Les femmes de Lalians Lepep

Je pense que, petit à petit, une majorité d’hommes est d’avis qu’il faut ouvrir aux femmes les portes du pouvoir et ses institutions pour corriger une injustice qui s’étale sur des siècles. Mais quand on constate comment les femmes appartenant aux diverses factions de Lalians lepep utilisent le pouvoir pour leurs intérêts propres, font pire que les hommes, la remise en question de la parité hommes-femmes s’impose. Depuis son arrivé au pouvoir « pou fer enn gran netoyaz », cette alliance fait pire que le gouvernement précédent en ce qui concerne les nominations des copines et autres compagnes à des postes de responsabilité. De manière générale, Lalians Lepep nomme des femmes qui n’ont pas froid aux yeux et pour qui le respect de la loi, et les pratiques de bonne gouvernance n’ont aucune importance. Rappelez-vous l’avocate nommée pour présider l’IBA et qui a réussi l’exploit de se faire nommer directrice générale de cette institution, après une interview dont son vice-président avait demandé les questions la veille ! Cette procédure tout à fait particulière n’a gêné aucun des ténors de la moralité publique de Lalians Lepep. Et puis il y a eu une autre avocate, nommée à l’Equal Opportunities Commission alors qu’elle ne remplissait pas une condition fondamentale. Elle devait avoir cinq ans d’expérience du barreau pour occuper ce poste et elle ne les avait pas, ce qui n’a pas empêché sa nomination, omettant de préciser qu’elle allait atteindre ses cinq ans d’expérience au barreau à la fin de l’année. Au lieu d’attendre le délai, elle a préféré commencer avant !
 Et puis la semaine dernière, grâce à une question de Rajesh Bhagwan, on a eu une autre idée des fonctionnements des femmes de Lalians Lepep au sein du pouvoir. La campaign manager d’Anil Gayan, alors ministre de la Santé, a été nommée directrice du Cardiac Centre. À ceux qui soulignaient le conflit d’intérêts et le fait que la directrice du Cardiac Centre continuait ses activités politiques au sein du ML, Anil Gayan accusa la presse de faire preuve de communalisme et décréta que « This is government and government so decides ! » Mais le problème c’est que la directrice du Cardiac Centre ne s’est pas contentée de son poste et des conditions qui y sont attachées. Considérant que les salaires prescrits par le Pay Research Bureau n’étaient pas satisfaisants, elle s’est fait voter une augmentation de Rs 15 000 au départ. Puis, l’appétit venant en mangeant, elle a réussi à convaincre son board — présidé par un agent du ML — de lui attribuer une augmentation de salaire de Rs 100 000, ce qui lui donnait droit à Rs 323 200 par mois, presque autant que le Premier ministre. Dans la foulée, elle a fait modifier ses conditions afin d’obtenir un golden handshake en cas de renvoi. Comment est-ce que les fonctionnaires du ministère de la Santé ont pu laisser faire sans réagir ? Cette affaire donne une idée de la manière dont opèrent les grands commis de l’État, responsables, en théorie, de la bonne utilisation des fonds publics et des règlements gouvernementaux ! Si une nominée politique peut se faire voter une augmentation de salaire et modifier ses conditions d’emploi, est-ce qu’il serait inexact de dire que le gouvernement de Lalians Lepep ressemble de plus en plus à la cour du roi Pétaud ?
 Et puis, il y a le sommet de l’iceberg de cette cour : la présidente de la République. Quand elle avait été nommée, tout le monde avait voulu oublier que cette nomination s’insérait dans le cadre d’un calcul politique pour faire voter un segment de l’électorat aux municipales de 2015. Nous étions fiers de faire partie du club fermé des pays présidés par une femme et pensions qu’avec elle au Réduit, la cause des femmes allait avancer rapidement. Dans ses premières déclarations, elle n’a pas arrêté de déclarer qu’elle portait quatre casquettes : celle de présidente de la République, celle de la Femme, celle de la scientifique et, finalement, celle d’une entrepreneuse. Il semblerait qu’au fil des mois cette dernière casquette a pris le pas sur les trois autres. Au début de l’éclatement de l’affaire Sobrinho — qui a éclaboussé le pays sur la scène internationale —, beaucoup ont pensé que la Présidente avait été maladroite, avait été utilisée à son insu. Puis, au fur et à mesure que les informations tombent, malgré les efforts du gouvernement pour les bloquer, on commence à se poser des questions sur l’engagement de la Présidente dans cette affaire, sur laquelle elle ne s’est pas encore expliquée. L’information balancée par le Premier ministre, mardi dernier au Parlement, est plus que choquante : la Présidente a demandé et obtenu que M. Sobrinho utilise le VIP Lounge de l’aéroport en pas moins de 31 occasions ! Avec ce nombre de demandes, la Présidente ne peut plus dire qu’elle n’avait pas de liens avec M. Sobrinho et il faut qu’elle assume les conséquences de cette proximité.
Décidément, les femmes de Lalians Lepep appartiennent à une catégorie bien particulière. Mais je ne suis pas sûr qu’elles font vraiment honneur aux Mauriciennes.