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Mise à nu…

Quel rapport entre le phénomène du « Touni Minuit » qui ébranla l’île Maurice toute entière en 1994, et l’actuelle «affaire Soornack » qui occupe la une de l’actualité depuis un mois ? En apparence rien, si ce n’est un ordre émis il y a deux semaines par le juge Domah, interdisant à la presse de publier des informations ayant trait à Mme Nandanee Soornack.
Loin d’être anecdotique, cette affaire fera certainement date dans l’histoire contemporaine de Maurice. Car elle vient mettre à nu, de façon inédite, d’une part, le fonctionnement d’un Etat qui accorderait prébendes et faveurs sans aucun souci de transparence ou d’équité et gèrerait les affaires publiques de façon très peu saine. D’autre part, pour ce que cette affaire dit des rapports entre presse, judiciaire et pouvoir exécutif.
Pour en prendre la pleine mesure, il faut resituer pleinement l’affaire.
Inconnue du grand public jusqu’à il y a un mois, Mme Soornack se fait remarquer en tant qu’agent du Patri travailliste au pouvoir dans un centre de vote lors des élections municipales de décembre dernier, menaçant et faisant arrêter un agent du parti adverse accusé de l’avoir prise en photo. Les menaces de cette dame s’étant assorties de références directes à la position et aux pouvoirs qu’elle détiendrait, la presse s’intéresse alors à en faire le portrait. Découvrant du coup une ascension fulgurante ces dernières années dans le monde des affaires, grande bénéficiaire de contrats publics, ce qui s’expliquerait, selon certaines informations, par une relation privilégiée avec une personnalité au pouvoir. Outrée de cette mise en lumière, l’intéressée sollicite et obtient, un samedi après-midi, un ordre de la cour interdisant aux groupes de presse Le Mauricien et la Sentinelle de publier des informations sur elle.
Pour justifier cette décision d’interdiction, le juge Domah évoque le phénomène « Touni minuit » qui serait devenu « Touni midi », voulant apparemment faire état d’une propension des Mauriciens à se baser sur des rumeurs qui enflent jusqu’à devenir vérité. Comment mettre sur un même pied cette affaire et celle qui vit le village de Lallmatie, plongé dans l’obscurité au lendemain du passage du cyclone Hollanda, devenir insomniaque et violent parce que certains crurent qu’un homme nu, peut-être créature surnaturelle, circulait la nuit, entrant dans les maisons et pratiquant des attouchements sans qu’on puisse l’identifier et l’arrêter ?
« Nos dirigeants devraient prendre la mesure du délitement qui amène nombre de Mauriciens à être aujourd’hui désabusés au point du cynisme et de la désaffection, préférant que leurs enfants s’en aillent et ne reviennent pas »
Les juges n’étant pas tenus d’expliquer leurs jugements, nous ne saurons pas la nature du parallèle qu’établit le juge Domah entre une affaire passée qui relève de l’émotionnel et de l’irrationnel et la présente affaire qui semble elle bel et bien étayée par un certain nombre de faits. Il est en tout cas étonnant de voir que le juge Domah a annoncé il y a deux jours sa décision de se retirer de cette affaire, en mettant en avant son refus de se voir davantage pris à partie par l’opinion publique et la presse. Dans un pays où il a jusqu’ici été généralement admis que la presse n’était pas autorisée à critiquer un jugement.
Mme Soornack s’est elle-même projetée dans la sphère de l’œil et de la vie publique le jour où elle a choisi de s’afficher en agent rouge flamme dans l’enceinte très publique d’un centre de vote un jour de scrutin. En ce faisant, elle a déclenché une attention qui a permis aux journaux de faire part des pratiques qui mettent profondément à mal notre société. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte que notre pays est aujourd’hui miné par la perception, plus, par la conviction que la méritocratie est un vain mot, que ce ne sont pas talent, compétences, travail, honnêteté et intégrité qui mènent quelque part mais bien des pratiques délétères relevant davantage de passe-droits, népotisme, corruption, favoritisme, magouilles et fraudes diverses, le tout étant d’être « bien connecté » aux puissants du jour. Après plusieurs autres cas révélés, l’affaire Soornack vient cristalliser cette perception. Et devrait conduire nos dirigeants à prendre la mesure du délitement qui amène nombre de Mauriciens à être aujourd’hui désabusés au point du cynisme et de la désaffection, préférant que leurs enfants s’en aillent et ne reviennent pas.
Au lieu de cela, c’est encore contre la presse que le Premier ministre annonce vouloir partir en guerre. Rien de nouveau : en 1984, Sir Anerood Jugnauth lui aussi tenta de museler la presse en introduisant le fameux Newspapers and Periodicals Act. En vain, fort heureusement, face à la mobilisation qui suivit.
La presse n’est pas une sainte. Constituée de sensibilités et d’intérêts divers, elle a aussi ses brebis galeuses et ses pratiques douteuses. Mais elle a également un rôle fondamental à jouer au sein d’une démocratie.
Au XIXème siècle, le penseur politique Alexis de Tocqueville, connu pour ses analyses de l’évolution des démocraties, mais aussi pour une certaine aversion pour la presse, disait pourtant ceci : « J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Mais je l’aime par la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait. L’empire des journaux doit donc s’accroitre à mesure que les hommes s’égalisent ».
« L’affaire Soornack, en mettant à nu les dysfonctionnements profonds de notre système, nous donne la possibilité de déterminer si nous serons à la hauteur de la construction permanente qu’est une démocratie… »
Faire croire que la presse est un pouvoir au-dessus des pouvoirs est un leurre. Il existe déjà, entre Code civil et Code pénal, tout un arsenal de lois assurant le respect de la vie privée mais aussi publique (lois sur la sédition etc) et délimitant le champ d’action de la presse. Il a d’ailleurs suffi d’une demande, un samedi après-midi, pour qu’un juge interdise, a priori, à la presse de publier des articles sur un sujet donné. C’est dire que son pouvoir est très loin d’être sans limites.
Il faut aussi s’entendre sur les termes : la liberté de la presse, ce n’est pas une licence donnée à certains pour accuser, diffamer, souiller. C’est aussi, plus fondamentalement, le droit d’une population à être informée. Il n’est pas de démocratie sans une presse libre, solide, responsable, formée. Avant de vouloir intervenir sur le fonctionnement des journaux, le gouvernement devrait sans doute s’interroger sur l’exercice de sa responsabilité face à cela, lui qui a choisi d’étouffer le Media Trust, refusant de reconnaître qu’il ne devrait  pas revenir qu’aux « patrons de presse » de financer et d’assurer ou pas la formation des journalistes.
Face au pouvoir exécutif, l’exercice sain d’une démocratie nécessite l’existence d’autres pouvoirs qui contrebalancent toute dérive ou tentation qu’entraîne forcément l’exercice d’un grand pouvoir. Et c’est là qu’entrent en jeu le judiciaire et la presse. Au pouvoir politique, il revient de gouverner en respectant le libre fonctionnement des deux autres. Au judiciaire, il revient de garantir que les citoyens ne puissent avoir le sentiment d’une justice qui s’exercerait avec une diligence et des effets qui ne seraient pas les mêmes pour tous. A la presse, il revient d’assurer, avec justesse, mesure, professionnalisme et éthique, que le citoyen soit dûment informé.
Le chantier est vaste. L’affaire Soornack, en mettant à nu les dysfonctionnements profonds de notre système, nous donne la possibilité de déterminer si nous serons à la hauteur de la construction permanente qu’est une démocratie…


