Moment historique pour les Chagos à New York

L’attention dans le pays cette semaine a été focalisée sur les débats sur le budget 2017-2018, présenté la semaine dernière par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Les mesures budgétaires proposées continuent à être décortiquées et analysées sous toutes les coutures à l’intérieur comme l’extérieur du Parlement dont les travaux se déroulent actuellement sur une base quotidienne afin que le budget puisse être adopté dans le courant de la semaine prochaine. Personne ne nie que le budget contient un certain nombre de bonnes mesures sociales et fiscales. La question est de savoir si elles seront suffisantes pour entraîner une croissance économique afin de permettre au pays d’atteindre d’ici 2023 le niveau de 13 600 dollars par tête d’habitant au lieu de 9 700 dollars actuellement et de franchir le nouveau pallier nous plaçant dans la catégorie des pays à revenus élevés. Si les syndicats restent sur leur faim et dans l’attente de l’annonce d’un salaire minimum, que les ex-souscripteurs de plans SCBG attendent une proposition digne de la part des autorités gouvernementales afin de mettre fin à leur calvaire, le secteur privé adopte une posture prudente. Tout en exprimant son appréciation des mesures budgétaires, il reste réservé quant à la capacité du gouvernement à mettre œuvre la totalité de celles-ci. « The authorities face a formidable challenge of realising in a efficient and effective way the full scale of budgetary measures », observe Gilbert Gnany dans le MCB-Post Budget outlook diffusé hier. Au niveau du gouvernement « time is of the essence ». La pression de la population impatiente de voir les promesses être traduites dans la réalité sera de plus en plus forte. À cela s’ajoute le fait que les formations de l’opposition réclament avec insistance l’organisation des élections générales et que Roshi Bhadain menace de démissionner du parlement en guise de protestation contre la mise en œuvre du projet de métro express, qui dans la forme annoncée risque d’avoir un effet néfaste dans sa circonscription, ouvrant la porte à l’éventualité d’une élection partielle.
Tout cela ne devrait pas toutefois nous faire oublier qu’une étape importante dans le processus de décolonisation de Maurice se jouera cette semaine aux Nations unies à New York. En effet, le ministre mentor et ancien Premier ministre sir Anerood Jugnauth dirige, depuis le début de la semaine, une délégation comprenant les représentants des Chagossiens à New York afin de préparer la voie en vue des débats, prévus le 22 juin prochain à l’Assemblée génénale des Nations unies, sur la résolution autorisant Maurice à demander un avis consultatif de la Cour internationale de justice concernant l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien depuis le 8 novembre 1965, avant son accession à l’indépendance. La motion avait été déposée l’année dernière. Le président en exercice des Nations unies avait donné à Maurice et à la Grande-Bretagne jusqu’à juin pour essayer d’arriver à un accord sur la question. Les discussions qui ont eu lieu aussi bien à Maurice qu’a Londres n’ont rien donné. Elles ont buté contre le « sovereignty umbrella » imposé par la Grande-Bretagne. La reconduction de l’accord entre le Royaume-Uni et les États-Unis relatif à l’archipel des Chagos et l’action unilatérale des autorités britanniques visant à continuer à priver les Mauriciens d’origine chagossienne de leur droit de retour à l’archipel des Chagos n’ont fait qu’envenimer les choses et ont forcé Maurice à réclamer que la motion soit débattue malgré les menaces et les pressions exercées par la Grande-Bretagne et les États-Unis sur le gouvernement. Forts des résolutions adoptées aux Nations unies dans le passé contre l’excision des Chagos du territoire mauricien et de la décision historique du Tribunal arbitral sous la convention des droits de la mer en faveur de Maurice, nous avons bon espoir que la résolution obtiendra la majorité requise. Puisque nous considérons que l’indépendance de Maurice ne sera pas complète aussi longtemps que le pays ne sera pas en mesure d’exercer son droit de souveraineté sur les Chagos, ce qui se passe à New York est d’une importance cruciale pour toute la population mauricienne. La souveraineté de Maurice sur tout son territoire, que ce soit sur les Chagos, Tromelin, Rodrigues ou Agaléga n’est pas l’affaire d’un seul homme, fût-il SAJ ou un autre leader, ni l’affaire d’un parti que ce soit le MSM, le MMM ou le PTr etc., encore moins l’affaire d’une communauté particulière. Elle concerne la République de Maurice dans son ensemble, unie dans sa diversité d’opinions sur la ligne à suivre. C’est pourquoi nous accordons tout le soutien moral nécessaire à la délégation mauricienne comme réclamé par sir Anerood Jugnauth au Parlement lundi avant son départ pour New York.