Na pa tous nou lekours !

Après la mémorable journée du Maiden, le Champ de Mars a repris son train-train quotidien et, une fois n’est pas coutume, il n’y a rien de bien tranchant dans l’actualité hippique, sinon de dire que le sprint local a trouvé un nouveau leader avec le cheval de l’écurie Merven Beat The Retreat, vainqueur sans coup férir de la Princess Margaret Cup, et que le nouveau jockey chypriote de l’écurie Daby, Ioannis Poullis, a fait des débuts remarqués et que Black Tractor et Charleston Hero ont confirmé leurs bonnes dispositions actuelles, quoi qu’ils ont tous deux bénéficié d’un soft lead et d'une protection rapprochée à l’arrière.
Avec deux tiers de la saison écoulée, un rapide coup d’œil aux divers classements démontre qu’aucun titre n’est totalement joué à ce stade de la saison et que si les meilleurs du passé sont en bonne position au classement des entraînements, il semblerait que l’injection de sang neuf de ces dernières années a été bénéfique pour la compétition. Il faudra à la fin de la saison voir ce que cela donne pour la rentabilité des établissements et comment cela accroît ou non la dépendance au jeu pour équilibrer les comptes et donner les moyens aux propriétaires pour réinvestir.
Pour l’heure, hormis Maingard, moins en réussite cette saison avec 12 victoires, sans doute à cause du déséquilibre qu’a occasionné son manque de stabilité en termes de jockeys, on retrouve aux avant-postes ceux qui ont dominé la saison 2016. Pour l’heure, Gilbert Rousset devance confortablement Rameshwar Gujadhur et Ramapatee Gujadhur, qui demeurent néanmoins toujours en course pour le titre, à condition que la réussite soit plus en leur faveur en cette fin de saison, avec en point de mire la Coupe d’Or. L’établissement Narang poursuit sa montée vers les sommets avec une surprenante quatrième place qui supplante le retour sur le devant de la scène d’Alain Perdrau, suivi de près de Patrick Merven et Vincent Allet, qui ont retrouvé des couleurs ces derniers temps. À noter que les nouveaux venus Daby et Sewdyal font une performance honorable pour leurs premiers pas.
Chez les jockeys, l’incertitude pour la course à la cravache d’or est intéressante du fait que le leader actuel, Brandon Lerena, ne monte plus et que ses poursuivants les plus proches que sont Arnold, Khathi et Bardottier se tiennent de près, même si les deux derniers sont moins compétitifs pour des suspensions à répétition. De l’arrière, seul Chisty, en réussite, semble en mesure de revenir damner le pion à Arnold. Enfin, chez les chevaux, suite à sa démonstration dans le Maiden, Enaad tient la corde qu’il pourrait conserver à la faveur d’une confirmation dans la Coupe des Présidents et s’il tente le pari risqué de la Coupe d’Or. Hard Day’s Night, Tandragee et Beat The Retreat pourraient changer la donne que s’ils s’imposent dans la Coupe d’Or et au moins dans une autre épreuve principale.
Cette analyse rapide démontre que les compétitions aux titres suprêmes sont encore très ouvertes à ce stade de la saison, ce qui n’était pas nécessairement la règle lors des saisons précédentes. On pourrait soutenir que l’écrasante domination des années précédentes n’était pas bénéfique dans un sport qui doit maximiser sa compétitivité pour remplir les gradins, attirer les téléspectateurs et faire accroître les revenus des paris.
À cette enseigne, la croissance du volume du betting chez les compagnies pratiquant le Tote betting — dont seuls les chiffres sont disponibles au public — est indéniable chaque semaine depuis le début de la saison. Pour la seule journée du Maiden 2017, le chiffre d’affaires cumulé des deux compagnies de Tote était de Rs 52,4 millions contre Rs 44,5 millions la saison passée, soit une croissance de Rs 7,9 millions, ce qui représente une progression de presque 18% d’une année à l’autre. Cette tendance de la croissance des enjeux au niveau du Tote, quoique pas aussi spectaculaire que celle du Maiden, a été ressentie dès les premières journées de la présente saison et se poursuit. Tant mieux pour l’industrie hippique, l’État et le Mauritius Turf Club, qui verront sans aucun doute leurs revenus croître cette année.