Commentaires

« Les dysfonctionnements profonds de notre système», chère Shenaz, sont dus aux concepts qui sont à la base même de l’édifice qu’est le pays. Car, voyez-vous, bien que la République de Maurice soit définie comme un pays démocratique et souverain selon la Constitution, dans les faits elle ne pourra être ni démocratique ni souveraine, les deux concepts étant, en essence, contradictoires.

La démocratie, dans l’acceptation générale de sa définition, est un système de gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, où ce dernier est souverain, alors qu’à Maurice, c’est le pays qui est souverain. Le serment d’allégeance des ministres se fait au pays, non à une personne, comme c’était autrefois à la Reine. Il se fait donc sur les bouts des lèvres, peut-être émotionnellement sur le moment, voire solennellement, mais pas comme l’accolade ou le serrement de mains donné à une personne d’autorité en chair et en os qui reste gravé dans la mémoire. Avec le temps les paroles s’envolent. Le sens de patriotisme disparaît. « Moralité pa rempli ventre ! » C’est pourquoi tout se fait supposément dans l’intérêt du pays – un bon prétexte - non dans l’intérêt du peuple. Cette nuance est très importante car, dans l’esprit des dirigeants du pays, théoriquement, ils n’ont de compte à rendre qu’au pays et non pas au peuple. Et, comme le pays est une entité impersonnelle, c’est la bonne affaire ! Ils n’ont, en fait, de comptes à rendre à personne. Des données sensibles ne seront jamais divulguées. Dans l’intérêt supérieur du pays, bien sûr ! Ou pour sa sécurité. Ou pour empêcher toute sédition. Légitimité ? Connaît pas ! Dès lors, toute contestation doit être étouffée. En se servant du Parlement, de la police, de l’Icac, du judiciaire, de la MBC, des menaces, de grandes gueules, de gros bras. « Zot pou kone ! »Tous les moyens sont bons. Arrestations. Lois baillons. Interdictions de toutes sortes. Taxes de toutes sortes. Le peuple est pris en otage jusqu’aux prochaines élections.

