Le mot de trop de Teeluckdharry

"Mudslinging exercise". C'est en ces termes très peu élogieux, irrespectueux, voire blessants, que le Deputy Speaker de l'auguste Assemblée nationale, et avocat de profession, Sanjeev Teeluckdharry, s'est permis de qualifier la Commission d'enquête sur la drogue, jeudi, lors de sa déposition. Voilà une belle occasion où cet homme de loi très proche du pouvoir, puisqu'il est membre du MSM, aurait mieux fait de se taire !
La prestation du Deputy Speaker devant la Commission Lam Shang Leen ne peut, et ne doit, en aucun cas, être passée sous silence. Laissons à cette instance et ses responsables, dont les enquêteurs, le soin de réaliser l'enquête qui déterminera si Me Teeluckdharry a commis ou pas des entraves à la justice, en usant ou abusant, de son privilège d'homme de loi, et les répercussions que cela entraînera. Arrêtons-nous plutôt sur l'attitude qu'a affichée ce légiste devant cette instance et surtout sur cette formule très peu convenable d'un homme de loi, d'un Honourable Member of Parliament, bref, de tout homme qui se respecte, et dont il s'est fendu en pleine séance, à savoir : "this whole Commission of Enquiry has been a mudslinging exercise since its beginning" !
Comment un avocat, de surcroît de l'acabit de Sanjeev Teeluckdharry, a-t-il pu se permettre d'être aussi peu respectueux de cette institution ? Parce que balancer un tel commentaire, comme il l'a fait, devant tout le parterre d'avocats (ceux dont il s'est adjoint les services pour se présenter devant la Commission, comme s'il comparaissait devant une cour de justice), de la marée de "pupils", qui ont développé un soudain intérêt pour les travaux de la Commission, des représentants des médias et membres du public présents, a justement été perçu comme rien de moins qu'un manque total de respect envers l'institution ! Heureusement que tous les membres de la profession ne sont pas aussi irresponsables.
Peut-être qu'à un certain moment le Deputy Speaker a confondu l'emplacement où il se trouvait et pensait qu'il se trouvait dans l'hémicycle où ce type de manquements et dérapages verbaux n’est hélas ! que trop courant. N'était-ce l'interpellation de Sam Lauthan, en fin de séance, cette remarque désobligeante et grossière aurait pu être reléguée aux oubliettes. Et pas grand monde aurait fait cas de ce grossier comportement. Mais l'ancien ministre de la Sécurité sociale a bien eu raison d'exprimer son mécontentement face à ce commentaire trop facilement expédié par Me Teeluckdharry !
Ainsi que M. Lauthan l'a fait ressortir, la Commission d'enquête a été instituée par l'actuel régime, sous l'impulsion de la Présidente de la République. Et même s'il s'agit d'une promesse électorale, reconnaissons au régime de L'Alliance Lepep d'être allé jusqu'au bout de celle-ci ! De fait, en se targuant de son fameux commentaire de "mudslinging exercise", Sanjeev Teeluckdharry jette la boue sur ce même régime qui l'a mené au pouvoir ! Cela risque de rester collé à la robe pendant longtemps. L'homme ne manquerait pas de regretter ce triste "slip of the tongue"…
Loin de nous l'idée d'encenser Paul Lam Shang Leen ou qui que ce soit qui gravite dans le giron de la Commission d'enquête; l'ancien juge n'en a certainement pas besoin; son parcours au barreau parle pour lui. Et cet éminent légiste à qui a été confiée l'immense responsabilité de mener cette Commission à bien, comme il en fut pour Maurice Rault, précédemment, a prouvé tout son professionnalisme en taclant les innombrables tentatives de Teeluckdharry d'entraver le cours de la Commission.
L'arrivée de Me Teeluckdharry, d'entrée de jeu, encadré de son armada d'avocats, et non des moindres, puisque mené par Rama Valayden, était peut-être une tactique, parmi d'autres, pour essayer de  mettre à l'épreuve Paul Lam Shang Leen. Passons outre le gimmick des procédures entamées en Cour Suprême pour réclamer des documents de la Commission, ainsi que de reporter la séance. Tout cela prit une tournure frisant le ridicule quand Sanjeev Teeluckdharry tenta, coup sur coup, d'interrompre Paul Lam Shang Leen, menant l'ancien juge à lui décocher des pointes d'ironie, l'invitant à se calmer.
Ce que l'on pourrait reprocher, en revanche, au président de la Commission, c'est de ne pas avoir rattrapé l'avocat sur son commentaire regrettable. Mais peut-être l'a-t-il fait pour éviter l'escalade qui se tramait, à voir le body language, voire le langage tout court de Me Teeluckdharry. Et les excuses, à peine audibles, en fin de séance, du Deputy Speaker, sont loin de faire oublier son attitude si peu "gentleman". Souhaitons qu'il se rattrape lors de sa prochaine comparution devant la Commission…