La réponse avant la question

A la recherche de bonnes nouvelles, de bonnes nouvelles gouvernementales s’entend, j’ai été conseillé d’aller voir du côté de la MBC. Et, je me suis dit que cela valait peut-être le coup d’aller voir ce qui est diffusé sur les écrans de l’unique station de télévision mauricienne. Comme tous les Mauriciens propriétaires d’un téléviseur, je suis forcé de payer la redevance à la MBC, et comme beaucoup, je n’arrive pas à regarder ses programmes, surtout son journal télévisé. Depuis les débuts de la télévision, - et en dehors de quelques brèves périodes d’exception - le JT de la MBC a été la brosse à faire reluire les occupants de l’Hôtel du gouvernement, surtout quand ils n’ont rien à dire ou à montrer. Certains de ses journalistes courtisans se sont tellement spécialisés dans cette pratique qu’ils passent d’un gouvernement à un autre avec la même facilité, utilisant les mêmes adjectifs qualificatifs en se contentant de changer les noms de ministres. Au fil du temps, certains journalistes sont devenus des experts ès propagande gouvernementale excellant dans le compliment et la mise en scène des activités ministérielles. Pour reprendre une expression d’Harish Boodhoo qui faisait fureur à l’époque, ils étaient les prototypes des carapates qui savent changer de chien quand le vent politique tourne. A plusieurs périodes le choix des sujets du JT était carrément décidé dans un bureau de l’Hôtel du gouvernement par le directeur des communications au bureau du Premier ministre et envoyé au directeur de la MBC pour exécution. Les choses se sont clarifiées, si l’on peut dire, sous le règne du PTr quand le directeur des communications du Premier ministre a été carrément nommé à la tête de la MBC.
Dès la défaite de Navin Ramgoolam aux élections de 2014 et du départ du directeur de la MBC avec une golden handshake, beaucoup de ceux qui assuraient la propagande rouge sont devenus les laudateurs du nouveau régime. Mais avant la défaite, les carapates ont passé par une période de flottement, car subitement le MMM, l’ennemi juré était devenu l’allié. Il fallut, du jour au lendemain, ravaler les insultes pour les remplacer par des louanges et au lieu de filmer de loin les membres du MMM faire des gros plans sur eux. Dès le changement de gouvernement en 2014, certains des anciens protégés du directeur de la MBC ont montré à quel point et à quelle vitesse ils étaient capables de changer de casaque. Me reviennent en mémoire des reportages traficotés, des supposés débats organisés pour mettre en valeur le ministre de la Bonne Gouvernance qui ressemblaient à des one-man-shows. Ou encore ces lettres du PS du ministère de la Bonne Gouvernance adressées au directeur de la MBC exigeant qu’un journaliste en particulier couvre les missions du ministre à l’étranger. Et puis Roshi Bhabain a quitté le MSM et a, du même coup, perdu son statut de VIP à se montrer le plus souvent possible dans le JT et qui ne mérite tout au plus qu’une brève avec une image fixe de temps en temps. Et puis, il y a eu le transfert — inspiré par le précédent IBA — du titulaire du poste de président du conseil d’administration à celui de directeur général. C’était amplement suffisant pour arrêter de regarder la MBC tout en continuant à payer la redevance obligatoire.
C’est en pensant à tout cela que j’ai fait l’effort de m’installer devant le poste jeudi dernier à 19h30. C’était le bon jour. Pendant toute la journée, la presse écrite et parlée avait diffusé en boucle les propos du trafiquant condamné Peroumal Veeren devant la commission d’enquête sur la drogue. Le JT de la MBC a été consacré à cette actualité, mais d’une drôle de manière. Le journal a commencé par une déclaration du Premier ministre, de retour d’une cure de soleil à Rodrigues, pour répondre aux accusations du trafiquant et donner sa version des faits. Le téléspectateur de la MBC a eu donc droit à la réponse de Pravind Jugnauth avant de savoir quelle était la question qui l’avait provoquée. En effet, ce n’est qu’après avoir diffusé la déclaration du Premier ministre que la MBC a présenté un sujet sur les « allégations » du trafiquant auxquelles Pravind Jugnauth avait déjà répondu. Dans le cadre d’une conférence de presse exclusivement réservée à la MBC et à Top FM.
Les siècles et les années passent, les gouvernements changent, mais plus que jamais la MBC, télévision nationale dont le journal télévisé n’a rien à envier aux pires émissions des républiques bananières, demeure.