« Ni putes, ni soumises »

Il ne s’agit pas que d’une locution, pour ceux qui, férus de télé, se souviennent d’un documentaire réalisé par la télévision française et qui portait ce titre. « Ni Putes, Ni Soumises » a donné carrément naissance à un mouvement féminin en France en 2002, et qui est reconnu par l’Assemblée nationale de ce pays, et ailleurs dans le monde. Un mouvement qui prône le respect des femmes, de la condition féminine, et pour dire « stop » aux innombrables violences commises envers elles.
« Ni Putes, Ni Soumises » puise ses origines dans un mouvement collectif au début de cette décennie des années 2000 pour dire un « non » massif aux violences infligées aux femmes : violences physiques et verbales, allant de filles brûlées vives, mariées de force, menacées de mariage, lapidées comme des bêtes, séquestrées, violées par plusieurs hommes, contraintes à subir l’excision, entre autres types d’atrocités subies. Les vécus des membres, victimes pour de très nombreuses d’entre elles, de « Ni Putes, Ni Soumises », ont été rendus publics via des supports média, entre autres, et ont sérieusement aidé à créer une conscientisation sans précédent, tant en France que hors de ses frontières.
Les calvaires endurés par ces Françaises qui ont crié « Assez ! » courageusement, bravant moult obstacles et barrières, rappellent étrangement ce que subissent les Priyanka, Ansuya et autres Urvashi. Ces trois jeunes Mauriciennes (respectivement âgées de 21 ans, 26 ans et 20 ans) ont fait la une des journaux durant la semaine écoulée. Oui, durant une semaine seulement, trois jeunes femmes, mères de famille, dont deux sont enceintes (Priyanka et Urvashi), ont porté plainte contre leurs époux respectifs pour coups et blessures. La situation ne fait pas qu’inquiéter. Elle révolte. Elle indigne. Elle suscite l’effroi.
Si la femme n’est plus à l’abri chez elle, où le sera-t-elle ? Quand ce sont leurs propres maris qui les tabassent — à coup de tuyau d’arrosage, quand ce ne sont pas les poings nus — et si les proches (Priyanka a déclaré que sa belle-mère la frappait également) s’y mettent aussi, que doivent faire ces femmes ? Où courir chercher de l’aide ? De qui en demander ? Parce qu’il n’y a pas que l’unique recours vers la police et l’hôpital. Puisqu’après quelques jours, c’est rebelote, ont fait remarquer ces trois jeunes Mauriciennes. Elles auraient pu, chacune d’entre elles, y laisser leur vie, sinon leurs bébés.
SOS Femmes et le centre La Chrysalide démarrent ce mois-ci une campagne contre la violence conjugale. Comme ses prédécesseurs, Fazila Daureeawoo, ministre de l’Égalité des Genres, a déclaré, dans le cas d’Urvashi, qu’un comité allait être mis sur pied. Mais ce ne sera, hélas, jamais assez.
Ce qu’il faut, à notre humble avis, c’est une mobilisation nationale, une levée de boucliers massive, sans coloration politique ni autre, dans la veine de « Ni Putes, Ni Soumises ». Pour dire une fois pour toutes « assez ! » aux hommes qui ont le poignet trop souple, les réflexes trop rapides, la haine sur le bout des lèvres, la colère au détour du regard et qui cognent au quart de tour… Et en parallèle, il faudrait certainement, et on n’a jamais cessé de le réclamer, une campagne nationale durable, qui s’inscrive dans le temps, assortie d’un programme d’éducation. Pour inculquer aux adultes, comme aux plus jeunes, une pléiade de choses : d’abord et surtout, oui, leurs droits aux femmes, qui optent plus facilement pour le silence et l’isolement dans une société mauricienne trop portée sur le « qu’en dira-t-on ? » et le « mo kone so fami, sa tifi la… » Mais aussi une éducation sexuelle, pour apprendre, entre autres, que coucher avec sa femme n’est pas un acquis délivré par le certificat de mariage, et que la forcer à le faire équivaut au viol, qui est en soi un délit (et à quand une loi spécifique à ce sujet, justement ?).
A cela devrait être ajoutée une formation spirituelle adéquate et poussée, avec des paramètres psychologiques et physiques. Cela afin d’y puiser, par exemple, les comportements destinés à arrêter de frapper pour se faire comprendre. Parce que psychologie et activité physique ouvriront des portes vers la maîtrise de soi. Ce n’est là qu’un début, mais gageons que cela aiderait à réduire le nombre de femmes battues.
Il n’y a pas que les grands projets à la Metro Express ou Smart Cities qui feront de Maurice une île moderne. Pour qu’il y fasse bon vivre, il faut une qualité de vie qui se mesure sur l’attitude, le comportement, le respect et le savoir-vivre des uns et des autres.
Ansuya, Priyanka et Urvashi ne sont hélas pas les seules victimes de leurs bourreaux, qui qu’ils soient, maris, amants, proches ou autres. Nombre d’entre elles ont déjà péri. On ne pourra les ramener à la vie et les blessures de leurs familles demeurent à jamais béantes. Mais on peut éviter d’autres victimes. Si on s’y met tous et toutes.