Pa mwa sa

Donc, ce n’est pas le Premier ministre qui a donné l’ordre à la MBC de ne pas couvrir les incidents de Résidences Barkly et de La Butte, vendredi de la semaine dernière. Le directeur de la cellule de communication du PMO l’a affirmé au cours d’une émission radio samedi. Il a dû faire rire les auditeurs, qui savent que depuis des années la liste des sujets qui doivent être diffusés dans le JT de la MBC est visée et parfois même rédigée au PMO. Sous tous les gouvernements. Qui va croire qu’un journaliste de la MBC va prendre sur lui pour décider de réaliser — ou pas — un reportage sur un sujet sensible pour le gouvernement sans avoir obtenu le feu vert de l’Hôtel du gouvernement ? Le feu vert est obtenu avec des instructions sur l’angle du reportage et les illustrations. Exemple : quand l’accusation de trafic de devises contre Navin Ramgoolam a été rayée en cour, des instructions ont été données depuis Port-Louis pour le reportage qui devait passer dans le JT. Les instructions précisaient que le reportage consacré à ce sujet devaient être illustré d’images montrant l’ouverture des coffres de Navin Ramgoolam aux Casernes centrales. Et l’on viendra prétendre que l’information n’est pas manipulée à la MBC et que les journalistes sont libres de choisir leurs sujets de reportage !
Mais même si Pravind Jugnauth ignorait que la MBC n’allait pas diffuser un sujet sur les démolitions, son directeur de communications, lui, aurait dû être au courant, non ? Même si le Premier ministre n’était pas au courant — ce qui indique qu’il n’est pas renseigné par ses services — il n’empêche qu’il détient le portefeuille de l’Information et à ce titre devrait assumer ce que font les départements tombant sous son contrôle. Sinon, il se contente de reprendre le couplet d’un tube de son père : pa mwa sa, li sa ! L’exemple venant d’en haut, c’est le même refrain qui a été entonné par le directeur général de la MBC suspendu et réintégré après quelques jours. Dans une déclaration, il s’est félicité d’avoir pu rencontrer le Premier ministre pour lui expliquer son cas : ce n’est pas lui qui a décidé de censurer les incidents de La Butte et de Barkly, mais le responsable de l’information de la MBC. Le directeur réintégré a reconnu que le Premier ministre avait eu raison de qualifier la non-couverture des incidents de faute professionnelle grave. Mais cette faute professionnelle grave commise par une entreprise dont il est le directeur général, il la rejette sur un de ses subordonnés. C’est donc un journaliste qui va payer les pots cassés de la censure par la MBC des incidents de vendredi de la semaine dernière. Le directeur général réintégré s’est aussi félicité que le Premier ministre l’ait réprimandé sans se poser la question de savoir comment dans la chaîne de radiotélévision qu’il est censé diriger on peut passer à côté d’incidents qui font la une des radios, de la presse écrite et des réseaux sociaux. Les raisons ayant conduit à cette faute professionnelle ne l’intéressent pas, son seul sujet de satisfaction est d’avoir été reçu par le PM. C’est ça la bonne gouvernance à la manière du gouvernement Lepep.
Après la tentative de destruction des maisons et le refus par la police de respecter un ordre de la Cour suprême, trois ministres ont participé à une réunion à Barkly en début de semaine. Le ton de l’un d’entre eux a exaspéré les participants à la réunion. Au lieu de faire baisser la tension, la présence ministérielle n’a fait que l’exacerber et les trois membres du gouvernement ont dû quitter les lieux à toute vitesse sous la protection de leurs gardes du corps et sous les huées de la foule. Quelques jours après, l’un des ministres a tenu une conférence de presse pour affirmer que ses collègues et lui n’avaient pas fui sous les huées. Il semble ne pas savoir que la scène a été enregistrée et diffusée sur les réseaux sociaux. Par contre, le ministre a relevé que les participants à la réunion — des personnes dont les maisons étaient menacées d’être rasées — n’ont pas de bonnes manières. Ils n’ont pas dit bonjour et au revoir aux ministres avant que ces derniers ne prennent la fuite !
Le commissaire de police est expert dans la reprise du « pa mwa sa, li sa. » Il l’avait en fait reconnu lors de la grossière tentative d’arrestation du DPP l’année dernière. Interrogé en Cour suprême, il devait reconnaître qu’il ne savait pas pourquoi les officiers sous ses ordres voulaient arrêter le DPP à son domicile au petit matin. Lors des incidents survenus à Barkly et à La Butte, au cours desquels certains de ses officiers ont ignoré un ordre de la cour, il n’a ni pris position ni fait de déclaration pour informer le public sur l’action policière. Par contre, ce qu’il a fait depuis le début de la semaine, c’est de procéder à des transferts massifs au sein de la police. Soi-disant pour punir les officiers qui sont intervenus à Barkly et à La Butte. Mais peut-on imaginer une seconde que des policiers prennent le risque d’ignorer un ordre de la Cour suprême sans avoir reçu des instructions de leurs supérieurs ? Si la réponse à cette question est oui, à quoi sert donc le commissaire de police ? À faire emprisonner les voleurs de litchis ?