Les leçons à tirer

Le rideau est tombé sur les 9èmes Jeux des Iles de l'océan Indien. Après les réjouissances et les retrouvailles, il est maintenant temps de tirer les leçons de la cacophonie qui a régnée pendant ces Jeux. Le président du Conseil international des Jeux des Iles (CIJ) et président du comité olympique mauricien (COM), Philippe Hao Thyn Voon, a fait son bilan en convoquant la presse vendredi dernier à Port-Louis. C'est justement là, la première leçon à tirer des jeux réunionnais où la communication a été quasi absente. Car on se serait attendu à un point de presse plutôt le jour de l'ouverture des Jeux, après le départ des Comoriens.
Le CIJ avait-il pris les dispositions pour gérer comme il se doit le différend qui oppose l'Union des Comores et Mayotte ? Avait-il déjà été prévenu de la position de la France, comme l'a laissé entendre Patrick Kanner, le ministre des Sports français dans un entretien accordé au Journal de l'île de la Réunion? Malheureusement, il n'y a eu point d'explication. Ni avant, ni après. La décision des Comores de quitter brusquement la cérémonie d'ouverture avant de boycotter les Jeux est même passée comme une lettre à la poste.
Mais ce qui surprend le plus, c'est qu'au lieu de se prononcer sur ce cas « d'indiscipline » - peu importe si les Comores ont raison ou tort –, un boycott qui va dans le sens contraire même de la Charte les Jeux, le CIJ s'est muré dans le silence. Point de sanction, alors qu'il aurait dû, à ce point culminant de la crise, faire sentir sa présence et ce, de manière forte. Pour bien moins que cela, Maurice avait, elle, été suspendue des Jeux après 1993. A l'époque, Maurice avait pris la décision de ne pas faire défiler ses athlètes lors de la cérémonie de clôture des Jeux aux Seychelles, en guise de protestation contre le comportement des dirigeants réunionnais qui avaient décidé de faire participer Daniel Sangouma et Jean-Louis Prianon, deux athlètes qui vivaient en France.  
Maurice avait été sanctionnée par le CIJ d'alors, présidé par le Réunionnais Robert Ardon. Une décision qui avait été, par la suite, revue d'où la participation mauricienne aux Jeux de 1998 à La Réunion. L'Union des Comores s'en est, elle, sortie sans casse et ce, après avoir marqué l'histoire des Jeux de façon très peu sportive. Mieux encore. Le CIJ a fait une fleur aux Comores en leur accordant un délai de deux mois pour présenter un dossier solide sur l'organisation des 10es Jeux de 2019 !
A cette question, Philippe Hao Thyn Voon a répondu à Week-End lors de sa rencontre avec la presse vendredi que le CIJ n'a pas le pouvoir de sanctionner les Comores des Jeux. Existerait-il alors une politique de deux poids et deux mesures ? Ou alors le CIJ voulait-il se racheter auprès des Comores après les bavures de la cérémonie d'ouverture ? Reste à savoir si cette décision ne va pas créer un précédent dans l'histoire des Jeux. Comment va-t-on demain, prendre des sanctions contre un autre pays, alors qu'on ne l'a pas fait aujourd'hui ?
On ne pourrait pas non plus passer sous silence la façon dont les informations ont circulé pendant ces Jeux. Au lieu de privilégier une communication beaucoup plus ouverte, accessible à tous et surtout plus transparente, certains avaient décidé de faire autrement. Philippe Hao Thyn Voon s'est d'ailleurs fait taper sur les doigts par les membres du CIJ pour avoir annoncé, à un titre de presse mauricien, que Maurice organisera les Jeux de 2019 avant même que le comité n'ait pris une quelconque décision. Par maladresse,ou  par ignorance, le président du CIJ avait raté là une belle opportunité pour se démarquer et désamorcer la crise.
C'est la raison pour laquelle nous dirons, une fois encore, que le CIJ a lamentablement échoué et ce, depuis le départ. Au lieu de fermer toutes les portes pour éviter ce chaos prévisible, ce comité a laissé des failles qui ont permis à la France d'obtenir ce qu'elle voulait. Au final, ce ne sont pas les athlètes qui ont triomphé, mais bien la France. Car en finançant les 9es Jeux à La Réunion, elle savait très bien que l'aubaine était trop belle pour ne pas la saisir et faire avaler au CIJ la pilule mahoraise. C'était cette fois ou jamais. Et ce ne sont certainement pas les déclarations du ministre français des Sports, Patrick Kanner, qui nous diront le contraire.