Les succursales

L’arrivée de la bande à Lepep a provoqué l’affinement de la politique des succursales qui sont, dans les faits, gérées comme des propriétés personnelles et privées. Dans les municipalités et les organismes para-publics. Le Muvman Liberater a une super succursale à la State House, là où la présidente, une pistonnée du ML, a organisé des agapes pour Alvaro Sobrinho pour qu’il puisse se familiariser avec les membres du gouvernement, avec un gouverneur de la Banque de Maurice réticent à lui accorder une licence les yeux fermés, licence qu’il réussira néanmoins à obtenir par un tour de passe-passe légal.
Ainsi fonctionnent les succursales dont la dernière illustration est ce qui s’est passé au Trust Fund for Specialised Care dont le board a été révoqué et la directrice contrainte à la démission. Cette succursale était gérée par un président, Vishwamitra Ramjee, et une directrice en la personne de Vijaya Sumputh, tous deux du ML, nommés par le ministre issu de la même formation, Anil Gayan.
Et ce monsieur Ramjee a pu devenir conseiller municipal dans un arrondissement de la circonscription de son ministre de la Santé grâce à un amendement à la loi introduite par Xavier Duval en 2015 pour protéger son secrétaire général Mahmad Khodabaccus, déjà nommé à la MHC et désireux d’être aussi de la course à l’administration régionale. C’est ce qui donne quelques situations burlesques comme le porte-parole des exploitants des vans scolaires, Nazeer Jhunggee, conseiller municipal, mais aussi président du SILWF et qui, entre ses trois activités très prenantes, a le temps de remettre un trophée à Pravind Jugnauth. 
Le leader du ML Ivan Collendevalloo a, lui aussi, ses succursales. Il y a le CEB où apparemment seuls sont qualifiés pour y être employés les heureux habitants du No 19 et quelques-uns au No 20, là où Anil Gayan a été élu en deuxième position derrière un vrai zanfan lakaz de la circonscription, Rajesh Bhagwan, accusé d’avoir bénéficié du vote de ceux qui sont sous traitement de la Méthadone.
Il n’y a pas de directeur à la succursale du CEB en l’absence de Gérard Hébrard, en congé de maladie, mais cet organisme a quand même le temps de recruter un avocat des Collendavelloo Chambers pour présider un comité disciplinaire après la suspension des cadres soupçonnés d’avoir refilé des documents à l’opposition. Yes, in this day and age of internet and of The Freedom of Information that is expanding across the world ! Deux autres grandes succursales du ML sont la CWA et la WWMA. Là aussi d’étranges concepts ont cours avec des responsables qui nous balancent que les tarifs de l’eau, qui devait couler 24 heures sur 24, auraient dû augmenter tous les ans. Sans faire de l’humour.
L’autre parti de gouvernement qui veut se présenter blanc comme neige dans l’épisode du Centre cardiaque a, lui aussi, ses succursales. Il y a Air Mauritius, Mauritius Telecom, la MBC, l’ICTA et la municipalité de Vacoas où sévit un ancien préposé à l’intendance du Sun Trust. C’est la mairie qui peut en un tour de magie s’approprier la place Bazar, bien que ce soit le PTr qui en a fait la demande en premier. C’est cette succursale du MSM qui pratique une politique bien étrange lorsqu’il s’agit d’autoriser des activités au J & J Auditorium.
A la succursale d’Air Mauritius, c’est tout à fait possible qu’un employé subalterne juste parce qu’il est un protégé du clan Jugnauth puisse faire partir le directeur. Et Pravind Jugnauth, qui a — et pour cause — défendu le putsch au Paille en Queue Court, est « choqué ». Choqué aussi que le « zanfan lakaz » qui le palpait littéralement lors de ses sorties de tribunaux soit mêlé à la plus grosse affaire de drogue jamais enregistrée sur le territoire.
Il n’est, par contre, nullement choqué de passer chaque jour dans deux ou trois items au bulletin télévisé de la MBC, où la rumeur du départ d’Amoordalingum Pather pour son ancienne affectation à Multi Carrier Ltd et d’un retour de Trilock Dwarka circule, sans penser qu’il abaisse le pays au niveau de la Corée du Nord. On peut certes comprendre que quelqu’un qui n’a pas accédé au poste suprême sous le sceau d’une légitimité populaire, fasse des efforts pour se faire accepter à défaut de se faire aimer, mais de là à multiplier les sorties les plus stupides, il y a quand même une certaine retenue à observer.
L’autre succursale du MSM, Mauritius Telecom, il vaut mieux ne pas en parler. Le nominé politique qui la dirige ne sait même pas ce qu’est le sens du ridicule avec ses incessantes campagnes d’autopromotion. Parce que certains esprits mal inspirés ou goguenards l’ont comparé à Steve Jobs, le fondateur d’Apple, Sherry Singh semble les avoir pris au mot jusqu’à faire imprimer sa photo en train de faire du push-up. Cela relève de la nouvelle manière de communiquer de l’entourage de Pravind Jugnauth : se mettre en scène, ramasser la saleté, donner son sang, pas dans l’anonymat, mais devant les caméras de la succursale de Réduit.
Lorsque les succursales connaissent un sale temps, ben, ils sont tous choqués. Comme Pravind Jugnauth dont le représentant sur le Board du Cardiac Centre ne lui a rien dit des libertés que l’on y prend. Comme SAJ qui était très choqué lorsqu’il a répondu à Reza Uteem que Kailash Trilochun avait décroché un petit jackpot d’un montant de Rs 19 millions de l’ICTA qui est pourtant sous la responsabilité du PMO. Choqué aussi par ce qui s’est déroulé à Air Mauritius où ce sont ses propres conseillers qui étaient à la manœuvre pour le coup de palais visant Megh Pillay. Choqué ? Non, le peuple est traumatisé devant les événements choquants qui les accablent et qui les frustrent considérablement lorsqu’il voit à quoi sert son argent de contribuable. A engraisser les gérants des succursales.