Deux longues années déjà depuis le prolongement artificiel du mandat des conseillers municipaux élus en octobre 2005. L'impatience est à son comble dans les villes, et les administrés réclament une fois pour toutes l'organisation, dans les meilleurs délais, de nouvelles élections municipales. Pour eux, ces nouvelles municipales se justifient d'autant plus, aujourd'hui, avec la complète déliquescence des administrations en place dans les villes.
Au moment du premier renvoi de ces élections en décembre 2010, il était pourtant question d'élire de nouveaux maires pour une courte période intérimaire, le temps de l'adoption de la nouvelle loi devant régir les administrations régionales. Cette longue "transition" de 22 mois aura toutefois permis aux derniers maires nommés, qui sont toujours en fonction, de réussir l'exploit de réaliser un mandat mairal qui représentera bientôt le double d'un mandat normal sous la précédente loi.
Plus de cinq ans pour accoucher de la nouvelle loi, et déjà dix mois en tergiversations pour finaliser la réglementation qui va avec. Tout cela a bien l'air de s'apparenter à une farce de mauvais goût. Si encore tout ce temps précieux nous avait assurés de la rédaction et de l'adoption d'une pièce de législation sans faille. Mais voilà, alors que cela fait presque un an depuis la publication officielle de la nouvelle loi, c'est toujours l'atermoiement quant aux moyens de sanctionner le non respect de la disposition relative à la présentation d'au moins une candidate par arrondissement municipal.
Passons sur le fait que, contrairement à ce qui avait été à l'origine promis, la nouvelle Local Government Act ne fait pas provision pour la création de nouvelles municipalités. Mais au moment même où l'on parle de l'utilité d'inclure une dose de proportionnelle dans le système électoral pour les élections législatives, n'était-il pas tout aussi utile de contempler une telle chose pour les municipales ?
Comme ce fut, notamment, le cas lors des dernières élections municipales, il est en effet connu que le scrutin majoritaire simple a très largement favorisé, jusqu'à présent, la constitution de conseils municipaux monochromes. À ce titre, l'on aura jamais de cesse de dire combien les assemblées d'élus constitués de membres d'un seul parti ou d'une seule alliance est néfaste pour la bonne marche de la démocratie. Et il est encore à parier qu'aux prochaines municipales, la même tendance se répète dans chacune des villes du pays.
Le gouvernement du jour a beau jeu de rappeler qu'avant lui, ses adversaires – aujourd'hui dans l'opposition – avaient eux aussi renvoyé les municipales quand ils étaient au pouvoir. Si, à la faveur d'un amendement constitutionnel en 1982, il n'est depuis plus possible de renvoyer les élections législatives dues chaque cinq ans, tel n'est malheureusement pas le cas pour les municipales ; ces dernières pouvant encore être reportées autant de fois qu'on le veuille au moyen d'un banal vote à majorité simple. Cela aussi mérite d'être changé.
Palier initial où s'exerce la démocratie, les collectivités locales représentent à Maurice l'une des plus vieilles institutions publiques du pays, ayant été pour la première fois organisées dans l'île en 1790 dans le sillage de la révolution française. Partout à travers le monde, leur vocation est d'assurer une plus grande autonomisation des régions au sein d'un ensemble national. À Maurice, toutefois, les collectivités locales, et en premier lieu les municipalités, perdent peu à peu, au fil des années, ce rôle fondamental qui leur est destiné.
À bien y réfléchir, l'on se demande parfois à quoi servent aujourd'hui les municipalités et autres Conseils de districts chez nous, surtout quand on connaît leur indigence financière. Alors que, par exemple, les municipalités ne disposent plus, depuis des lustres, d'un budget de développement qui leur est propre, au moins 75% de leurs ressources financières se destinent en effet à leurs dépenses fixes – gages, salaires et autres pensions, essentiellement.
Il y a environ 25 ans, le gouvernement central mettait sur pied la National Development Unit (NDU) dans le but, disait-on, de permettre aux régions rurales de rattraper leur retard en matière de développement infrastructurel sur les régions urbaines. Depuis, ce département a vite fait d'empiéter sur le terrain des conseils locaux dûment élus des villes et des villages. C'est en effet la NDU qui détermine désormais les projets de développement qui méritent d'être mis en chantier. Et les Parliamentary Private Secretaries (PPS) sont, en quelque sorte, parvenus à doubler les maires ou présidents de Conseils de district dûment élus.
Une des priorités qui devra par ailleurs retenir l'attention des nouveaux conseils qui émergeront des urnes à la faveur de nouvelles municipales, est l'état d'insalubrité générale des villes. Le lord-maire sortant de Port-Louis, le Dr Mamade Khodabaccus, par exemple, a beau faire fonctionner, comme il l'entend, toute la mairie de la capitale à l'énergie solaire. Il peut tout aussi replanter autant d'arbustes qu'il voudra. Mais il nous convaincra seulement de sa réelle volonté de faire de Port-Louis une ville "environment friendly" quand il l'aura débarrassée de tout ce fatras censé servir d'échoppes à des vendeurs à la sauvette, installés à même le trottoir et la chaussée, et quand il aura réussi à caser ces nombreux marchands de rue dans des structures dignes et respectables.
La patience a ses limites. Deux renvois successifs des élections municipales, c'est déjà trop. Souhaitons simplement que le bon sens prévaut et que les administrés de nos villes soient conviés aux urnes le plus tôt possible. Il y va de notre réputation en tant que démocratie.
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Reminds me of the Augean stables during the times of SGD.(with the blessings of SSR)