Nouveau sauveur ou opportuniste confirmé ?

Ainsi, un nouveau sauveur de la démocratie mauricienne serait né en cette semaine de Noël ! C’est en tout cas ce qu’affi rment les partisans du PMSD et même des observateurs qui semblent transportés par la démission de Xavier-Luc Duval du gouvernement. Désolé de ramener ce beau conte de Noël à ses justes proportions, mais il faut remettre l’action du PMSD dans son contexte. Et surtout ne pas oublier que jusqu’à lundi dernier, Xavier-Luc Duval et le PMSD faisaient partie du gouvernement Lepep et que leur démission ne saurait les exonérer de toutes les décisions prises depuis décembre 2014. J’entends dire que Xavier-Luc Duval a fait preuve d’un courage politique extraordinaire en quittant le pouvoir pour sauver la démocratie. Moi, je me méfi e des sauveurs autoproclamés de la démocratie, et je rappelle que c’est en voulant la sauver qu’au début des années 1970 du siècle dernier que les pères de Xavier-Luc Duval et de Navin Ramgoolam ont amendé la Constitution pour décréter l’état d’urgence, interdire les syndicats et emprisonner leurs adversaires politiques.
A ceux qui pensent que XLD est le nouveau sauveur, je pose la question suivante : le leader du PSMD a-t-il fait un acte de patriotisme ou tout simplement, comme il en a l’habitude, d’opportunisme politique ? Il ne faut pas oublier que la carrière politique de XLD est surtout caractérisée par sa capacité à changer de camps et d’alliances politiques pour rester au pouvoir. En 2014, à quelques semaines des élections générales, il quitte le PTr, avec qui il avait passé presque dix ans au gouvernement, pour rejoindre l’alliance Lepep. En 2014, comme lundi dernier, est-ce que Xavier Luc Duval a démissionné pour sauver le pays de la dictature ou par simple opportunisme politique, pour s’empresser de quitter le bateau quand il commence à prendre l’eau ?
Pendant les deux ans qu’il a passés au gouvernement Lepep, on n’a pas beaucoup entendu le leader du PMSD revendiquer son attachement aux valeurs de la démocratie, comme il le fait depuis lundi dernier. Et pourtant, il y a eu, au cours des deux années écoulées, de sérieuses attaques contre les droits démocratiques qui auraient dû avoir été dénoncées. Commençons par la tentative d’arrestation du DPP au petit matin par des policiers et à l’insu du commissaire de police. Il y a eu ensuite des arrestations de citoyens mauriciens provoquées par des déclarations de ministres chatouilleux ou en colère au MCIT. La police a même enchaîné, oui enchaîné ! à son lit d’hôpital un fonctionnaire soupçonné d’abus de pouvoir. Cette même police a arrêté et emprisonné un jeune informaticien en l’accusant d’être un terroriste sans l’ombre d’une preuve.
La plupart de ces accusations provisoires de la police provoquant des arrestations spectaculaires ont été rayées par les cours de justice faute d’éléments ou de preuves. On n’a jamais entendu celui qui allait devenir le sauveur de la démocratie protester même faiblement contre la manière de faire de la police. Il est vrai que quand le PMSD faisait partie du gouvernement, ses membres et leurs proches avaint bénéfi cié de traitements de faveur de cette même police. Plus particulièrement lors d’un accident de la route ayant provoqué mort d’homme au cours duquel le conducteur de la voiture changea deux fois de version, sans être inquiété.
Plus récemment, a-t-on entendu celui qui était alors vice-Premier ministre prendre position contre la manière dont le gouvernement — à travers ses nominés politiques — a forcé le PDG d’Air Mauritius à la démission pour l’empêcher de prendre des sanctions contre un proche du leader du MSM ? Pour justifi er sa démission, le leader du PMSD déclare que lui et son parti n’étaient pas d’accord avec la rétroactivité que comporte le Prosecution Amendment Bill. Mais cette clause figure dans le projet de texte que Xavier-Luc Duval a lui-même piloté et approuvé avec ses quatre ministres, vendredi dernier! Pourquoi est-ce que le PMSD, en désaccord, n’a pas démissionné à la sortie du Conseil des ministres, mais a attendu lundi pour le faire ? Tout simplement parce que, fidèle à son habitude, le leader du PMSD a attendu de voir comment le projet de loi allait être accueilli par l’opinion publique, et surtout la profession légale, avant de prendre une décision. Ce sont les fortes déclarations de quelques ténors du barreau dans la presse dominicale et l’annonce que le Bar Council allait s’opposer au projet de loi qui ont poussé le PMSD à lever son paquet lundi après-midi sur une question de “principe”, très tardivement évoquée. Ce n’est pas pour sauver la démocratie de la dictature que Xavier-Luc Duval a quitté le gouvernement, mais par opportunisme politique.