LES BONNES NOUVELLES

J’ai rencontré cette semaine un lecteur qui m’a affirmé que la presse en général — et moi en particulier — était contre le gouvernement. Qu’on ne parlait que de ses échecs et de ses ratés, jamais de ses succès et de ses actions positives. Ces affirmations m’ayant interpellé, j’ai fait un récapitulatif de mes derniers billets d’humeur. Ce lecteur a raison : la majorité des billets est très critique envers le gouvernement et les oppositions. Ce lecteur a raison, mais paradoxalement, il a tort en même temps. Car depuis qu’il a pris le pouvoir, le gouvernement Lepep — avec et sans le PMSD — collectionne un nombre record d’affaires et de scandales impliquant ses ministres, ses nominés politiques et ses agents et autres tapeurs innofficiels qui se partagent les postes et les contrats juteux par des moyens pas toujours expliqués. Selon ce lecteur critique, la presse était moins critique envers le précédent gouvernement que de l’actuel. Et là, je ne suis pas du tout d’accord, car le précédent gouvernement, ses ministres et leurs copines et copains ont été critiqués quand il le fallait. A une époque, Navin Ramgoolam utilisait chacune de ses conférences de presse pour dénoncer « les journalistes écrivant leurs articles dans les bureaux climatisés », alors que lui et ses ministres, sous-entendait-il, étaient sur le terrain. A l’époque, Navin Ramgoolam accusait la presse de faire le jeu de l’opposition. Quand le MMM a rejoint le PTr dans le cadre de l’alliance qui devait conduire ces deux partis à la débâcle électorale de décembre 2014, les mauves ont repris le couplet des rouges. Tout ça pour dire que dans cette colonne tous les gouvernements et politiciens sont logés à la même enseigne, qu’ils soient rouges, mauves, bleus ou orange. Qu’ils soient partenaires, en séparation ou ennemis mortels, juste avant la concrétisation de la prochaine alliance.
Le problème, je le répète, c’est que le gouvernement Lepep collectionne les affaires et les scandales à la vitesse grand V. Il y a pratiquement une nouvelle affaire ou un nouveau scandale chaque semaine et le dernier fait oublier les précedents dans un mouvement perpétuel. Comme le souligne Ram Seegoobin, dans cette édition, on ne parle plus de l’affaire Sobrinho, ni de celle de la mutation de la présidente de l’IBA en directrice générale de cet organisme où elle exerçait aussi le métier de courtière organisant des rendez-vous avec le Premier ministre. Avant il y a eu l’affaire de l’époux de la députée ne connaissant rien à la mer et obtenant des dizaines d’arpents pour faire de l’élevage de bambaras. Il y a aussi eu l’avocat, beau-frère d’un ministre, dont les honoraires avaient atteint les Rs 18 millions. Il y a eu également les biscuits devenus produits de luxe grâce à un emballage fourni par la fille de la Speaker. Plus récemment, on a appris que des membres de l’alliance gouvernementale et des membres d’institutions de la République avaient leurs numéros de téléphone sur l’agenda des trafiquants de drogues emprisonnés, à qui ils rendaient très souvent visite. Et je n’ai mentionné que quelques-uns des affaires et des scandales impliquant des membres du gouvernement et de ses nominés politiques en excluant les marmitons de la cuisine et les copains et autres copines propulsés à des postes de responsabilité.
Comme je l’ai dit au lecteur critique, la presse ne fait que répercuter l’actualité et ce n’est pas de sa faute si celle du gouvernement n’est qu’une suite de gabegies. Cependant je me suis dit que, pour faire plaisir au lecteur en question, j’allais chercher dans la presse de samedi une ou deux nouvelles gouvernementales. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé de positif à mettre au crédit du gouvernement. Au contraire, j’ai appris qu’en dépit du fait qu’il avait publiquement menacé le leader de l’opposition de lui tirer dessus, il y a dix jours, le vice-Premier ministre Soodhun n’avait pas été interrogé par la police. Il donnera sa déposition quand il rentrera de voyage. Ce qui laisse entendre que la police a plusieurs rythmes de travail. Et puis, l’autre nouvelle concernant le gouvernement que j’ai trouvée dans la presse de samedi est une lettre adressée au Premier ministre par le député du gouvernement Sudesh Rughoobur. Dans sa missive, le député dénonce « la mauvaise performance » du président de la Wastewater Management Authority, qui est un nominé politique du No 2 du gouvernement. Le député affirme que la performance du nominé politique est «below standard » et qu’à Grand-Baie le tout-à-l’égout déborde et qu’il n’y a pas suffisamment de camions pour régler le problème. Comme quoi, il n’y a pas que la presse qui critique le gouvernement, même ses députés le font publiquement.