Lam Shang Leen sort ses griffes !

Si Logan récolte les hourras dans les salles où il est actuellement projeté, à Maurice comme ailleurs, d’ici quelques mois, il est très probable que ce sera au tour du Chairman de la Commission d’enquête sur la drogue, Paul Lam Shang Leen, de sortir ses griffes ! Elles ne seront pas en adamantium, à l’instar de celles de Wolverine, certes. Mais il y a fort à parier que la Commission frappera très fort, là où ça fait très mal. Car on imagine mal que l’ancien juge, autant que ses deux assesseurs, en l’occurrence l’ancien ministre et surtout inlassable activiste contre le trafic Sam Lauthan, et le Dr Ravin Dhomun, se laissent piéger ou cèdent à la pression. Qu’elle soit politique ou autre.
Ces hommes ont un mandat : établir un état des lieux du trafic de drogue dans le pays ; en comprendre et identifier ses ramifications diverses afin que les autorités puissent agir en contrepartie ; et faire des recommandations, tant pour ce qui est de contrer le trafic que pour trouver des solutions pour ceux qui sont devenus les victimes des produits, les toxicomanes. C’est ce qu’avait fait la Commission Rault, dans les eighties. Et depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les trafiquants n’étant pas des enfants de chœur et ayant à cœur leurs profits, ont identifié les failles du système et fait proliférer leurs gains… Résultat : des saisies record qui se succèdent !
De jour en jour, la situation prend une allure nouvelle et inattendue. Jusqu’à la semaine dernière, seul le « term of reference » faisant état des ramifications entre le trafic et la politique était resté sans résonance. Mais la saisie des 135 kilos d’héroïne, et surtout, le fait qu’un des principaux suspects dans le collimateur des enquêteurs soit un proche du PM, Pravind Jugnauth, change la donne !
En novembre 2016, on pensait que la saisie des 43 kilos d’héroïne était le record en la matière. Erreur ! Les 135 kilos de came retrouvés dans des cylindres en métal au port il y a quelques jours laissent jusqu’à présent pantois. Et même si on vient nous vendre que ce cargo était destiné à d’autres pays de la région, on ne cligne pas des yeux.
Deux faits sont incontestables. Primo : qu’elle soit destinée au marché local ou pas, cette came transite par Maurice, ce qui fait de notre île une plaque tournante dans un réseau tentaculaire dont on peine à pouvoir distinguer toute l’étendue. Et secundo : parmi ceux impliqués dans l’importation de cette saisie record, se trouve un proche, très proche même, semblerait-il, d’un politique. Et non des moindres, le PM himself.
Pravind Jugnauth aura beau se dédouaner, en arguant toutes sortes de choses, on sait parfaitement bien qu’il ne viendrait pas déclarer ouvertement « oui, Geanchand Dewdanee est un pote… Je suis bien au courant de ses activités illicites. Mais je ferme les yeux… » Nul n’est imbécile et le bal des « je le connais, mais… », « une connaissance, oui, mais de loin… », « qui c’est ? » et autres ne réussiront pas à nous berner.
Tous les espoirs reposent désormais, entre autres, sur la Commission Lam Shang Leen. Le Chairman était peut-être loin de se douter que le trafic avait une telle ampleur pour notre petite île. Au fur et à mesure des landings, des arrestations, des saisies et des traques, il doit réaliser que le problème est bien plus grave que ce que, par exemple, Anil Gayan, ancien locataire du ministère de la Santé, tentait de le faire accroire à tout le monde.
Des trois personnalités de la Commission, l’ancien ministre de la Sécurité sociale doit être celui qui est le moins étonné par l’ampleur que prend justement le commerce de la mort. À moult reprises, devant les innombrables personnes convoquées par la Commission ou qui sont venues déposer de leur propre gré, il n’a eu de cesse de rappeler que les trafiquants ont toujours plusieurs longueurs d’avance sur les autorités.
C’est un fait, aujourd’hui, que les réseaux de drogue sont bien plus structurés qu’il y a quelques années. Le crime organisé se décline avec ses “panels”, carrément, de membres des forces de l’ordre et des institutions carcérales. Mais aussi du corps légal et du judiciaire. Et pas qu’eux ! Des grosses pointures en matière de technologie, de marketing, de stratégie de communication, de distribution et même des “designers” sont à la solde des barons qui mènent le bal.
Attention, il ne s’agit nullement d’amateurs ou de petits joueurs qui s’offrent une occase. Laissons cela aux “jockeys” et autres “martins”. Les cartels bénéficient, à l’image des milices armées et terroristes, de cerveaux qui jurent allégeance. Aussi paradoxal que cela peut sembler pour le Mauricien lambda, le citoyen un tant soit peu raisonnable et réfléchi, même si cela nous est difficile à accepter ou même concevoir, le commerce de la mort rapporte. Ce trafic est ultra-lucratif. Les gains se comptent par une ribambelle de zéros.
Et quand cela permet au premier quidam, qu’il soit “self-employed” ou sans emploi, mais surtout sans scrupule, de mener la grande vie en un clin d’œil, le choix est quasi-automatique. Sans réflexion aucune. Et surtout, sans état d’âme. Hélas !