Il est dommage que les chiffres du bookmaking et des remote betting de SMSpariaz ne soient pas rendus publics dans le cadre de la transparence nécessaire exigée à d’autres niveaux des courses hippiques. La Gambling Regulatory Authority gagnerait en crédibilité et jouerait à fond son rôle de régulateur s’il prenait à son compte ce devoir de rendre public le volume de tous les enjeux de chaque type de paris (bookmaking, Tote, remote betting) les mardis suivant une journée de courses. Entre organismes gouvernementaux, dont le rôle doit être l’exemplarité, GRA et MRA doivent pouvoir trouver le mécanisme pour rendre cela possible et obligatoire.
Une disponibilité de ces chiffres nous aurait permis de confirmer si cette tendance à la hausse du Tote est un épiphénomène traduisant un nouvel engouement pour les paris sur les courses des chevaux en général ou s’il s’agit de l’effet de vase communicant entre un secteur en recul au profit des compagnies du Tote. Cela dit, il ne fait aucun doute que les courses hippiques, qui ont surtout fait l’objet de l’ire politique, de pressions injustifiées d’une branche intéressée de la GRA et des scandales en série liés au blanchiment d’argent et du commerce de la drogue depuis le début de l’année, connaissent un regain de popularité parce que la compétition est plus ouverte et parce que les courses manipulées ont été nettement moins nombreuses vu que les petites écuries ont un appétit d’ogre et bousculent les mauvaises habitudes et les traditions.
Mais la vraie raison derrière tout cela, c’est sans doute une volonté du public et des turfistes mauriciens d’envoyer un message clair aux pouvoirs publics. Il convient de ne pas toucher aux fondamentaux du dernier patrimoine sportif, culturel et sociétal qui réunit la nation dans sa diversité. À l’orée des célébrations des 50 ans de l’indépendance de notre pays, il est temps de capitaliser sur tout ce qui nous réunit plutôt que sur tout ce qui nous différencie, choses sur lesquelles les politiciens de tous bords ont fait le capital et le lit de leurs règnes. Les Mauriciens, eux, l’ont bien compris et le message qu’ils envoient est on ne peut plus clair : « Na pas tous nou lekours ! »
Ce message est celui de la confiance raisonnée dans l’organisation actuelle des courses, mais ne constitue cependant pas un chèque en blanc pour le MTC, qui doit pour sa part poursuivre sa modernisation interne et retrouver une meilleure cohésion d’ensemble de ses dirigeants et une vision commune de tous ses stakeholders. Cela passe aussi par des relations de respect mutuel avec l’aile positive de la GRA, celle qui s’attelle, conforme à la volonté étatique, dans la légalité et le bon sens, de mettre en application certaines recommandations du rapport Parry, qui s’attelle à éliminer les brebis galeuses du monde hippique, même si la montagne à franchir paraît gigantesque, celle qui veut rendre tous les systèmes de contrôle le plus infaillible possible et raviver la confiance des décideurs politiques et celle des turfistes.
Pour ceux de tous bords et de tous horizons qui veulent abuser de leur position pour faire pression, comme par exemple absoudre un stakeholder pris en flagrant délit de fréquentation interdite ou d’activité illégale, qui veulent imposer des règles avantageuses pour les uns sur des considérations d’un autre âge, qui veulent abuser de leur proximité avec le pouvoir pour faire régner une politique de petits copains, il faut évidemment les rejeter et les dénoncer avec force. Nul ne doit plus être à l’abri des questionnements et des dénonciations. L’affaire Bet365 est un détonateur probant dans cette perspective.
À eux aussi il faut dire sans ambages : Na pas tous nou lekours !