Ne brûlons pas ce que nous avons adoré !

L’annulation de la sixième course de la huitième journée basée sur la plus idiote des directives de la Gambling Regulatory Authority (GRA) — qui fait la risée du monde—, c’est-à-dire qu’une course ne peut se disputer avec moins de six chevaux, montre à quel point nous sommes définitivement entrés dans l’ère de l’irrationnel dans le giron hippique mauricien. Que cet organisme rejette d’un revers de la main une demande de dérogation sur l’autel d’une situation que la GRA a elle-même créée en interdisant à Prince of Thieves de courir alors qu’il avait obtenu le feu vert du Mauritius Turf Club démontre, s’il le fallait encore, à quel point cet organisme est néfaste à la cause hippique et fonctionne au service de certains intérêts particuliers.
Qu’un nominé politique, qui s’est approprié des pouvoirs excessifs au sein de cet organisme, fasse adresser une lettre en urgence, plusieurs heures après la fermeture des bureaux, comme s’il s’agissait d’une question de mort ou de vie, pour intimer unilatéralement le retrait immédiat d’un partant de la course principale démontre le manque de confiance qui régit les relations entre l’institution MTC et l’organisme d’État. Tout cela, pour une affaire de forme sur la procédure d’un test antidopage qui s’est révélé sur le fond négatif. Quand on sait que le conseil d’administration de la GRA n’a pas daigné jusqu’ici recevoir le nouveau président et le conseil d’administration du Mauritius Turf Club, on ne peut dire que ses agissements sont pavés de bonnes intentions, surtout qu’elle tente de faire de l’organisateur des courses son obligé plutôt qu’un partenaire respecté malgré son historique et son savoir-faire.
Le Mauritius Turf Club et certains de ses animateurs ne sont pas sans reproche dans cette affaire et les interprétations diverses des règlements rendent les problématiques plus contestables dépendant de quel bord on se retrouve. En tout cas, en toute circonstance, le MTC doit se mettre à l’abri de toute possibilité d’interventionnisme étatique par son bras tentaculaire qu’est la GRA. Que ce soit dans les cas de Rebel’s Game ou de Prince of Thieves, nous pensons que c’est le devoir de précaution qui aurait dû être la règle. Pour se prémunir de toute critique inutile dans un monde où tout est suspicion, nous pensons que ces deux chevaux auraient dû être automatiquement suspendus pour une journée supplémentaire afin de s’assurer que le doute d’une positivité à un produit prohibé soit totalement dissipé. Il eut aussi été plus approprié que les entraîneurs, afin de ne pas alimenter la pression sur le MTC, choisissent aussi la précaution plutôt que les risques.
Pour en revenir à cette règle désuète d’annulation des courses à moins de cinq partants, qui caractérise ceux qui l’ont arbitrairement imposée et dont l’utilité et la finalité n’ont jamais été démontrées, elle est responsable cette semaine encore de l’annulation de la première manche du championnat des 3-ans après celle des 4-ans la semaine dernière. La mise en place de ces championnats initiée par Ian Paterson il y a quelques années visait à encourager les propriétaires à investir dans de jeunes chevaux plus sains mais aussi plus chers afin de revigorer la compétition sur le plan local.
Cela peut paraître une anecdote pour la GRA dont les membres, assurément, ne peuvent pas comprendre que les propriétaires sont le nerf de la guerre des courses hippiques. En contraignant à l’annulation de ces épreuves de qualité susceptibles de révéler les champions de demain, c’est un coup de poignard qui est asséné à ces propriétaires, mais encore plus à l’avenir de l’hippisme mauricien. Y a-t-il quelqu’un de sensé, capable de faire comprendre à la GRA, que sur cette directive, elle est complètement à côté de la plaque ?
Dans toute affaire sont pointés du doigt les whistleblowers qui sont de deux natures et qui ont alerté les autorités sur les éventuels manquements du MTC. « Souvent décrit comme un acteur essentiel de la transparence démocratique, le “lanceur d’alerte” ou “whistleblower” contribue sans nul doute à l’édification d’une société plus transparente et démocratique », peut-on lire dans la Revue des Droits de l’Homme. Si nous soutenons cette activité quand elle est dénuée de tout autre intérêt que celle de la dénonciation des pratiques illégales, immorales ou illégitimes, qui relèvent d’un organisme à des entités dont l’action peut changer la situation, comme l’opinion publique ou des institutions régulatrices, par contre, nous condamnons sans réserve les activistes de la transparence au service de leurs intérêts personnels ou d’autres intérêts inavouables.
Dans l’affaire Prince of Thieves, il y a eu une hystérie collective qui dépasse tout entendement et qui a pris naissance sur les réseaux sociaux, cela savamment distillé par des éléments proches d’un autre partant de cette épreuve sous le couvert d’un nom d’emprunt. Ces informations ont ensuite été relayées et étayées, malgré eux, par des whistleblowers, dont certains ont choisi la communication directe avec le MTC, mais aussi d’autres qui les ont fait rendre publiques et dont les objectifs sont on ne peut plus clairs : faire partir le Chief Stipe actuel à tout prix pour les uns et pourrir la vie des nouveaux administrateurs pour les autres. Tout cela pour soutenir un bienfaiteur qui trône dans le giron du pouvoir et dont les intérêts financiers sont contestés par le MTC.
Il ne faut pas négliger dans cette affaire les ressentiments sur la réussite exceptionnelle, parfois insolente, des chevaux de l’établissement Rousset qui est saluée par les uns mais aussi décriée par les autres. Ce n’est pas la première fois qu’un entraînement qui domine l’hippisme mauricien est pris en grippe et que des doutes sont savamment suppurer pour entacher sa réputation. Il ne fait aucun doute que si des événements semblables avaient touché une autre entité moins en vue, on n’aurait rien entendu de tout cela.
Nous ne sommes pas là pour défendre tous ceux pointés du doigt, que nous dénonçons, le cas échéant, lorsqu’ils sont mis faute. Ce que nous voulons mettre en exergue, c’est qu’à force de jouer les pyromanes, certains oiseaux de mauvais augure sont en train d’allumer un feu qui finira à terme par consumer l’hippisme mauricien et en faire un doux souvenir pour nos descendants. Il sera alors trop tard pour jouer les pompiers.
Les courses hippiques sont une véritable religion pour ce qu’elles procurent comme émotion et passion pure et vraie. Deux siècles après les premiers galops, la passion est toujours intacte, mais attention de ne pas faire siens les conseils de l’archevêque de Reims en 499 à Clovis lorsqu’il baptisait le roi des Francs : « Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. »