La partielle de Quatre-Bornes

Nous sommes enfin arrivés aux préparatifs officiels de l’élection partielle de Quatre-Bornes, qui occupe la classe politique depuis juin de l’année dernière. On l’a oublié dans les vociférations de la longue précampagne, mais cette élection partielle a été provoquée par Roshi Bhadain pour exprimer son opposition au projet de métro léger. Projet qu’il avait pourtant soutenu pendant qu’il était au gouvernement et était considéré comme le fils qui s’était fait adopter par Anerood Jugnauth. Au fil du temps, l’argument de la démission a évolué, passant du refus du métro léger à un défi de Pravind Jugnauth de démissionner du poste de Premier ministre pour venir affronter son ex-frère adoptif. Puis, il y a eu l’épisode, ou plus exactement la tentative de l’épisode, de Bhadain candidat unique des oppositions remportant la partielle et faisant tomber le gouvernement.
Mais au fil des semaines, cette élection, provoquée pour établir le degré d’impopularité du gouvernement, aura, en fait, mis en exergue les contradictions et les divisions de l’opposition. Contradictions entre ses différentes composantes tout d’abord. Après l’échec de la tentative d’un candidat unique, les partis de l’opposition se sont mis à se critiquer et à se tirer dans les pattes. On a tout entendu et son contraire : que le PTr diviserait les voix des électeurs, que le Mouvement Patriotique diviserait celles des militants, que le candidat de Rezistans ek Alternativ travaille pour le grand capital qu’il dénonce dans tous ses discours et que, finalement, tous avaient un agenda caché. Et puis, les candidatures ont été annoncées et les supposés grands partis ont choisi des personnes dont le profil communal était censé plaire à une partie très particulière des habitants de Quatre-Bornes. Celle dont on dit qu’elle « fait les élections » et qui serait concentrée dans le quartier de Sodnac. C’est quand même triste qu’à quelques mois de la célébration des cinquante ans de l’indépendance, des partis politiques continuent à utiliser ce type de critère, qu’ils dénoncent officiellement par ailleurs. D’autant que ceux qui sont censés faire les élections ne sont qu’une minorité au sein de l’électorat de Quatre-Bornes.
L’opposition s’étripe, fait campagne contre les autres partis qui la composent. Ses leaders affirment que Bhadain est le grand diviseur de l’opposition. Ce dernier jure que ce sont les autres qui divisent. Au lieu de dire aux électeurs pour qui il faudrait voter, les “arguments” de campagne des oppositions tiennent en une ligne : « contre qui voter. » C’est à peu près le même discours que tient le PMSD, qui s’est particulièrement illustré par les attaques de son secrétaire général contre la Speaker, coupable d’avoir privé Xavier-Luc Duval de Parlement pour deux séances. Le « I order you out ! » de la Speaker lui a valu des insultes sexistes qui ont provoqué un tollé dans le pays et obligé le PMSD à prendre une sanction. Le leader a demandé – du bout des lèvres – à son défonceur de secrétaire général de bien vouloir prendre un congé pour quelque temps.
Mais pendant que les oppositions se battent entre elles, le gouvernement, qui devrait être leur ennemi commun, se frotte les mains. Ou plus précisément, comme l’a dit un de ses porte-parole, « nou manz pistas et nou guet sinéma. » Il est vrai qu’il y a du cinéma dans les partis d’opposition à Quatre-Bornes, et pas forcément du bon. Un mauvais cinéma qui, paradoxalement, fait les affaires du gouvernement. En dépit du comportement, du langage et des SMS de certains de ses membres, en dépit d’une politique de grands copains et autres petites copines coquines, des excès de ceux qui fréquentent la fameuse cuisine, le gouvernement continue son petit bonhomme de chemin. Il est vrai qu’avec une opposition plus occupée à s’entredéchirer, il n’a pas trop de souci à se faire. D’autant qu’il est de plus en plus manifeste que le leader de l’opposition n’arrive toujours pas à trouver son rythme au Parlement. Ce qui l’oblige à se rabattre sur les réseaux sociaux et les supposés dîners entre membres du gouvernement et de l’opposition, en brandissant la menace d’une alliance en train de se discuter.
Tant qu’on aura des oppositions de ce type à Maurice, le gouvernement n’a aucun souci à se faire. C’est ainsi que fonctionne la démocratie mauricienne.