier par l’électorat. Du coup, la réforme électorale est devenue l’arlésienne de la politique mauricienne : la mesure dont on ne fait que parler. Navin Ramgoolam a trouvé une autre manière de procéder au même exercice. A chaque fois qu’il se trouve dans une période politique difficile nécessitant une diversion, il fait savoir au MMM qu’il aimerait causecauser alliance et pour mieux ferrer son poisson, il prononce la phrase magique qui fait accourir Paul Bérenger à bride abattue à la table des négociations : réforme électorale. On se souviendra du nombre de fois où Navin Ramgoolam a commandité un projet de réforme pour après déclarer qu’il n’était pas d’accord avec les conclusions, pour en commander un autre.
Ce petit jeu dure depuis des années et aucun des politiciens qui jurent vouloir réformer le système électoral n’avait entrepris l’unique démarche permettant de le remettre en question autrement que par une réforme politique : la contestation  devant la justice. C’est ce que Résistans ek Alternativ a entrepris aux élections de 2005. Ses candidats ont volontairement violé la loi électorale en refusant de s’inscrire dans une des communautés prévues par la Constitution. Ce qui les a conduits devant la Cour du juge Eddy Balancy qui leur a donné raison. Quelques mois plus tard, ce jugement a été renversé dans des conditions, disons, spéciales et,  malgré beaucoup d’obstacles, dont le refus d’aller faire appel du jugement devant le Conseil privé de la Reine, Résistance ek Alternativ est allé jusqu’au bout de sa  démarche. Il a fini par obtenir que le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies  non seulement étudie son cas, mais émette aussi une recommandation au gouvernement mauricien. Qui, si elle était suivie logiquement, c’est-à-dire dans le sens de la réforme électorale éliminant le communalisme de la loi électorale, devrait faire l’unanimité dans la classe politique mauricienne. Si l’on se fie à ses dires. Or depuis que la recommandation a été rendue publique, d’étranges réactions ont été notées venant notamment de relativement jeunes ministres travaillistes qui semblent encore plus conservateurs que leurs aînés.
La déclaration la plus surprenante est venue du leader du MMM, le parti « des fous de démocratie », dont l’un des fondements est « la lutte contre le communalisme ». Au lieu de féliciter Résistans ek Alternativ et de prendre position pour pousser le gouvernement à aller vers la réforme, il  critique et attaque le mouvement, lance un défi à Ramgoolam et propose qu’au lieu d’abolir le Best Loser System, on le réduise de moitié. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir 8 députés non choisis par les électeurs mais nommés en raison de leur appartenance communale déclarée, le Parlement n’en comptera que 4 !  J’ai, comme les Mauriciens, beaucoup de mal à comprendre la logique de de cette « proposition. » Paul Bérenger se retrouve dans la peau d’un chirurgien qui, au lieu de débarrasser un organisme d’un cancer, choisit d’en garder une moitié. Est-ce qu’en le coupant en deux, un cancer devient moins dangereux pour l’organisme ? Cette surprenante réaction oblige à se demander si pour Paul Bérenger, le communalisme n’est pas un mal nécessaire à SA politique. Un cancer, pour reprendre ses propres termes, qu’il a fini par apprécier et dont il n’arrive plus à s’en passer ?


Commentaires

Paul fut un grand politicien....passons a autre chose.