La Présidente-ambassadrice

C’est un véritable feuilleton que l’affaire Garib-Fakim/Sobrinho avec moments de silence, coups de théâtre et révélations. Comme dans les feuilletons à  chaque fois que l’action commence à ralentir et l’attention du spectateur à faiblir, un nouvel élément – plus précisément, une nouvelle révélation – vient relancer l’action dans le cas du débat qui nous accupe. Depuis le coup de tonnerre qu’a constitué la révélation des liens de la Présidente avec l’homme d’affaires angolais Alvaro Sobrihno, on croyait avoir tout entendu sur cette affaire. Mais semaine après semaine, on découvre d’autres éléments qui montrent l’ampleur de ce scandale au sommet de l’État mauricien. Une affaire d’État dans laquelle le gouvernement semble vouloir tout faire pour éviter d’initier une enquête pour établir les faits et prendre des sanctions contre les responsables. Effectivement, au lieu d’étudier comment Alvaro Sobrinho a fait pour s’introduire dans les centres de décision de l’État, en user et en abuser, le gouvernement, à travers la Financial Services Commission (FSC), vient de lever toutes les interdictions sur les permis d’opération de l’homme d’affaires angolais. Ce gouvernement qui avait été élu pour combattre la fraude, la corruption et le copinage n’a pas sourcillé quand quatre membres du conseil d’administration de la FSC ont démissionné en signe de protestation contre la levée des sanctions sur les entreprises de Sobrinho. Le gouvernement s’est juste contenté de remplacer les démissionnaires de la FSC par d’autres, que l’on dit plus enclins à suivre les directives venant d’en haut. Il faudra bien qu’un jour on finisse par découvrir quel est le dilo dire oui qu’Alvaro Sobrinho a fait boire aux membres du gouvernement pour qu’ils acceptent toutes ses demandes.  Ce “secret” sera, sans doute, révélé lors de la conclusion du feuilleton. À moins que le gouvernement parvienne à touffer définitivement l’affaire.
Ces derniers jours,  les Mauriciens ont eu droit à un nouvel épisode du feuilleton Alvaro Sobrinho avec la Présidente de la République dans le rôle principal. Grâce à des documents déposés à l’Assemblée législative par le leader de l’opposition, on a appris que Mme Gurib-Fakim peut, de temps à autre, ajouter une casquette aux quatre qu’elle revendique en général. En effet, dans plusieurs déclarations, la Présidente de la République affirmait qu’elle portait quatre casquettes : celle de Présidente, de femme, de scientifique et d’entrepreneur. Désormais, elle porte aussi la casquette de chargé de mission co-sponsorisée. Selon les documents de Xavier-Luc Duval, la Présidente avait, lors d’un séjour à Rome en décembre dernier, loué deux berlines pour Rs 522,000 et la facture avait été envoyée à l’ambassade de Maurice à Paris. Sortant du silence dans lequel elle se confine depuis l’éclatement de l’affaire Sobrinho, Mme Gurib-Fakim a expliqué que les frais de la “mission” de décembre dernier avait été pris en charge par Planet Earth Institute (PEI) et la Bill and Melinda Gates Foundation. Ainsi donc, la République de Maurice a une Présidente dont les misions à l’étranger sont payées par des institutions privées. Et, qui plus est, les dépenses de ces missions sont partagées entre différents partenaires, pour ne pas dire des sponsors. Si ces pratiques sont courantes dans le monde des affaires, sont-elles acceptables quand il s’agit de la Présidente d’une  République, la nôtre? Dans ces opérations commerciales co-sponsorisées, chaque partenaire exige un retour sur la somme investie. Qu’est-ce que Maurice a donné à PEI et à la Fondation Gates pour qu’ils financent la “mission” de la Présidente dans deux capitales européennes, en décembre dernier? Les  explications de la Présidente n’expliquent rien du tout. Comment justifier, par exemple, que Planet Earth Institute finance le transport de la Présidente pour une activité de la FAO à Rome, elle-même financée par la Gates Foundation, alors que la partie de la “mission” que PEI finance, une réunion de son conseil d’administration, s’était tenue à Londres?
Comment est-ce que le gouvernement mauricien peut accepter que certains déplacements du chef de l’État à l’étranger soient payés par des institutions étrangères privées? Tout cela n’est pas digne d’une Présidente mais relève plus de petits arrangements que font les responsables de communication dans le monde des affaires. Plus grave encore: dans la mesure où les frais de cette “mission” étaient co-sponsorisés par deux entreprises étrangères, est-ce que Mme Gurib-Fakim pouvait se prévaloir dignement du titre de Présidente de la République de Maurice pendant son déplacement ou était- elle l’ambassadrice à tour de rôle de Planet Earth Institute ou de la Fondation Gates? Comme elle fut, au début de son mandat, l’ambassadrice de l’Oréal…