Menti-menti

Au train où vont les choses, le mieux que l’on puisse proposer c’est de recourir à la  “courte paille” pour départager une fois pour toutes les responsabilités. Parce qu’on ne veut plus être le seul pays au monde à avoir deux Premiers ministres, l’un mentor, l’autre “menti-menti” et qu’ils en sont, près de trois semaines après l’abdication publique et officielle, à se disputer attributions, prérogatives et bureaux du Trésor.
Un coup c’est l’un qui est à l’Intérieur, un coup c’est seulement la Défense, puis retour à la case départ avec SAJ qui reprend la police mais qui laisse le renseignement et l’Immigration alors qu’au soir de son intronisation, le 23 janvier, Pravind Jugnauth, sur un ton aussi solennel que définitif, affirmait qu’il sera “intransigeant” et qu’il accordera une attention spéciale au “law and order” et faire même de Maurice “the safest country.” C’est quoi ce cirque ? Quand saurons-nous enfin qui fait quoi exactement? Il est temps d’arrêter d’exposer le pays à la raillerie internationale.
Deux ans et demi après les élections, on devrait être déjà en mesure de faire un premier bilan. Au lieu de nous dire si le gouvernement a bien construit les 2,000 logements par an qu’il promettait lors de la campagne électorale, ce qui devrait porter le parc de l’habitat public à près de 5,000 nouvelles unités, voilà que lors d’une des sempiternelles tournées dans sa circonscription, où l’officiel est toujours détourné en manifestation orange et partisane, il raconte qu’il va construire 10,212 logements d’ici 2019. C’est-à-dire en moins de trois ans alors que, de son propre aveu, il a construit  sur la même période, soit de 2014 à 2017, seulement 1,983 maisons.  
À part les promesses permanentes, tout ce que l’on entend et que l’on voit, c’est la dégradation, la politisation outrancière des institutions et les scandales. Le dernier en date étant le “kram-kram” fourni par Sheila Hanoomanjee à la boutique hors-taxes. Cette dame est la fille de la Speaker Maya Hanoomanjee et la sœur de Naila, celle qui ne savait même pas pour quel job elle postulait depuis Londres et qui a quand même atterri à la direction de la State Property Development Company. Il n’y a qu’à voir l’état du Port-Louis Waterfront, une vraie vitrine de Smart City, pour jauger de la pertinence de cette nomination. Et elle semble, en plus, bien partie pour diriger Landscope Mauritius.
Pour revenir à Sheila Hanoomanjee, directrice de Rum and Sugar Ltd, dont l’adresse professionnelle est celle de sa mère, la Speaker, à Flic en Flac, cela nous a tout de suite renvoyé à la photo de la famille royale de l’île Maurice prise à la table d’honneur de la fête du MSM à Clarisse House, édifice appartenant à l’État, le 23 décembre dernier. Et on a tout compris lorsque, pour justifier sa présence à cette activité partisane, Maya Hanoomanjee a répondu qu’il s’agissait “d’une fête familiale.”
Pour toute explication à l’octroi de ce contrat à une proche du dispositif MSM, à la MDFP, on assure que “tout a été fait selon les procédures.” Elle est belle, celle-là, parce qu’on a entendu le même refrain il n’y a pas si longtemps. Lorsque Week-End révélait, fin 2012/début 2013, l’étendue de l’influence de Nandanee Soornack et son hijacking du catering à l’aéroport, on nous avait pareillement assuré que “tout avait été fait selon les procédures“ et qu’“il y avait même eu appel d’offres.” Sauf que Week-End avait complètement démonté cette thèse en revenant sur la chronologie de l’appel d’offres et en prouvant que Airway Coffee, qui avait raflé le contrat, ne répondait absolument pas à un des critères essentiels des spécifications, les cinq ans d’expérience.
Et lorsqu’un Pravind Jugnauth évoquait, à toutes ses sorties publiques, les faveurs  faites à ce qu’il appelait  la “sirène”, selon son vocabulaire très particulier, personne n’avait qualifié ses propos de “palabres”, ces “palabres” qu’il a évoquées pour décrire les critiques justifiées qui sont formulées contre son gouvernement. En tant que Premier ministre installé et non élu, il va falloir vous habituer aux critiques. C’est votre tour d’entendre le genre de propos que vous teniez vous-même il y a de cela 26 mois.
Au pays de la démocratie menti-menti, l’ICAC n’ouvrira pas d’enquête sur le contrat “kram-kram” et la police aux ordres et la municipalité assujettie peuvent interdire une manifestation. En 2017. Alors que pour l’attroupement timide de la passation de pouvoir entre père et fils, la police avait fermé la capitale et que l’opposition a pu tenir son rassemblement quelques jours plus tard, la police, d’abord, et la mairie de Port Louis ensuite ont fait obstacle à la manifestation de Resistanz ek Alternativ. Une décision unanimement condamnée d’autant que les propos de l’affidé du Sun Trust qui préside aux destinées de la capitale a montré son vrai visage en se permettant un commentaire politique et partisan sur la démarche du parti de gauche. Continuez comme ça et vous allez de plus en plus entendre la rue s’exprimer.
On a aussi l’impression que les interprétations des décisions de justice prêtent à équivoque, confusion et abus d’interprétation. Depuis que la Cour suprême a statué qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts avéré dans l’affaire Medpoint, certains en ont déduit que le délit a tout simplement disparu. Même chose depuis que la même instance a donné gain de cause à la municipalité de Vacoas dans le litige l’opposant au PTr sur la place Bazar pour le meeting du 1 er mai 2016.  
Lorsqu’on voit avec quelle audace les juges aux États-Unis, même lorsqu’ils sont ouvertement républicains, défendent le droit et qu’ils le balancent à la face de Donald Trump, on est obligé de se poser des questions. Comme sur la présence des  membres du judiciaire lors de la prestation de serment du 23 janvier alors qu’ils seront appelés à se prononcer non seulement sur l’appel interjeté dans l’affaire Medpoint mais sur la contestation précisément du deal papa-piti. Et puisqu’on en est aux interrogations, qui peut ne pas être étonné que la commission sur la drogue ait convoqué l’ancien leader de l’opposition dans les jours qui ont suivi ses propos sur une ramification dans le Nord et que depuis trois mois que l’on parle de la connexion avocats-trafiquants connection, il n’y a pas eu la plus petite convocation. Même menti-menti.