Méthode musclée du CROS…

Le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) de la Réunion a jeté un pavé dans la mare à un peu plus de deux ans avant que la vasque olympique soit allumée pour les 10e Jeux des îles en 2019. Ceux qui croient dans les signes verront dans cette démarche réunionnaise de se retirer du CIJ— et par extension des JIOI— un très mauvais présage. Surtout après les conversations en février 2016 sur le départ abrupt des Comoriens en pleine cérémonie de la remise du drapeau du Comité International des Jeux (CIJ) à Maurice, pays organisateur des 10e JIOI.
Il y a une quinzaine de jours, la bombe est venue, de la façon la plus inattendue et surprenante, de l'île Sœur, avec laquelle le mouvement sportif mauricien entretient plus que d'excellentes relations. Le CROS avec une femme comme présidente a brandi l'incroyable, pour ne pas dire l'effroyable menace du retrait de quelque 300 sportifs des JIOI. Une menace nullement proférée à la légère, si on se fie aux propos de cette même Monique Cathala dans la presse réunionnaise. Le CROS, dit-elle, ne veut plus qu'on lui prenne pour de l'argent comptant. « Ça fait un petit moment que ça dure. Je trouve que l'on a été très gentil alors que ce n'est pas la première fois qu'il y a un incident. On ne dit jamais rien. Les athlètes peuvent même avoir l'impression parfois qu'on ne les défend pas », a soutenu la présidente du CROS dans les colonnes du JIR, le mardi 28 mars.
Il n'y a pas plus malin que le CROS dans cette histoire de menace, voire de méthode musclée. L'Article 24 de la Charte des Jeux, qui fut revue et corrigée en 2013, stipule clairement que toute modification à celle-ci doit intervenir 18 mois avant les jeux. Faire resurgir ce vieux démon de 40 ans à un peu plus de 20 mois des 10e Jeux à Maurice se situe dans une double stratégie de communication et de rapport de force pour les Réunionnais. Cette stratégie de communication vise avant tout à attirer l'attention de ses propres sportifs de haut niveau, occupés ailleurs et qui ne se rendent pas encore compte des conditions qui sont attachées à leur participation aux JIOI.
Notamment ceux que le CROS considère comme les « Kréopolitains », soit les athlètes nés à la Réunion et qui vivent en France, ou les métropolitains qui ne sont pas natifs de l'île Sœur. L'affaire Myriam Klosner, qui a éclaboussé les compétitions de volley-ball aux 9e JIOI à la Réunion en 2015 et qui au passage a poussé à plus de dissension au sein du CIJ, reste encore un os dur à avaler pour le CROS.
Ce dernier, par la voix de sa présidente, une métropolitaine du même acabit qu'un Jean-Pierre Ducart au sein du CIJ dans les années 90', a reproché d'avoir passé plus de temps dans les réunions que dans les stades en 2015 dans son île adoptive. Ce qui veut dire que Monique Cathala ne veut plus attendre et sans aucun doute, elle va forcer l'organisation d'une réunion du CIJ dans les mois à venir afin de « régler » un problème presque ingérable et aussi d'éviter la pression des 18 mois de délais qu'exige la Charte des Jeux pour toute modification. Il va y avoir encore des explications et des positions de façade…
À vrai dire, le CROS de La Réunion est parti pour rechercher, voire même exiger l'abrogation pure et simple de cette sous-section 2 de l'Article 7 de la Charte des Jeux. Ce n'est pas sans raison que dans leurs argumentations depuis qu'ils ont crevé l'abcès le 28 avril que les dirigeants du CROS n'évoquent que le fait que le CIJ traîne ce problème comme un boulet à ses pieds depuis 40 ans. Le Réxit dont le CROS et la presse réunionnaise mettent en avant a aussi pour objectif premier d'accentuer la pression sur Maurice en vue de ses jeux.
Le CROS sait plus que tout le monde que Maurice ne pourra pas se permettre d'organiser les 10e Jeux sans les sportifs réunionnais, quoi qu'en dise le ministre de la Jeunesse et des Sports sur cette question. C'est un fait indéniable que la France, comme toujours, va être appelée à jouer un rôle important dans l'organisation de ce 10e rendez-vous à Maurice. L'État mauricien sait d'ores et déjà que ce ne sera pas un problème évident à résoudre. Car dans la foulée de ce méandre qu'a lancé le CROS avec l'Article 7, se joue aussi l'avenir de Mayotte au sein du CIJ et par ricochet au sein de la CJSOI (Commission Jeunesse et Sports de l'Océan Indien), que la France cherche par tous les moyens politiques, diplomatiques et sportifs d'imposer comme un département français de plein droit. Une façon détournée de s'asseoir sur les nombreuses résolutions prises par les Nations unies et l'Union africaine sur ce dossier à l'effet que Mayotte est une terre comorienne et non française.
Méthode musclée ou pas, il est aussi vrai de dire que cette question que soulève le CROS est légitime en raison de l'évolution du mouvement sportif dans l'océan Indien. Maurice, les Seychelles, Madagascar ou Comores ont la particularité d'être des pays souverains et que le « passeport réunionnais » n'existe pas. Mais on ne peut ignorer le fait que ces pays comptent aussi des athlètes qui ne sont pas « natifs » de l'île, mais qui viennent défendre leurs couleurs le temps des JIOI. Le prochain problème comorien pourrait même se situer à ce niveau. La composition de la sélection nationale les Cœlacanthes en dit long sur les intentions de ce pays sur les prochains JIOI.