Mal servi

Encore un incident, vendredi, à l’Assemblée nationale. Rajesh Bhagwan a déclenché les hostilités en lançant un tir à deux balles particulièrement bien envoyées à Pravind Jugnauth. D’une position assise, il a juste rappelé que le Premier ministre venait d’essuyer deux revers, son renvoi devant le Conseil privé et la radiation des charges contre le secrétaire général du MMM qui avait été accusé d’obstruction à la justice.
Il faut placer la charge du bouillant député mauve dans son contexte. C’est le PM qui, debout, avec le micro ouvert, avait dit à Paul Bérenger qu’il avait eu une claque de la Cour suprême dans l’affaire Medpoint. Quelques semaines plus tôt, c’est aussi lui qui avait commenté l’incident survenu au poste de police de Flic-en-Flac en disant à Rajesh Bhagwan “al get to Ajay Gunness soûlard”, incident qui avait été suivi de la campagne d’affiches illégales sur une supposée “alliance soular”. Des piques envoyées ici et là, c’est une constante de tous les Parlements démocratiques et vivants. Pour maintenir les débats à un niveau respectable, tout dépend finalement de la qualité de la personne qui occupe le perchoir. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Maya Hanoomanjee n’est pas à la hauteur et qu’elle ne l’a jamais été.
On sait dans quelles conditions elle a été nommée Speaker. Il fallait à tout prix repêcher le seul candidat du clan Jugnauth qui avait été sèchement rejeté par l’électorat de Savane /Rivière Noire en décembre 2014. Depuis qu’elle est installée, il y a eu de multiples couacs autour de sa personne et de son entourage. Ses voyages, les conditions dans lesquelles son époux a été amené à l’accompagner lors de ses missions officielles comme s’il était un genre “d’assistant parlementaire”, les filles qui ont attendu que maman devienne Speaker pour postuler à un poste de direction d’une compagnie dont elle ignorait tout de l’identité ou créer celle, par contre, très connue celle-là: la Rum and Sugar pour fourguer à la boutique hors - taxes et à Rs 680 une boîte de biscuits achetée à Rs 17 en piratant l’identité d’un patrimoine privé.
Tout ça aurait pu, aurait dû amener l’élue du premier cercle de la dynastie Jugnauth à un effort de maîtrise et de fair-play dans la conduite des délibérations parlementaires. Non, elle pratique une surdité sélective qui n’était connue que des élus de l’opposition, victimes de son acharnement criard, et des membres de la presse suivant les travaux de l’Assemblée nationale et que l’on peut voir en direct maintenant. D’où les réactions indignées de bon nombre de Mauriciens devant ces postures biaisées si flagrantes.
Elle devrait pouvoir expliquer comment elle a sanctionné, vendredi, deux députés de l’opposition aux propos dérangeants, certes, pour ceux qui l’ont investie, mais qu’elle était sourde et muette lorsque c’est le PM qui, debout, vociférait en direction de Paul Bérenger “allé do rekin, to ine gagne to klak ek la Cour Suprême” ou encore lorsque ce même Pravind Jugnauth a lancé des piques à Rajesh Bhagwan sur l’incident au poste de police de Flic-en-Flac en qualifiant Ajay Gunness de soûlard. Il faut qu’elle réalise, enfin, que les Mauriciens sont témoins de ses agissements comme ils ont dû apprécier en direct ce désormais fameux “you were licking my hands and other parts as well” adressé à Roshi Bhadain que, seule madame la Speaker n’avait pas entendu alors que le micro du Premier ministre était bien ouvert.
Et cela n’est évidemment pas un commentaire de “voyou” selon les critères du porte-parole quotidien du MSM, Étienne Sinatambou, qui ne s’exerce, en fait, que pour monopoliser la boîte de propagande du parti le soir sur le petit écran. Le tambour résonant du Sun Trust, spécialiste du comportemental, chantre de l’amour propre, gardien de la dignité nationale et, pourquoi pas, bientôt grand défenseur des femmes battues ou des épouses maltraitées, et pourfendeur, peut être, des transfuges, réclame la démission du leader du MMM.
Oui, une démission collective des membres de l’opposition est, sans doute, souhaitable pour forcer des élections qui, dans un pays vraiment démocratique et avancé, auraient dû déjà avoir lieu lorsque le PMSD, un des partis de la plate-forme que le peuple avait plébiscité, avait quitté le gouvernement et, surtout, lorsque le PM amplement désigné en décembre 2014 a pris le prétexte de son état de santé, finalement pas si calamiteux que ça puisqu’il peut supporter les inconvénients de longs séjours à l’étranger, pour s’écarter et laisser sa place à son fils dans la pire tradition des dernières dynasties réactionnaires de la planète.
Que des démissions s’imposent pour des raisons de moralité publique et d’exigence de probité, soit! On peut commencer par le PM lui-même qui doit se présenter devant le Privy Council, cartes maîtresses en main ou pas, pour suivre avec Raj Dayal, qui a pris un abonnement en Cour pour corruption alléguée, avec Sudhir Sesungkur qui, entre chiens méchants, affaire de détournement, licences à Sonbrinho et son conseiller du nom de Pin Niko, pas Pinocchio, non, mais agresseur d’agent de l’ordre qui ne le quitte pas d’une semelle confirmant ainsi que ceux qui se ressemblent s’assemblent, pour finir avec Prakash Mauthrooa, poursuivi pour corruption dans une affaire impliquant un pays étranger, ce qui nous fait une excellente publicité quant à la qualité de nos décideurs et de nos institutions, et last but not least, Raouf Gulbul l’avocat du PM qui aurait déjà dû avoir pris congé de la GRA.Tout se résume finalement à une affaire d’hommes et de femmes, de leur qualité, de leur probité, de leur sens de leadership. Par l’exemple. Or, on est vraiment très mal servi depuis très longtemps.