Une fois qu’ils sont installés au pouvoir par des moyens légaux ou frauduleux, nos seigneurs font comme bon leur semble. Ils considèrent l’argent public comme leur propriété privée, le dépensant avec largesse. Ici, des milliards, pour construire des routes qui tuent encore et encore ; là, d’autres milliards, pour distribuer des contrats qui ne sont nullement dans l’intérêt réel de la population, question de récompenser les agents politiques ou des bailleurs de fonds locaux ou internationaux. Il ne faut pas compter sur les contre-pouvoirs: la presse est bâillonnée, les opinions pleines de sens ne comptant pas; les juges se font taper sur le doigt ou se récusent sans divulguer leurs intérêts alors qu’ils sont payés des deniers publics ; l’Opposition rêve de faire la même chose un jour que le pouvoir en place ; les rapports des auditeurs n’ont pas force de loi ; la population reste apathique par respect au noubannisme. Alors que les pires crimes sont commis sur le dos de la même population. Les dettes hypothèquent l’avenir des générations à venir pour une centaine d’années au moins : crime de haute trahison envers la population restant jusqu’ici impuni ! Faute de l’absence d’un Economic Crime Office.

Le jour où le peuple s’identifiera totalement au pays, il deviendra souverain au même titre que le pays. Les choses ne seront alors plus les mêmes. Et cela ne pourra, hélas, se faire qu’à travers une révolution, pacifique ou non ! C'est dire que ceux qui ont redigé la Constitution de la République y ont semé les graines de sa propre destruction!

There is NO DIFFERENCE BETWEEN POLITICIANS IN GOVT RANKS AND THOSE OF THE OPPOSITION. I have described them as “DU BOUDIN ET DU LARD ! Spot the difference!!

It will be the greatest tragedy for our country if, come the next Elections, we boot out the current Govt ONLY to replace them by the REMAKE 2000 (with whatever secret agreements between SAJ & Paul Raymond as was the case in MEDPOINT 2000).

As I have said before, these OLDIES ( including PJ) have gone past their SELL BY DATE. It is therefore very TOXIC for the country’s health to have these malignant Tumours in our midst any more.

We need the RIDDANCE OF THE CENTURY so as to SANITISE our August Assembly and ALL our INSTITUTIONS. SALVATION will depend on these parasites, de tout bords, to be flushed out from our system and for us to ensure they NEVER come near the corridors of POWER ever again.!

A BON ENTENDEURS, SALUT !!

Salut tlm
Pour moi , en toute franchise je pense pas cette affaire s’appelle TOUT NU MIDI , a mon idée je préféré dire L'affaire NANDINEE SNOEK parceque ca pue et ca pue tellement javais envie de vomir.

That's the conundrum Shenaz Patel; do you think its your duty to show the way to policy makers, decision makers and lawmakers in the 21st century? That said, let me add some salt and pepper to your tragical piece. All those involved in shaping this country's destiny are complicit to this unprecedented situation. Our politicians, our captain of industry, our judiciary, our society and our democracy are at crossroads. Can a ray of light shine out from this chaos? Que sera sera.....seems to be the answer.

Merci encore Shenaz.
Nous sommes en effet encore en pleine construction de notre démocratie. Aux citoyens de définir ce qui est acceptable ou non, pour que demain ils aient envie de voir revenir leurs enfants.

Remarque tres juste et certainement merci a l'auteur pour un article juste. Ceci dit, est-ce qu'on doit avoir des 'trial by the press' ou doit on faire confiance a des juges et le judiciaire? Jusqu'a maintenant aucune cour de justice ou juge a museler la presse sur tout activitee professionelle ou commerciales de 'Madame la' et cela a ete reiterer par le juge sur sa decision de temporairement objecter tout diffusion d'article sur les enfants et le domaine privee de 'Madame la' ... temporairement car il comptait bien situer jusqu'ou le sphere prive s'etendait selon nos lois. Le lecteur s'interesse toujours aux diverses contrats et entreprises de la dame en tant qu'activiste (privilegiee) et la presse doit continuer a faire son travail d'enquete et d'information - aucun jugement est contre cela.

Une démocratie, jeune ou ancienne, est en constante évolution : le Peuple doit toujours être attentif ! Attention que tous les signes mis en évidence actuellement par les médias ne soient pas annonciateurs d'une DECONSTRUCTION de la démocratie mauricienne ! Quand un chef de gouvernement lance une véritable déclaration de guerre à la presse et donc aux journalistes, le citoyen a de quoi être inquiets !