La dernière image de la récente journée fut celle de l’entraîneur Ramapatee Gujadhur félicitant le jockey Gaëtan Faucon à l’issue de la dernière course de samedi dernier dans le « weighing room ». Une image forte et un geste de gentleman qui fait honneur à l’hippisme mauricien eu égard aux différends qui avaient opposé les deux hommes, il y a quelques années, lorsque le jockey exerçait sous les couleurs de la casaque bleu électrique. Le Français n’en méritait pas moins pour son exploit de cinq victoires lors d’une journée, acquises à la force de ses mains de velours, à la chance de « pick-up rides » de rêve, mais aussi à la forme olympique des chevaux mis au point par son coach Ricky Maingard. Gaëtan Faucon qui effectue un retour de haute facture — il a aussi remporté son premier Maiden, cette saison — chez nous, après un départ tumultueux, est le premier Français à réussir cet exploit que seuls avant lui Jack Day (1917), Joe Gilmore (1961), Basil Lewis (1964), Allen Lilley (1972), Johnny Wilson (1980), Mark Grigsby (1984), Felix Coetzee (1991), Anton Marcus (1996), Kelvin Jupp (2000), Jeffrey Lloyd (2003), et Johnny Geroudis (2011) avaient accompli.
A ce jour, il n’y a qu’un jockey qui a fait mieux en remportant six courses sur six, Wallis Mc Cloud (1923). Un exploit qu’aurait pu avoir égalé Gaëtan Faucon si son cheval Rudi Rocks n’avait pas trouvé sur son chemin dans la MTC 175th Anniversary Cup, un certain Intercontinental qui avait vraiment tapé dans l’œil lors du récent Maiden. Ce courageux et très régulier champion de l’écurie Rousset a montré toute sa classe en s’imposant sans coup férir sous la cravache de Robbie Burke dans le temps record de 2m08.00 pour les 2100 mètres. Une victoire qui ravive les regrets de son jockey Johnny Geroudis, suspendu et qui a vu, impuissant, lors de cette journée, son avance à la course à la Cravache d’or fondre comme neige au soleil passant de 7 à 2. Autant dire que le match Geroudis/Faucon sera très acharné et palpitant jusqu’à la fin de la saison.
Sans préjudice au respect que nous entretenons pour la personne elle-même, il est toutefois inadmissible que le jockey Geroudis se soit rendu sur la piste pour accueillir Intercontinental. Nous avons, à chaque occasion, dénoncé le fait qu’un jockey qui n’est pas en exercice aille comme les propriétaires accueillir un cheval à l’arrivée, ce qui relève de l’étiquette hippique, mais lorsqu’on est de surcroît suspendu, cela est encore plus choquant. Ce qui choque aussi, et, là, les commissaires de courses ont agi à temps et ont sévi comme il le fallait, c’est le fait que le cheval Jimmy Angel, de l’écurie Patrick Merven, qui a pris une brillante 4ème place dans la huitième course de samedi dernier, a failli prendre le départ sans œillères contrairement à ce qui avait été annoncé au programme. Ce n’est que derrière les stalles de départ que l’erreur a été constatée. Les stewards ont réagi promptement à l’anomalie pour rétablir l’intégralité du programme officiel et ont sanctionné l’entraîneur pour cette négligence. Mais on s’inquiète de constater qu’aucun officiel n’ait rien vu depuis le paddock. Que faisait donc le Clerk of the course ?
Ce qui a surpris encore, c’est le fait que le Club-jockey Robbie Burke ait eu accès en priorité aux montes d’une écurie (Maigrot) disposant pourtant, au moment des faits, d’un jockey étranger attitré, de surcroît sur les deux meilleures chances de la journée de cette écurie, sans qu’il y ait doublure ou autre subterfuge généralement utilisé pour contourner les dispositions normales régissant la monte des chevaux. Selon les dispositions des directions for Racing 2012, « A trainer may request that a local jockey rides his horse as a replacement for his Stable jockey ». Pas un jockey étranger. Un précédent grave et en rupture avec les dispositions du contrat de travail des jockeys étrangers sur notre sol. On se demande toujours comment le MTC a pu tolérer cela, à moins qu’un « club jockey », étranger, bénéficie du statut de local boy. Auquel cas, il pourrait également monter dans la course réservée aux jockeys mauriciens !
