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Le malentendu et la méfiance

C'est un sujet dont on ne parle pas ouvertement à Rodrigues, mais il est présent dans tous les esprits. Surtout en cette période de campagne électorale où l'on parle beaucoup des relations entre Port Mathurin et Port-Louis, entre le gouvernement régional et le gouvernement central. Le malentendu ou, plus précisément, la méfiance entre Rodrigues et Maurice, ne date pas d'hier. Il remonte aux années de la colonisation pendant lesquelles Rodrigues était une dépendance de  Maurice, elle-même  dépendance de la Grande Bretagne. La méfiance a augmenté au cours des années 60, celles de la bataille pour l'indépendance, avec la campagne de Gaëtan Duval poussant les Rodriguais à voter contre l'indépendance en leur promettant une association avec la France qu'il disait avoir déjà négociée avec le général de Gaulle. Les Rodriguais votèrent à plus de 90% pour le PMSD, donc contre l'indépendance. Tellement confiants dans la promesse de Gaëtan Duval, ils refusèrent de célébrer l'indépendance le 12 Mars 1968. Ce n'est qu'une année plus tard, alors que Gaëtan Duval avait fait alliance avec le PTr pour entrer au gouvernement, que le quadricolore fut hissé pour la première fois à Port Mathurin. De force.
Ce malentendu et cette méfiance font partie de l'histoire commune de Rodrigues et de Maurice. Des travaillistes n'ont pas encore oublié que Rodrigues avait voté contre l'indépendance. Par conséquent, ils se sont peu intéressés au développement de Rodrigues. C'est avec l'arrivée au pouvoir de l'alliance MMM/PSM en 1982 que le gouvernement mauricien a commencé à s'intéresser sérieusement à Rodrigues en faisant d'un de ses élus un ministre. En dépit de la cassure de 1983 et de la formation du MSM, Anerood Jugnauth a continué à s'intéresser à Rodrigues tout en autorisant parfois certaines mesures qui allaient raviver le malentendu et la méfiance. Plus précisément, la décision d'envoyer des effectifs de la SMF à Rodrigues, en les laissant se comporter comme des soldats vainqueurs dans un pays occupé. Mais malgré cela, c'est sous un gouvernement Jugnauth/Bérenger que Rodrigues fut enfin débarrassée de son statut de 10e district pour accéder à l'autonomie.
Depuis, des grosses erreurs ont été commises de part et d'autre et les changements de gouvernement à Maurice et à Rodrigues ont établi de nouveaux rapports, souvent plus conflictuels. Certaines décisions symboliques prises par le nouveau gouvernement régional ont été à la limite de la provocation. Des milliers de Rodriguais se souviennent encore que Gaëtan Duval les a trahis au moment de l'indépendance. Donner son nom à l'aéroport de Plaine Corail a, sans doute, fait plaisir à son fils, alors ministre du Tourisme, mais a été considéré comme une insulte aux Rodriguais qui n'a fait que raviver le malentendu et la méfiance. Depuis, la situation a empiré et dans les meetings de cette campagne électorale, on entend souvent parler des relations Port Mathurin – Port-Louis qui, pour certains, représentent la clé obligatoire  pour le développement de Rodrigues; pour d'autres, un asservissement. On ne peut pas donner tort à ces derniers quand on sait comment certains Mauriciens traitent les Rodriguais obligés de quitter leur île pour trouver un emploi à Maurice.
Grâce à l'éloignement géographique, les Rodriguais ont su développer et entretenir une culture et une manière de vivre qui leur est propre. Une spécificité qui devrait être considérée comme une richesse pour la République de Maurice, et non pas comme une menace. Qu'on le veuille ou non, que l'on soit indépendantiste, autonomiste ou pro autodétermination, il faut reconnaître que l'avenir de Rodrigues et celui de Maurice sont liés pour un bon bout de temps encore. Se regarder en chiens de faïence, ruminer ses rancœurs satisfait, soulage, mais ne fait pas avancer. Il faut souhaiter que dans le sillage de cette élection, les malentendus et les méfiances – souvent entretenus – soient remplacés par des relations saines et honnêtes entre les Rodriguais et les Mauriciens. L'établissement de ces liens ne peut qu'être bénéfique à l'ensemble des habitants de la République. Un vieil ami rodriguais me disait l'autre jour que pour lui, le Rodriguais n'est un Mauricien que sur papier. Il n'a pas tout à fait tort. Souhaitons que les vainqueurs de l'élection de ce dimanche 5 février et les responsables du gouvernement central sauront prendre les initiatives nécessaires pour dissiper, une fois pour toutes, les malentendus et les méfiances. Afin que le Rodriguais se sente, enfin, au sein de la République, un Mauricien égal aux autres.


I can understand how people of Rodrigues feel. A large section of people in Mauritius is made to feel the same way, day in and day out.

So true !

Meme si je suis natif de Maurice , je ne souhaite pas que Rodrigues devienne comme l'Ile Maurice qui est maintenant corompu jusqu'a l'os, l'ile poubelle ou il existe une police de l'environnement. Prenez exemple sur L'ile Rodrigues et comparez la propreté des gens malgré la misere, et la gentillesse de ces personnes qui ne savent meme pas s'ils auront de quoi manger demain !