Madagascar, la chance de « l'Indianocéanie »

La Commission de l'océan Indien (COI) a frappé un grand coup cette semaine à Mahajanga, à Madagascar, en réussissant à mobiliser quelque 175 personnalités, dont des décideurs gouvernementaux, des opérateurs économiques, ou encore des représentants des agences internationales – à l’instar de la Commission européenne, de la Banque Mondiale et des scientifiques des pays de la région –, autour du projet de sécurité alimentaire. Les travaux se sont concentrés sur quatre produits : la pomme de terre, l'oignon, le maïs et les grains secs. Certes, ce projet n'est qu'un parmi tant d'autres ayant vu le jour sans jamais arriver à terme. Ce qui a amené ce pays de « mora mora » à acquérir la réputation de « cimetière des projets ». Mais la COI est bien déterminée à tout faire pour que ce projet passe de la phase de préparation à celle d'activation. Il est prévu qu'un comité de suivi sera institué dans le but d'entretenir la flamme allumée à Mahajanga jusqu'à la phase d'activation.
Au delà de ces considérations économiques, dont dépendent la sécurité et le développement futurs des îles de la région, il apparaît clairement que la démarche de la COI est surtout politique et diplomatique. Alors que la Grande Île est toujours sous le coup des sanctions internationales – en attendant les échéances électorales de juillet pour les présidentielles et de septembre, pour les législatives –, la COI a choisi de manifester sa solidarité avec le peuple malgache aux yeux de la communauté internationale. Cette démarche n'est pas passée inaperçue aux yeux du gouvernement malgache. Ainsi, trois ministres représentatifs de trois différentes mouvances au sein de l'autorité transitoire ont soutenu par leur présence la réunion de Mahajanga. « La COI, à travers cette table ronde, participe activement à la dernière étape de la transition, étant entendu que stabiliser l'économie, c'est également stabiliser la politique », a lancé le ministre malgache des Affaires étrangères Pierrot Rajaonarivelo, qui estime que Madagascar est une chance pour « l'indianocéanie », une « chance pour ses terres arables et ses ressources, tant humaines que naturelles ». Mais aussi « cette chance d'avoir des alliés de la région qui la soutiennent et coopèrent dans une symbiose et une synergie très appréciée ». Le « choix de Madagascar, et plus particulièrement de Mahajanga, n'est pas anodin », poursuit-il, rappelant que la Grande Île représente 90% de la superficie de toutes les îles et 99% de celles comprises dans la COI.
Jean Claude de l'Estrac croit dans le potentiel malgache. « Cette profession de foi n'est pas le fait de la bienveillance régionale à cause de la proximité géographique et culturelle. Ce sont les faits et chiffres, la réalité du potentiel malgache, qui justifient cette conviction », estime-il. Il considère ainsi que les îles du sud ouest de l'océan Indien vivent dans l'insécurité alimentaire parce que l'essentiel de nos aliments de base sont chèrement importés d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe. De fait, il déplore que les pays de la région s'approvisionnent trop souvent en dehors du périmètre régional. Une partie de la solution se trouve pourtant à Madagascar. Aussi, il invite les investisseurs potentiels à ne pas trop tarder. Car c'est maintenant qu'il faut se positionner. D’autant que si la situation politique malgache se décante en septembre, après les élections, les investisseurs étrangers arriveront en masse. Il y a donc une carte à jouer et il faut la jouer maintenant.
Certes, tout ne changera pas par magie du jour au lendemain. Les autorités malgaches devront dépasser l'esprit d'assistanat et créer les conditions propices à l'investissement étranger. A ce propos, beaucoup reste à faire pour générer la confiance des investisseurs. La liste des doléances des opérateurs présents à Mahajanga est d’ailleurs assez longue, comprenant notamment la lourdeur administrative, le manque d’infrastructures nécessaires à tout développement industriel, la lenteur des livraisons, le non respect des accords conclus, des législations compliquées concernant l'accès à la terre, et l'absence d'un réseau de transport aérien et maritime au niveau de la région. Il importe également que Madagascar dispose d'un système financier et bancaire fiables.
Au plan régional, l'harmonisation des règles et règlements est nécessaire. A Maurice, on se souvient encore des projets lancés, entre autres avec l'aide du FAO, qui n'ont pas abouti. Sur un plan international, Maurice est un grand défenseur de Madagascar et milite pour le retour à la constitutionnalité. Elle milite également pour la levée des sanctions imposées par les bailleurs de fonds américains et européens. La Grande Île a tout le potentiel pour être autosuffisante en termes de production alimentaire et énergétique, et pour exporter vers les pays de la région. La balle est maintenant entre les mains des autorités malgaches. Comme le souligne le secrétaire général de la COI, le retour de Madagascar dans le concert des nations démocratiques et ambitieuses est une condition préalable... Les élections présidentielles et législatives, qui se tiendront en juillet et en septembre prochains, briseront-elles le cycle infernal des crises politiques ? L’avenir nous le dira.


Commentaires

Je suis agricultrice à Maurice depuis de nombreuses années et je peux vous assurer que nous rencontrons énormément de difficulté à lutter contre les insectes et autres nuisibles pour nos plantations. Ces mouches des fruits et autres pestes nous arrivent de l'extérieur et nous envahissent très vite mettant nos plantations en péril. Ce serait vraiment un énorme risque d'importer des fruits et légumes de l'extérieur et notamment de Madagascar où on est encore bien loin de toutes les garanties phytosanitaires requises. Les agriculteurs-exportateurs locaux sont soumis à des contrôles très sévères que nous imposent les pays importateurs et nous le comprenons parfaitement. NE METTONS PAS DAVANTAGE L'AGRICULTURE DE MAURICE EN DANGER, ET SURTOUT PROTEGEZ CEUX QUI PRODUISENT LOCALEMENT, SOUVENT AU PRIX DE MILLE DIFFICULTES, COMNME PAR EXEMPLE DE REDUIRE AU MAXIMUM L'UTILISATION DES PRODUITS CHIMIQUES AU PROFIT DE BONNES PRATIQUES CULTURALES POUR LA SANTE DES CONSOMMATEURS. MERCI.