Mais il y a plus grave encore. Et on pourrait appeler cela la saga Stewart/Delpech. Le Mauritius Turf Club annonce vendredi que le jockey Ronnie Stewart de l’écurie Allet étant souffrant et ne pouvant sans doute pas répondre à ses engagements pour la journée de samedi, pourrait être remplacé par le jockey sud-africain en vacances à Maurice, Anthony Delpech, pour lequel l’écurie Allet a fait une demande d’autorisation auprès du MTC et au ministère de l’emploi, qui avaient, étrangement, montré tous deux de bonnes dispositions dans ce sens. Mais avec l’absence de « release » officiel des autorités sud-africaines, les commissaires de courses n’ont, quant à eux, pu soutenir cette demande, il faut le dire impromptue et totalement disproportionnée par rapport à l’événement : à savoir que l’écurie Allet était disposé à faire les frais d’un emploi d’un jockey étranger pour une journée afin de monter des courses a priori anodines, avec les Agarkar, Assogia Wood et Freedom. En tout cas, c’est ce que l’on croyait. La suite va montrer que nous sommes bien naïfs.
Le permis express de Delpech n’ayant pu aboutir, voilà que samedi le MTC annonce que Ronnie Stewart, après avoir vu le médecin du MTC, déclare qu’il pourra tenir ses engagements. Diminué, il monte une course moyenne sur Agarkar avant de déclarer forfait. Et c’est là que l’unique monte du jockey Stewart interpelle. S’il avait déclaré son indisponibilité avant la journée, ses chevaux auraient dû être montés par les « local boys», conformément aux dispositions de l’article H2 des Directions for Racing 2012. Forfait pendant la journée, son absence prend un caractère urgent, et les chevaux de l’écurie Allet peuvent bénéficier de l’article H1 de ces mêmes dispositions : « No foreign jockey employed by a stable shall be allowed to ride for another stable in a race except if it is for a group race or he is called upon to act as an emergency replacement. In both circumstances, he shall require the approval of the Racing Stewards. No request for a group ride or as a replacement shall be considered if the jockey has not obtained the consent of his employer or if his employer has already a horse in the race ». Évidemment, tout cela n’est qu’une pure coïncidence. Comme la victoire surprise de Freedom (20/1), encouragé par les invectives sans équivoque du jockey Delpech déchaîné dans les tribunes pendant les derniers mètres de la course et supporté au betting par un « happy few », comme ce fut le cas lors de victoire de Joyful, le jour du Maiden.
Le comble dans cette histoire, pas très reluisante pour nos courses, c’est que la demande pour le jockey Delpech était totalement inutile car le jockey a déclaré samedi dernier à Turf Magazine à l’issue des courses qu’il était suspendu en Afrique du Sud et qu’il n’avait pas l’intention de monter à Maurice. Dire que l’on a mis le public turfiste en émoi, qu’on a disposé du temps précieux des autorités gouvernementales, des commissaires administratifs et ceux des courses pendant 48 heures. Il y a vraiment de quoi pester et demander des explications sérieuses aux acteurs principaux de cette saga. A moins qu’ils ne bénéficient d’une immunité très spéciale !
En tout cas, tous ces travers ne font pas honneur aux courses et démontrent que s’installe au Champ de Mars un état d’esprit où tout semble possible, une véritable cour du roi Pétaud. Au président du MTC, fraîchement élevé comme citoyen d’honneur de la ville de Port-Louis et, dès vendredi, à Paris pour respecter la tradition présidentielle d’assister au Prix de l’Arc de Triomphe et la réunion des autorités hippiques associées à cet événement, de taper sur la table pour s’assurer au moins que les règles établies par le MTC, lui-même, soient respectées. C’est vraiment le moins que l’on est en droit d’attendre d’une institution bicentenaire…