Les us et coutumes de Neandertal

Ainsi ceux qui sont contre le coûteux projet Metro Express dont les contours sont encore très approximatifs et dont l’efficacité reste à être démontrée en attendant les éclairages de demain sont des passéistes et viendraient tout droit  de la préhistoire. On ne sait pas si c’est un autoportrait qu’a dressé Pravind Jugnauth mais il devrait, un de ces jours, relire ses propos de leader d’opposition accidentel — c’est décidément devenu un abonnement — d’octobre-novembre 2014 pour modérer un peu ses déclarations.
Celui qui disait avec force que “zot pa kapav amar lamain-lipied enn prosenn gouvernman” doit pouvoir comprendre que les Mauriciens sont aujourd’hui dans le même état d’esprit qui était le sien lorsqu’il était l’opposant en chef de ce projet et qu’il avait même poussé l’audace jusqu’à écrire au Président indien pour lui exprimer ses réserves sur ce projet. Ce n’est pas être de la préhistoire que de poser la légitime question du coût astronomique qu’il implique et de la manière dont il impacte sur l’endettement du pays et comment « li amar lamain-lipied » des contribuables d’aujourd’hui et, pire, de leurs enfants et même de leurs petits-enfants demain.
Ce n’est pas être contre le progrès que de s’interroger sur la pertinence d’un projet qui arrive finalement peut-être un peu tard, à un moment où l’urbanisation change de visage, que les villes sont désertées au profit de nouvelles agglomérations moins denses et qui offrent une meilleure qualité de vie. La preuve étant la difficulté de circuler aujourd’hui à Grand-Baie, à Cascavelle au carrefour entre Flic en Flac et Tamarin, à Flacq,  Goodlands ou Mahébourg.
Dans la compréhension des mutations sociologiques, il faut, par ailleurs, tenir compte d’autres éléments comme le fait que les familles, même les plus modestes, disposent aujourd’hui de leur véhicule de seconde main et qu’elles préfèrent l’utiliser que d’être ballotées dans des autobus pas toujours du meilleur accueil ni du plus rudimentaire des conforts. Il y a aussi de nombreuses entreprises qui offrent le van gratuitement à leurs employés pour qu’ils arrivent à l’heure au travail. Les jeunes des technopoles ont souvent soit leur scooter soit leur voiture pour se rendre au boulot dans les centres d’appel. Il n’y a qu’à voir l’étendu du parking sauvage à Ébène pour s’en convaincre.
Qui va utiliser le métro-léger dans 5 ans quand le projet se sera matérialisé, dans 10 ans lorsqu’il sera confronté à son inéluctable test de rentabilité ? Les autobus aujourd’hui sont déjà vides hors des heures de pointe, les rares passagers n’étant que les personnes du troisième âge qui vont à la poste, au bureau de la Sécurité sociale, à l’hôpital ou à leur club social. Quelle est la prévision de la fréquentation de l’autobus et du Métro Express dans les prochaines années ? Avec la baisse de la natalité y aura-t-il toujours une pression sur le transport public ? Est-ce qu’une voie dédiée à l’autobus électrique n’est pas plus appropriée dans un contexte de décentralisation qui a commencé à Ébène et qui montre déjà ses limites et avec le projet de Highlands ?
Ce sont autant de questions que le Mauricien est en droit de se poser et auxquelles un gouvernement qui, sans l’avoir annoncé de la manière la plus catégorique qui soit dans son manifeste électoral et qui engage le pays à hauteur de près de Rs 20 milliards, a l’obligation de répondre dans la plus grande précision et dans la transparence la plus absolue. C’est ce que demande le peuple. Ce n’est pas être passéiste.
Par contre, cela doit relever des us et coutumes de l’homme de Neandertal que certaines pratiques de Pravind Jugnauth, de sa police, avec les déclarations ridicules de son commissaire, Super Mario, qui confirme plutôt son statut de marionnette en chef qui cherche des preuves avant d’agir que lorsqu’il s’agit des amis du pouvoir. Le clientélisme que pratique de manière éhontée le Premier ministre et qui s’arrange pour avoir une activité avec la MBC à ses basques chaque semaine dans sa circonscription n’est pas du passéisme. C’est révoltant,  désuet,  c’est un acte qui, ailleurs, dans une vraie démocratie, est punie par la loi d’autant que c’est souvent des organismes publics mais échappant totalement au contrôle de l’Assemblée nationale qui organisent ces sorties de promotion du Premier ministre, installé mais pas plébiscité.
Un exemple: la distribution de molletons, ce qui peut en plus paraître un peu passéiste lorsqu’on sait que ce sont les couettes qui sont tendance depuis quelques années. Mais il n’est pas acceptable en démocratie que l’on utilise les leviers de l’Etat et ses satellites pour faire sa campagne personnelle. Pour moins que ça des dirigeants sautent dans d’autres pays et pas toujours ceux qui sont cités comme des modèles. Il n’y a qu’à voir comment le Premier ministre du Pakistan  Nawaz Shariff a été poussé à la démission cette semaine même pour illustrer à quel point nous sommes à des années lumière de ce qui se fait en matière de bonne gouvernance et de l’obligation de transparence des hommes publics.
Cela nous amène à l’événement planétaire du jour. Oui, cela se passe à Maurice. C’est le jour du congrès-anniversaire du Mouvement Liberater. Très quelconque, dirait-on. Non, il est apparemment considéré comme une question de vie et de mort pour Ivan Collendavelloo. Surtout après l’échec des réunions de mobilisation comme à Quatre Bornes et à Rose Hill. Tous les moyens, même les plus exécrables, sont utilisés pour remplir le Plaza ce matin.
On a vu le nominé politique à la présidence du CEB distribuer des tracts, organiser des réunions et prendre la parole aux activités partisanes du ML, alors que les nominés politiques ne sont pas censés participer à de telles manifestations. Mais on a poussé le bouchon plus loin. Ceux qui ont reçu des lettres pour des entretiens d’embauche au CEB, à la CWA et la WWMA ont, hier, été prévenus : s’ils ne se montrent pas ce matin, il faut oublier l’emploi. Passéiste, vous avez dit ? Et ces méthodes-là ?