Un métro de plus en plus lourd

Dépassé par les sondages défavorables et manifestations de mécontentement populaires, le gouvernement ne tire pas de leçons de ses erreurs récentes. Plus précisément, de l’une de ses plus grosses erreurs : la gestion de la fermeture de la BAI. Une décision ni réfléchie ni préparée, sans aucune évaluation des possibles conséquences et dommages collatéraux. Cette fermeture a profondément blessé des centaines de Mauriciens et leurs familles et a créé l’image d’un gouvernement prenant des décisions sans s’occuper de l’aspect humain d’un problème. En dépit des traces qu’ont laissées l’affaire BAI dans l’opinion publique, le gouvernement vient d’utiliser à nouveau la force pour imposer sa volonté. Au lieu de prendre le temps d’expliquer les différentes étapes de la construction du Metro Express et d’utiliser la concertation, il a choisi l’affrontement. La méthode expresse. Mardi, des courriers ont été envoyés pour donner à leurs destinataires un délai de trois jours pour évacuer les lieux du tracé du metro à La Butte et à Barkly. Jeudi, jour de l’ultimatum, le ministre Bodha parlait encore de réunion de concertation à venir, mais le lendemain, des bulldozers du ministre des Travaux protégés par de nombreux policiers (près de 300 à La Butte, dit-on) ont voulu faire disparaître les maisons qui se trouvent sur le tracé du Metro Express. Pourquoi fallait-il détruire ces maisons à cette date précise pour un projet de métro dont les  préparatifs ne sont visiblement pas terminés? On en veut pour preuve le fait que le terrain de La Butte vient de céder sous quelques coups de pioche alors qu’il est censé accueillir des tonnes de béton, des rails et surtout les wagons du fameux métro de plus en plus lourd avec ses passagers.
Comme il fallait s’y attendre;  l’opposition s’est précipitée pour soutenir les premières “victimes” du Metro Express. Comme il fallait également s’y attendre, des hommes de loi ont conseillé aux “victimes” de demander à la Cour suprême de suspendre la démolition, ce qui a été obtenu. C’est alors que les policiers sont intervenus et ont déclaré douter de l’authenticité de l’ordre émis par une juge de la Cour suprême ordonnant de surseoir à la démolition jusqu’à lundi. Rien que ça! La police de M. Nobin – qui avait déclaré devant la Cour suprême qu’il ne savait pas pourquoi il avait donné l’ordre de faire arrêter le DPP – remet en cause un ordre émis par une juge. Ses policiers ont non seulement mis en doute l’authenticité de l’ordre mais en plus, ils l’ont carrément ignoré en continuant les démolitions! La police ne respectant pas un ordre de la Cour suprême : on aura tout vu sous le gouvernement Lepep! En fin de compte, le gouvernement a pris plus de soin à organiser la soirée de présentation du métro que le déménagement de ceux dont les maisons se trouvent sur le tracé. Si avant même le début des travaux, le gouvernement  est incapable de gérer la situation, que se passera-t-il quand les travaux commenceront vraiment?
Pour ne pas changer, la MBC a été en dessous de tout, vendredi. Depuis le matin, les radios privées suivent la situation. Dès que les bulldozers du ministère des Travaux se sont mis en marche sous forte protection policière, les réseaux sociaux ont été inondés d’images téléphoniques prises en direct. Dans le journal télévisé de 19h30, la seule mention de l’affaire qui interpelle tout le pays depuis le matin a été un compte-rendu de la décision de la juge de suspendre les démolitions. Sans une image des incidents. Cette censure de l’information par la MBC en rappelle une autre commise en 1999. En février de cette année, le pays s’embrasait suite à la mort du chanteur Kaya en cellule policière. Pendant plusieurs jours, le pays fut paralysé par des manifestations sans précédent. Pendant toute cette période, la MBC ne pipa mot de ce qui se passait dans le pays. Pour suivre la situation chez eux, les Mauriciens durent suivre les journaux télévisés de RFO Réunion. 18 ans après, la situation se répète : pour se renseigner sur ce qui se passe dans le pays, les Mauriciens, qui payent pourtant une redevance obligatoire à la MBC, sont obligés d’avoir recours aux réseaux sociaux. On vous le disait dernièrement : le temps passe, les gens évoluent, mais la MBC demeure égale à elle-même : une télévision de république bananière !

 
PS : En 1999, lors de l’affaire Kaya, Navin Ramgoolam avait disparu de la circulation pendant plusieurs jours. Avez-vous noté que depuis le début des démolitions, Pravind Jugnauth est aux abonnés absents?