Les « insoumis »

Une nouvelle contradiction entre les Rules of Racing et les Directions For Security du Mauritius Turf Club, mise en évidence par l’homme de loi Yahia Nazroo, qui a alerté les autorités, le MTC et la GRA, a créé une nouvelle crise en fin de semaine dernière, à tel point que la tenue de la journée de samedi dernier a été encore une fois menacée. Mais le bon sens ayant cette fois prévalu, dans la nuit de vendredi, la GRA a autorisé le meeting sous certaines conditions légitimes, à l’effet que tous les chevaux traités en dehors des délais prescrits pour les problèmes de saignement devaient être publiquement dévoilés, ce qui fut fait. Une nouvelle étape vers plus de transparence, on ne peut que s’en réjouir. Tant mieux. Cela dit, nous pensons qu’il y avait d’autres méthodes plus « soft » pour régler ce type de problème et que nos courses n’avaient pas besoin de cette mise en lumière négative qui leur fait le plus grand tort à un moment où les sponsors se font rares avec les autres affaires qui ont secoué le monde hippique récemment, dont des propriétaires, réels ou de circonstances, liés au trafic de drogue et de blanchiment d’argent.
Nous n’entrerons pas dans le débat de savoir si ces produits administrés le jour des courses sont de nature à influencer la performance des chevaux, de nombreux articles sur le net étant eux-mêmes en contradiction, s’étalant à aucun effet jusqu’à un effet positif, en passant par un produit qui peut masquer d’autres produits dopants. Toujours est-il que tous les professionnels des courses au Champ de Mars ont signifié leur importance, pour bon nombre de chevaux à problèmes susceptibles de saigner en course et de provoquer un incident qui pourrait s’avérer fatal pour d’autres chevaux et les jockeys. Lorsqu’il s’agit de la sécurité, il ne faut pas transiger et l’on espère que tous les chevaux qui subissent ce traitement le soient à toutes les réunions hippiques auxquelles ils participent, sinon on ne comprendrait pas comment un jour ils sont des dangers potentiels et d’autres fois ils ne le seraient pas. Il serait plus judicieux à notre sens qu’une liste des chevaux nécessitant ce traitement soit établie de façon permanente, doublée de l’information d’intention à la semaine. Sur la transparence aussi, il ne faut pas transiger, même si nous pensons qu’une surcharge informationnelle ou l’infobésité est susceptible de tuer l’information essentielle et déterminante.
Pour en revenir à la polémique sur les contradictions entre les divers rules qui datent de plusieurs années, nous les avons, à plusieurs reprises, mises en lumière et avons suggéré une refonte totale à ce niveau depuis longtemps. L’apport de tous, d’éminents étrangers bien rompus dans ce domaine, est nécessaire. Mais à qui la faute si on en est encore à parler de ces problèmes récurrents et qui minent la bonne marche de l’industrie hippique? Au Mauritius Turf Club d’abord, qui doit s’assurer que ses rules soient les plus limpides possibles et ne laisser aucune place à des contradictions et ou à des interprétations diverses. Yahia Nazroo pourrait sans doute apporter sa contribution à ce niveau, lui qui, il n’y a pas très longtemps, a été conseiller légal sur le board des Racing Stewards. Comme nous l’avons déjà dit viva voce aux dirigeants du MTC, ces membres les plus remuants de leur club, « ces insoumis », ne demandent qu’à servir. Il ne faut pas réagir contre eux mais agir avec eux, car ils ont aussi des idées valables et sont susceptibles de faire progresser la cause hippique dans le bon sens. Mais s’ils s’estiment exclus du mainstream, leurs actes, parfois maladroits, peuvent être interprétés comme des actions nuisant aux intérêts fondamentaux du club.
Et nous le répétons sans ambages, les « insoumis» doivent aussi privilégier la position soft plutôt que l’affrontement. Les derniers échanges sur les réseaux sociaux entre deux administrateurs et un des « insoumis », membre du Mauritus Turf Club, sont inqualifiables. Entre les accusations de « vested interest » de « nuisance value » et de « shame on you both as adminstrators », on est plus sur un ring de box que dans une institution qui se respecte. Nous pensons que des administrateurs en poste devraient faire l’économie de discutailler sur des réseaux sociaux, même à titre personnel, pendant leur mandat, car tout ce qu’ils disent relève de la collectivité du conseil des administrateurs, ce qui les rendraient inopérants en cas de litige grave avec leurs « amis » ou détracteurs.
Toujours au chapitre des rules of racing, il n’est pas inutile de rappeler qu’ils doivent normalement être approuvés par la GRA au moment de la délivrance du permis d’opérer du Mauritus Turf Club. Cette organisation étatique qui profite du moindre incident dans l’hippisme mauricien pour jouer au matamore se donne en fait un coup de fusil tiré dans sa propre jambe. Elle est tout aussi responsable que le MTC, sinon plus, puisqu’elle n’a pas détecté les anomalies qui se trouvaient dans les rules malgré la présence d’éminentes personnalités du monde judiciaire en son sein. La GRA a donc failli dans sa mission de protection des turfistes pendant plusieurs années.
Que les turfistes ne se méprennent pas, s’il y a des interventions dans la forme, sur le fond, la pratique ne sera pas discontinuée. Ainsi, l’autorisation d’utiliser les produits qui préviennent des saignements ne sera pas stoppée. Un éventuel jeu d’écriture et des conditions assorties, comme celles de révéler la liste des chevaux qui seront sujets à cette médicamentation, qui devrait elle-même être limitée au produit accrédité par la Fédération Internationale des Autorités Hippiques, devrait faire l’affaire jusqu’à ce qu’une décision plus définitive est entérinée. Une réunion tripartite GRA-MTC-QuantiLab a abouti à cette mesure temporaire qui, finalement, satisfait tout le monde.
La question est aussi de savoir pourquoi nous avons tant de chevaux qui saignent soit par les narines, soit de façon plus interne au niveau des poumons. Ils nous est avancé que certains chevaux qui sont importés sont des « éclopés » que l’on doit « doper» — dans le sens noble du terme — soit à coup d’infiltration, soit à coup d’antisaignements, d’ultrason, de natation et de nous ne savons pas quoi d’autre. Pourquoi investir dans de tels chevaux pour ensuite dépenser plus en termes de médicamentation ? Par ailleurs, il nous est également avancé que l’« incarcération des chevaux » dans des boxes précédant les jours de courses les fragilise tant ils sont dans un milieu confiné, nécessaire, nous dit-on, pour réduire les risques de « vrai dopage ».
En tout cas, cette fragilisation des chevaux mérite d’être analysée avec tout le sérieux nécessaire. Acquérir des chevaux plus jeunes, plus sains, dans un environnement propice à donner le maximum d’air pur aux équidés, voilà des éléments majeurs pour faire monter d’un cran supplémentaire l’hippisme mauricien dans le giron mondial. Le veut-on ? Le peut-on ? Oui, il faudrait pour cela que l’État et le MTC regardent dans la même direction en termes de taxation, mais aussi en termes d’un nouvel hippodrome doté d’un centre hippique de qualité et fonctionnel. Sur ces questions-là, nous sommes aussi des « insoumis» !