Mauvaise foi

— Alors qu'est-ce que tu vas dire à présent ?
— Qu'est-ce que je vais dire à propos de quoi ?
— A propos du secrétaire général de ton parti qui a insulté la Speaker.
— Aio, laisse-moi te dire qu'elle a bien cherché, toi. Si elle n'avait pas expulsé Xavier-Luc du Parlement, cela ne serait pas arrivé.
— Mais le fait qu'elle ait expulsé le leader du PMSD du Parlement ne donne pas le droit au secrétaire général de son parti de dire qu'il va « défoncer » la Speakrine.
— Tu es sûre qu'il a dit ça comme ça ?
— Et comment que je suis sûre ! Les journaux l'ont mis : il a dit exactement « nou pou défons twa kot to kontan Maya »…
— Aio, tu sais comment c'est dans un meeting : les gens applaudissent, il y a de l'ambiance et celui qui parle peut facilement avoir un « slip of the tongue », comme on dit.
— Ah non ! je suis désolée. Ce n'était pas un « slip of the tongue » ça.
— Comment tu peux savoir ça, toi. Tu étais au meeting ?
— Je n'étais pas au meeting, mais la presse a rapporté ce que le secrétaire général du PMSD a ajouté, juste après avoir dit qu'il allait « défoncer » la Speaker…
— Tu sais les journaux… mais écoute, on ne va pas faire une affaire d'Etat pour quelques malheureux mots.
— Tu n'as pas ça quand le député Rutnah a dit deux mois à une journaliste ! Tu voulais même qu'il démissionne. Est-ce que tu sais au moins ce que ton secrétaire général a dit ?
— Si tu insistes… dis-moi ce qu'il a dit comme ça ?
— Il a dit : « Si pa ti éna sa kantité madam-la, la, mo ti pou dir ou ki mo ti pou fer l'abeille. »
— Allez prend gagné, si tu veux.…
— Si je veux ? Laisse-moi te dire une chose : c'est à cause des femmes comme toi que les hommes se permettent d'insulter les femmes. Ils savent qu'il y aura toujours une femme comme toi qui va dire « mais il ne pensait pas ce qu'il a dit, vous autres ! »
— Aio, ne fais pas ta féministe avec moi, s'il te plait ! Allez : je reconnais qu'il n'aurait pas dû dire tout ce qu'il a dit.
— … enfin, foutour va !
— Mais je te signale qu'il a présenté ses excuses, lui…
— Le lendemain ! Et sur Facebook alors qu'il avait insulté la Speaker dans un meeting.
— Mais Xavier-Luc a reconnu que ses mots étaient déplacés et qu'il a mis le secrétaire général en retrait pour le moment. Tu vois, eux, ils ont pris des mesures. C'est pas comme au Mouvement Liberater où Rutnah n'a toujours pas présenté ses excuses. Et pour ça, tu n'as rien à dire ?
— On est en train de parler du PMSD-là, non ? Ton Xavier-Luc il a pris deux jours pour réagir. Le secrétaire général dit des mots qu'il ne pense pas et le leader, il a besoin de deux jours pour comprendre que les mots prononcés étaient des insultes grossières contre une femme.
— Ecoute au moins : il a pris une décision, même s'il a pris un peu de temps…
—… disons qu'il a pris du temps pour comprendre les insultes du secrétaire général et l'ancienne ministre de la Femme, elle aussi elle ne comprend pas quand elle entend jurer une femme.
— Mais qu'est-ce que l'ancienne ministre de la Femme a à faire dans cette affaire.
— Elle était au meeting et elle n'a pas réagi.
— Peut-être qu'elle n'a pas bien com… bien entendu.
— Elle est pareille comme la nouvelle ministre de la Femme alors ?
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que la nouvelle elle aussi elle n'avait pas réagi quand son camarade avait traité une journaliste de « femelle lichien ». On a dû tout lui expliquer pour qu'elle condamne du bout des lèvres Rutnath, le lendemain. On dirait que toutes les ministres de la Femme de ce gouvernement ont la même maladie.
— Aio, qu'est-ce que tu vas inventer encore ?
— Elles ne comprennent pas par elles-mêmes. Il faut leur expliquer longuement avant. C'est plus facile de condamner une bouteille qu'un membre de son parti.
— Qu'est-ce que tu es en train de raconter cette fois-ci ?
— Tu as oublié que l'ancienne ministre de la Femme avait fait une sortie virulente comme une publicité montrant une bouche de femme buvant une boisson gazeuse. Elle avait trouvé que cette publicité dégradait l'image de la femme et avait réagi sur-le-champ.
— Tu vois comme tu es : elle avait pourtant réagi l'ancienne ministre.
— Oui, immédiatement contre la publicité, mais elle a pris son temps pour condamner le secrétaire général du PMSD qui a dit qu'il allait « défoncer » la Speaker ! C'est plus facile de dénoncer une publicité qu'un homme politique, surtout quand on est du même parti.
— Aio, je vais arrêter de causer avec toi, moi. Tu es trop de mauvaise foi quand il s'agit du PMSD !