Les 100 jours

Que l’on soit responsable d’équipe ou PDG, la prise de nouvelles fonctions est une affaire délicate. Méconnaissance du milieu, rivalités internes… les écueils sont nombreux. Comment prendre un bon départ ? Les hommes politiques le savent, les grands dirigeants aussi : les trois premiers mois sont cruciaux.
Au Mauritius Turf Club (MTC), les fameux 100 jours se sont écoulés depuis l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante et pas grand-chose à se mettre sous la dent qui soit susceptible de donner une nouvelle impulsion aux courses hippiques de Maurice. Pourtant, les déclarations d’intention étaient bel et bien là, et lors de notre rencontre de presse avec la hiérarchie du club, la motivation et la volonté nous semblaient prometteuses. Des idées novatrices ont été émises, des plans d’action pensés, des idées jetées à la ronde dans le cadre d’échanges cordiaux. Après un lancement de saison en fanfare, la machine semble s’être grippée. À moins qu’il n’y ait des réalisations qui n’ont pas été communiquées.
Il est vrai que les problèmes de la vie quotidienne au Champ de Mars, beaucoup plus animée que d’habitude, d’abord avec de la pluie qui contraint à l'annulation d’une journée de courses, ensuite avec les dénonciations de membres contre le code des courses, enfin des cas de positivité et de traitements mal gérés, ont donné à ces ignares de la Gambling Regulatory Authority l’occasion de se bomber le torse et jouer au matamore. Heureusement qu’il y a la bonne volonté de la directrice de la GRA qui a permis de sauver la face vis-à-vis du public pour tous ceux qui ont la responsabilité d’assurer que les courses aient lieu plutôt qu’elles n’aient pas lieu.
Le semblant d’immobilisme des administrateurs relève en fait du manque de communication entre les dirigeants et les autorités gouvernementales. Et surtout l’utilisation malsaine de leur bras répressif, le board de la GRA, qui fonctionne désormais sous les ordres d’un mauvais génie qui n’a de rayonnement que sa proximité dans les arcanes du pouvoir politique qui, comme chacun le sait, n’est que très aléatoire. Des ordres venant d’en haut ne permettent à aucun membre de la GRA de communiquer avec ceux que les membres du MTC ont portés démocratiquement à la tête de l’institution vieille d’une expérience de plus de deux cents ans. Chacun se rappellera comment cet organisme a voulu interférer dans les élections du MTC de février dernier en tentant de faire pression sur la candidature d’un de ses membres, par ailleurs élu en première position. Depuis, cet organisme gouvernemental se refuse à tout dialogue avec la nouvelle présidence et d’autres membres de son équipe. De quel droit peut-il agir ainsi ? Est-ce qu’un organisme payé des fonds publics peut se permettre de choisir son interlocuteur dans un organisme privé, alors que le conseil d’administration a été mis sur pied par ses pairs dans la bonne tradition démocratique ? La GRA s’est une nouvelle fois disqualifiée de par son interventionnisme, a priori, et le non respect des urnes, a posteriori. Il y a des raisons objectives pour cela.
La GRA aurait préféré qu’une autre équipe soit à la tête du MTC. Cela aurait favorisé bon nombre de desseins de leur manipulateur. La question de SMS Pariaz n’aurait pas été un issue et le MTC aurait obtenu tout ce qu’il aurait voulu. Dans les coulisses, on s’évertue à faire des plans sur la comète. Une nouvelle société des courses est en gestation, de même que le plan d’un nouvel hippodrome, abandonné dans la brume britannique, est en train d’être remis au goût du jour. Si la GRA avait un semblant de crédibilité, il enquêterait sur le vrai bailleur de fonds de certains bookmakers qui, comme par hasard, sont venus gonfler les rangs des protestataires dès qu’un médiateur a été nommé pour régler le litige SMS Pariaz/MTC. C’est un secret de Polichinelle que deux opposants notoires du monde du betting mauricien contrôlent chacun à sa manière une partie des organisateurs de paris qui ont pignon sur rue. Le concept des prête-noms ne s’arrête donc pas au cercle des propriétaires…
Il ne faut laisser planer aucune ambigüité. Nous ne sommes ni des partisans ni des opposants des administrateurs actuels. Notre rôle est de qualifier leurs actions lorsqu’ils sont en responsabilité et de veiller à la bonne marche des courses hippiques dans l’intérêt public. Point, à la ligne. Il en aurait été de même si n’importe quelle autre personne avait été démocratiquement élue. Dans un pays de droit et qui se réclame respectueux des institutions de la République, la moindre des choses c’est le respect du verdict des urnes. Qu’un organisme d’État renie cela est d’une gravité absolue et démontre que nos valeurs se diluent au gré des hommes qui veillent à la bonne gouvernance.
Il faut quand même se réjouir que la saison hippique se poursuit, même dans cette atmosphère délétère où le MTC fonctionne à deux vitesses. Il y a au rang des satisfactions le fait que plus d’enquêtes sont complétées le samedi, le jour des courses, ce qui a pour résultat une plus grande efficacité. Autrement, sur le suivi des courses, il apparaît que la surveillance est sous contrôle et que les sanctions sont jusqu’ici logiques — tant pis pour les deux Mauriciens qui ont gravement fauté — et que la rétrogradation ne souffre d’aucune contestation. Il faut dire que dans l’ensemble, le comportement des jockeys a été plutôt dans les normes. Ce qui, évidemment, facilite la tâche des Stipes. Mais il suffira que cela soit écrit pour que les dérapages reprennent.
Par contre, là où la chambre des commissaires n’a pas montré suffisamment de fermeté, c’est vis-à-vis des jockeys punis pour interférence qui continuent de décider quand ils vont exécuter leurs sanctions. À moins d’être dans une journée classique, il ne faut donner aucune dérogation. Les Stipes ont laissé des plumes dans la précipitation de permettre aux chevaux trouvés positifs de se requalifier et dans cette affaire de traitements antisaignement qui relève des règles et des notes qui ne sont pas en concordance. Ceux-ci doivent être revus en profondeur, mais il ne faut surtout pas se précipiter pour ne pas compliquer la situation en cours de saison actuelle.
Il y a toujours la loi et l’esprit de la loi. Nous pensons que Ramapatee Gujadhur avait cette fois parfaitement raison de pester que son emergency acceptor, Ryder Cup, n’ait pas été qualifié alors que le cheval retiré, Easy Lover, avait été identifié malade avant l’heure limite. Il ne pouvait être victime de l’absence d’un vétérinaire officiel à plein temps ces jours-ci. Le professionnalisme requiert que la solution d’un remplacement à mi-temps n’est pas à la hauteur des exigences de l’excellent travail effectué jusque-là par le titulaire que nous saluons bien bas. Par ailleurs, on s’étonne que le cheval fiévreux, vendredi dernier, soit aligné ce samedi… Pourvu que cela ne suscite pas une nouvelle ire de nos insoumis !