No future !

Petit cours d'histoire musicale. Flash-back à la fin des seventies, au royaume de Sa Majesté, où il ne faisait pas trop bon vivre puisqu'à l'époque, crises politique, sociale et économique pourrissaient la vie des sujets d'Elizabeth II. Bon, pas au point où l'on humait que « something is rotten in the state of… », pour reprendre Hamlet. Mais, définitivement, les choses ne tournaient pas rond en Angleterre. Ce qui avait inspiré les Sex Pistols, du temps de Glen Matlock, avant la venue de Sid Vicious, donc, de pondre l'hymne que devint, en peu de temps, le refrain universel, No future (God save the queen).
Brandi tel un cri de guerre par toute une génération de British, en ces jours-là, ce « No future » eut, entre autres conséquences, une petite révolution au sein de la société anglaise. Fort de cette puissance, l'hymne a bien évidemment été repris par des héritiers universels, en maintes occasions et dans des contextes divers, hors frontières de l'Angleterre. Ce qui fait que la formule reste toujours aussi d'actualité. Et pour cause : la ribambelle de scandales que traîne le gouvernement Lepep. Le dernier en date, qui a vu la mise à pied de l'Attorney General, Ravi Yerrigadoo, nous amène à fredonner frénétiquement ce tube emblématique de la génération punk.
Et s'il n'y avait que cela ! À ce scandale tout frais, doit-on encore rappeler l'enchaînement de frasques qui ponctuent l'actuel régime ? Pêle-mêle et dans le désordre, il y a l'épisode des biscuits de Hanoomanjee ; les menaces de mort de Soodhun contre XLD, leader de l'opposition ; ou encore les élucubrations de Sinatambou et ses remarques désobligeantes envers les habitants de Barkly… Sans compter les divers manquements du régime, tel le salaire mirobolant des « chosen few », comme Vijaya Samputh, l'“amie” d'Anil Gayan, ou la saga Euroloan de Lutchmeenaraidoo ; le projet Metro Express bâclé, où place n'a pas été faite pour une approche humaine de la question, puisque même s'il s'agit de squatters, il y a une manière de dire et de faire. Ce qui aurait évité toute la psychose du vendredi 1er septembre. Et ce ne sont là que quelques-unes des innombrables taches qui obscurcissent le parcours de la dynastie Soleil et sa cour (des miracles ?) depuis décembre 2014 quand ils sont parvenus au pouvoir. Car s'il fallait tous les énumérer, on n'en finirait pas ! Tout cela pousse bien évidemment au ras-le-bol et dégoût généralisé de la majeure partie de la population. N'en déplaise au ministre mentor, SAJ, qui n'a trouvé mieux ce jeudi que de déclarer qu'il n'en avait que faire de l'opinion publique.
Ce « No future » est d'autant plus approprié puisqu'on réalise surtout qu'aucune alternative politique sérieuse ne se présente au peuple ! La formule des Sex Pistols traduit autant le peu d'espoir qui anime bon nombre d'entre nous, un tant soit peu objectifs et lucides, que plusieurs générations de Mauriciens (blasés ? ou simplement réalistes ?), peu crédules et inquiets face à un lendemain qui se dessine sous des contours de moins en moins réjouissants.
Car, faut-il encore le rappeler, face à la collection de bourdes et de scandales enchaînés du gouvernement Lepep, vers quelle opposition légitime et sérieuse pouvons-nous nous tourner ? Quelle alternative décente est proposée ? Celle des caciques du Ptr et les casseroles que traîne l'ancien PM Ramgoolam, ainsi que son “front bench” qui, hormis quelques rares exceptions, n'inspire plus grand-monde ? Celle d'un MMM limite dépassé et peu présent sur le terrain ? Celle d'un MP qui doit encore faire ses preuves ? Le Reform Party de Roshi Bhadain, ou le En Marche!, version Kaviraj Bokhoree, ouvrent des horizons, certes, mais demeurent, pour l'heure, anecdotiques.
Rezistans Ek Alternativ représente, effectivement, un nouveau souffle, mais manque toutefois, encore, de poids. Reste un PMSD qui monte en puissance, certes, mais qui seul aux prochaines législatives, ne pèse pas lourd dans la balance. Une alliance de certains de ces partis n'est, évidemment, pas à écarter dans une configuration d'élections nationales, hélas !, puisque tel est devenu le propre de la politique chez nous. Même si on préférerait définitivement s'en passer ! Alors, oui, « No future » semble être à l'heure actuelle la chanson idéale.
Mais pas en ce qui concerne la Commission d'enquête sur la drogue ! Après un mois d'absence, cette instance devrait amorcer son dernier tournant dans les prochains jours. Il convient de souligner que sous la férule de l'ex-juge Paul Lam Shang Leen, fort du soutien de l'assesseur Sam Lauthan, travailleur social aguerri, et ancien ministre de la Sécu, ainsi que de l'enquêteur principal, l'ASP Hector Tuyau, et son équipe, une panoplie de « malpractices » et autres magouilles a été mise au jour. Aidant ainsi les unités concernées de la MRA et de la police d'entamer un nettoyage efficace en matière de trafic de la mort.
S'agissant de nettoyage, ethnique, cette fois, concernant les Rohingya, que nous évoquions la semaine dernière, quelques politiques locaux ont signifié leur soutien à cette cause. Tant mieux si la cause de ces sans-voix a fait réagir le PMSD et Osman Mohamed. Hélas !, sur le plan international, malgré les appels constants des Nations unies, Aung San Suu Kyi joue toujours aux abonnés absents.