Minimum salarial : avancée historique

L’accord qui s’annonce entre le gouvernement et les syndicats sur le minimum salarial constitue une avancée historique dans la lutte des travailleurs contre l’inégalité au niveau des salaires dans ce pays et en faveur d’un salaire décent. Il est bon que le principe soit désormais acquis et que la nouvelle mesure entre en vigueur à partir de janvier de l’année prochaine.
Le salaire minimum est réclamé depuis des années à Maurice. Toutefois, l’avis des différents gouvernements a toujours été réservé, malgré le fait que le minimum salarial soit appliqué dans de nombreux pays. À Maurice, son introduction était devenue inévitable à un moment où on ambitionne de devenir un pays à revenu élevé, soit une moyenne de USD 12 000 à 13 000 par tête d’habitant. Il était inimaginable, voire inhumain, que les employés au bas de l’échelle perçoivent des salaires insignifiants. La situation des cleaners, qui avait dominé l’actualité ces dernières semaines, a ainsi permis une prise de conscience sur l’inégalité salariale dans ce pays, où la moyenne de revenu par tête d’habitant est de l’ordre de USD 10 000.
Le dernier rapport analytique du “household income” nous donne une idée de la situation salariale dans le pays. Ainsi, en 2012, le revenu moyen disponible des ménages s’élevait à Rs 29 421 par mois, soit 22,5% de plus qu’en 2006/07 après correction des hausses de prix. Or, les 20% des ménages situés à l’extrémité supérieure de la fourchette de revenu se partageaient 50% du revenu total, tandis que les 20% de l’extrémité inférieure de la fourchette n’avaient que 5%. Au nom de la compétitivité et de la productivité, des milliers de travailleurs étaient nettement sous-payés, notamment dans l’industrie de l’exportation et de l’industrie manufacturière.
Pas étonnant que le coefficient de Gini du revenu soit passé de 0,388 en 2006/07 à 0,414 en 2012, démontrant ainsi une aggravation de l’inégalité des revenus. Le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, reconnaissait d'ailleurs lui-même, dans son dernier budget, que « in the last decade, we have seen a widening ot the income gap between the rich and the poor as measured by the Gini coefficient ». Et d'ajouter alors : « Too many of our workers who at the lower rung of the income ladder are finding it difficult and indeed impossible to make ends meet and to provide for the needs ot their family and children. » Ce qui l’avait amené à introduire certaines mesures, dont la Negative Income Tax.
Sur un autre plan, cette semaine a été marquée par la démission de Raouf Gulbul de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission. Pour beaucoup, il s’agissait d’une chronique d’une démission annoncée depuis que son nom avait été cité devant la commission d’enquête sur la drogue présidée par l’ex-juge Paul Lam Chan Leen. Son interrogatoire, loin de réduire la pression, n’avait fait que l’accentuer. Finalement, devant les remarques faites par ses propres collègues du barreau, son départ était devenu inévitable. La question aujourd’hui est toutefois de savoir pourquoi le Premier ministre n’est pas intervenu beaucoup plus tôt pour le démettre de ses fonctions. Cette question devrait être un des éléments majeurs sur le plan politique durant les prochaines semaines.
Sur le plan régional, notons la démission, forcée ou volontaire, de Robert Mugabe, après quelque 37 ans passés au pouvoir. Ce dernier a en effet cédé sa place à Mnangagwa, qui a été investi président hier. À Maurice, on se réjouit que cette transition se soit opérée dans la légalité, d’autant plus que le Zimbabwe est un partenaire important de Maurice dans le cadre des différentes organisations régionales, notamment au sein de la SADC, et faisant partie du groupe de pays de l’Afrique de l’est ayant signé un accord intérimaire avec l’Union européenne dans le cadre de l’accord de partenariat économique. Dans une interview accordée au Mauricien, le géopolitologue Pascal Boniface, tout en se félicitant du départ de Mugabe, souhaite que les militaires qui sont à l’origine de son départ agissent « comme des patriotes » et « ne se comportent pas comme des gens voulant simplement s’accaparer le pouvoir et les richesses » de ce pays. C’est également notre souhait.
Nous ne pouvons terminer cette rubrique sans avoir une pensée spéciale pour notre collègue Daniel Marie, dont les funérailles sont prévues aujourd’hui. Nos condoléances vont à sa famille et à ses proches.