Ce métro qui mène grand train

« Métro, boulot, dodo », dit l’adage populaire. Notre dodo a disparu depuis longtemps et le travail est en voie de disparition. Reste donc le métro, représentant notre futur donc, et dont le projet ne finit pourtant pas d’alimenter la colère de nombreux acteurs de la société civile. D’aucuns s’interrogent en effet sur la réelle pertinence de ce méga chantier en perspective et de son coût pharaonique, des experts avertissant déjà – n'en déplaise à Nando Bodha – que l’ardoise finale dépassera largement les estimations actuelles.
Commençons par le commencement et revenons une fois encore sur l’appellation mensongère du projet « Metro Express ». En premier lieu, un « métro » posé à même le sol – entendez par là sur des voies ferrées équipées de rails plats – n’est pas un métro, mais un tramway. Quant au mot « express », il semble d’autant plus inapproprié que, de par la nature même de ce type de « métro », l’engin ne dépassera jamais les 35 km/h, en sus des différentes stations agrémentant le parcours promettant aux passagers autant de haltes qui ralentiront résolument le trajet, en sus des phases d'accélération et de décélération.
Reste maintenant, et c’est là une inconnue, à savoir de quel type de métro l’on disposera vu la relative petitesse de l’enveloppe que les autorités ont prévue pour le mettre en place. Sur ce point, rappelons qu’en octroyant ce prêt à Maurice, les Indiens n’auraient – semble-t-il du moins – émis aucune autre exigence que de voir le contrat du chantier alloué à une firme indienne, ce qui a été fait. À ce titre, l’on peut légitimement s’interroger sur la qualité de notre futur métro. Bien sûr, l’Inde, c’est le métro high-tech de Delhi (celui-là même qui aura été présenté en grande pompe à la presse) – métro qui avait cependant à l’époque de sa mise en chantier contraint les Indiens à demander l’aide de la société de métro de Hong Kong, notamment en termes de techniques de constructions. Mais l’Inde, c’est aussi le métro de Mumbai, décrit par de nombreux voyageurs comme l’un des pires du monde. Aussi, la question reste posée : lequel de ces métros viendra-t-on construire à Maurice ? Une question qui, il est vrai, s’apparente à une mise en garde pour les autorités, sachant que, comme le dit si bien l’adage créole, « Bo marse kout ser ».
Puisque l’on parle d’argent, venons-en au coût du projet et, surtout, à cette dette – et quelle dette ! – que le pays devra éponger pendant longtemps, la durée des travaux et de leur financement risquant plus que probablement d’être revue à la hausse au fur et à mesure de l’avancement du chantier. À cette ardoise viendront ensuite s’ajouter les emplois perdus dans le secteur du transport – compagnies de bus, taxis, etc. –, signant ainsi la possible disparition de toute une industrie dans les régions situées tout le long du tracé, et ce malgré le langage rassurant des autorités. À titre de comparaison, à Angers, en France, le tramway aura coûté, en 2009, près de 30 millions d'euros le kilomètre, ce qui – en extrapolant sur la longueur du tracé mauricien et en convertissant en roupies – ferait passer notre ardoise à pas moins de 32 milliards, et ce sans même tenir compte des fluctuations des prix depuis 2009, notamment en termes de matériaux.
La pertinence du projet de métro est d’autant plus compromise que ce dernier ne drainera en outre résolument pas assez d’usagers que pour rentabiliser l’investissement. Pour preuve, de par le monde, les villes ayant opté pour ce moyen de transport comptent généralement plus d’un million d’habitants, soit à peine moins que notre population totale. Sauf que le futur métro mauricien, lui, ne s’adressera qu’aux usagers se trouvant dans les régions avoisinant son tracé. Pour faire simple, en l’état, le projet n’est donc tout simplement pas viable.
S’il nous faut toutefois reconnaître que le problème de congestion routière reste posé, l’option choisie par ce gouvernement n’aura cependant pas été des plus éclairée. Car d’autres alternatives existent, à l’instar de ce fameux « bus lane » dont l’on parle depuis maintenant plus de 15 ans ou d’autres voies érigées sur des tracés stratégiques. Rappelons à ce titre la fameuse route Terre-Rouge/Verdun qui, même si elle aura elle aussi suscité pas mal de controverses depuis la mise à jour de ses vices de construction, aura surtout permis un certain désengorgement routier. Preuve que les solutions existent, pour autant que l’on les cherche et se donne les moyens de les mettre en place.
L’investissement colossal consenti dans ce seul chantier paraît d’autant plus saugrenu qu’il nous semble, à notre humble avis, que le problème de la congestion routière est (très) loin d’être la principale priorité du pays. Pêle-mêle, l’on pourrait ainsi citer l’état des routes, la vétusté du réseau d’eau, les faiblesses de notre réseau électrique, le manque d’initiatives dans le développement des énergies vertes, l’instauration d’un système plus équitable de sécurité sociale, etc., pour n’évoquer que ces quelques items. Autant dire que le métro, face à tout cela, paraît d’autant plus futile.
Quoi qu’il en soit, les dés semblent jetés. Jamais le gouvernement ne fera machine arrière – par orgueil et capitalisation politique –, ni le suivant d’ailleurs, puisque les travaux auront déjà été entamés. Au risque de rembourser encore pendant longtemps après avoir pu monter dans l’un de ces précieux wagons « express ». Avec le métro, ce n’est pas demain la veille que Maurice prendra le train du développement intelligent.


Commentaires

Mr Jourdan, Excellent piece of journalism, well done . I am happy that you have said publicly what i have said in my restricted circle. Thank you
Edwin michel