La victoire des ferrailleurs

Savez-vous qu’elle était la grande préoccupation du Conseil des ministres le 15 janvier 2016 ? Créer les conditions pour mettre fin aux activités d’une industrie existant depuis les débuts de la colonisation, employant plus de 2000 personnes et avec un chiffre d’affaires évalué à plus de Rs 300 millions : le commerce de la vieille ferraille. Pour quelle raison le gouvernement avait-il décidé d’interdire ce commerce ? Pour récompenser un des ses nouveaux adhérents, Mahen Gowressoo, transfuge politique ayant quitté le PTr à la onzième heure pour grimper dans le train de l’alliance Lepep et par ailleurs témoin vedette contre Navin Ramgoolam dans l’affaire Betamax. Pour récompenser un transfuge, le gouvernement MSM/PMSD/ML était disposé à priver de travail 2000 personnes pour lui offrir un monopole. Il était en effet annoncé que l’exportation de la vieille ferraille serait interdite en juin, mais que sa fonte serait autorisée à Maurice. Et qui était le propriétaire de la seule fonderie de métaux à Maurice ? Mais l’usine Samlo, voyons ! Une usine appartenant à Mahen  Gowressoo ! En dépit des protestations face à cet acte de favoritisme gouvernemental avéré — que le ministre de la Bonne gouvernance n’entendit pas —, le gouvernement maintint sa décision. Mieux : certains hauts cadres du ministère du Commerce, voulant faire plaisir aux puissants du jour, se comportèrent dans cette affaire comme des employés, pour ne pas dire des agents, du propriétaire de l’usine Samlo. L’interdiction de l’exportation de la vieille ferraille devint effective en juin 2016 mettant au chômage toute une profession dans un pays dont l’une des priorités gouvernementales était la création d’emplois. Face à cette illustration de “we are government and goverrnement decides”, on pensait que la raison du plus fort l’avait emporté et que ferrailleur était un de ce métiers en voie de disparition. Jusqu’à la veille de Noël.
C’est ce jour-là que la Competition commission, dont on avait presque oublié l’existence, rendit public son rapport sur la protestation que lui avaient fait parvenir les ferrailleurs depuis des mois. Cette commission est présidée par l’ancien chef juge Arriranga Pillay avec pour assesseurs Mme Mariam Rajabally et M. Alberto Mariette. Après analyse des faits du dossier, la commission ordonne que la décision du Conseil des ministres interdisant l’exportation de la vieille ferraille soit renversée. La Competition commission trouve que la décision prise par le Cabinet en janvier de l’année dernière n’encourage pas une compétition saine dans le secteur de la vieille ferraille. Elle trouve également qu’en dépit des assurances données, Samlo n’a pas la capacité voulue pour faire fondre la vieille ferraille interdite à l’exportation. Pour finir, la commission demande au ministre de la Bonne gouvernance d’évaluer les effets pervers de la décision prise par le Conseil des ministres le 15 janvier 2016. En résumé, la Competition commission a validé la majeure partie des arguments que les ferrailleurs ont présentés au gouvernement à travers le ministère du Commerce depuis le début de l’année. Des arguments que les hauts fonctionnaires du ministère du Commerce, occupés à servir le gouvernement et son protégé, n’ont même pas pris la peine d’étudier. Comme le titrait Le Mauricien de samedi, le rapport de la Competition Commission est “une gifle magistrale au GM sur Samlo”. C’est également une gifle sonore, et amplement méritée, à ces hauts fonctionnaires qui confondent les désirs des politiques et l’intérêt public.
Depuis que le rapport a été rendu public sur internet, les ferrailleurs ont remporté une victoire dans une bataille qui semblait perdue d’avance. Mais le combat n’est pasterminé : il faut maintenant forcer le gouvernement à prendre les mesures ordonnées par la Competition commission pour mettre fin au monopole d’Etat organisé pour satisfaire un protégé politique. Espérons que vendredi prochain le Conseil des ministres aura le courage de reconnaître qu’il avait pris une mauvaise décision et redonnera aux ferrailleurs le droit qu’il leur avait arbitrairement enlevé : celui d’exercer leur métier.