Moment privilégié de partage et de solidarité

L’agglomération de Canal Dayot, située à l’entrée sud de Port-Louis et que beaucoup de Mauriciens ont découvert pour la première fois hier, entrera dans la mémoire collective locale comme le symbole du partage et de solidarité. Ceux qui se sont rendus dans la région hier pouvaient difficilement rester insensibles à ce défilé ininterrompu de Mauriciens de tous les âges et de toutes les communautés aux différents points de collectes tant à Canal Dayot qu’ailleurs. Tous les moyens avaient été mobilisés : camions, fourgons, voitures, motocyclettes… Le plus intéressant est que pour la majorité, l’essentiel n’était pas de se faire voir ; leur action était visiblement motivée par une démarche sincère de venir en aide à des personnes qui, du jour au lendemain, se sont retrouvées totalement démunies… Tous ce qu’elles possédaient – nourriture, vêtements, meubles… – ont été soit emportés par les eaux, soit totalement endommagés.
À la lumière de ce qui s’est passé hier, on comprend mieux l’affirmation de Luc Ferry qui était à Maurice le mois dernier dans le cadre du Salon du Livre, Confluences. « C’est l’amour qui donne tout son sens à nos existences. C’est lui qui nous contraint, ne fût-ce que pour nous enfants, à ne pas céder au pessimisme, à nous intéresser malgré tout à l’avenir, à ne pas négliger tout à fait une vie politique que nous jugeons par ailleurs dérisoire », écrit-il dans l’introduction de La Révolution de l’Amour. Pour une spiritualité laïque.
La journée d’hier a été une démonstration concrète de cette « révolution de l’amour » qui a toujours été pratiquée à Maurice et qui a permis, jusqu’ici, à la société mauricienne de faire face à beaucoup de contrecoups, surtout dans les moments difficiles.
Beaucoup ont aussi trouvé dans cette journée la célébration de la citoyenneté mauricienne. Personne n’a demandé de quelle communauté, de quelle religion ou de quelle caste étaient les sinistrés de Canal Dayot, de Pailles, de Tranquebar ou ailleurs. Ce qui a amené certains à dire que la citoyenneté a pris le pouvoir. Autre signe d’espérance : le nombre de jeunes qui se sont engagés hier. Ils étaient des dizaines à patauger dans la boue – munis de pelles, de pioches, de balais ou de brosses – pour procéder au nettoyage des maisons et de la région. Qu’importe si tout cela a été fait de manière un peu chaotique, sans aucune planification. Les Mauriciens ont démontré qu’ils avaient le coeur sur la main.
Quant au problème de planification et d’infrastructure mis en lumière par les inondations meurtrières de samedi, il revient maintenant aux autorités d’assumer leurs responsabilités. Alors que le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé son intention de recourir à des experts singapouriens, des spécialistes de la Commission de l’océan Indien, dont fait partie Maurice, attribuent les inondations aux facteurs suivants : une imperméabilisation importante des sols, un mauvais drainage des eaux pluviales, un territoire mal préparé et une population insuffisamment informée et formée. Ils observent que les drains sont souvent bouchés ou insuffisamment dimensionnés, quand ils ne sont pas tout simplement absents.
Par ailleurs, alors que les services météorologiques peinent à faire des prévisions à long terme, la BBC annonce sur son site web le temps qu’il fera dans les prochains jours à Maurice. Elle observe que des nuages similaires à ceux qui ont traversé Maurice samedi dernier pourraient refaire leur apparition ce samedi. Ces prévisions ne doivent pas être prises à la légère bien que nous souhaitons de tout coeur que leurs prévisions ne se concrétisent pas…


Commentaires

Est-ce que les responsables du gouvernement travaillent sur un plan d'évacuation d'urgence et de communications au public pour les prévisions de mauvais temps qui est à la porte d'ici ce jeudi, advenant qu'elles se matérialisent?? Ou ils sont entrain de prioriser leurs responsabilités sur le pointage du doigt?