Parlement : « The new normal »

La diffusion en direct des travaux parlementaires à la radio, à la télévision et sur les plateformes de communication médiatiques a, que nous le voulions ou non, propulsé le Parlement dans une nouvelle ère de la globalisation et à un autre niveau, communément appelé « the new normal ». Ce qui peut être interprété comme voulant dire que « rien n'est plus comme avant ». Les forces et les travers des Premier ministre, ministres et parlementaires, aussi bien de la majorité que de l'opposition – et qui n'étaient jusque-là connus que par un cercle limité de personnes, dont les fonctionnaires concernés, les invités, des membres de la presse et quelques habitués de la galerie publique –, sont désormais exposés au grand jour et aux yeux du grand public. Les commentaires et reportages des médias, qui auraient pu n'être qu'une abstraction dans la tête du public en général, peuvent maintenant être vérifiés en direct, ce qui n'est pas comparable aux extraits sélectifs choisis par la télévision gouvernementale. Les deux dernières séances parlementaires étaient très riches en leçons.  En premier lieu, la population, par le biais des réponses données aux PNQ et interpellations parlementaires, ont obtenu un grand nombre d'informations de première main, que ce soit sur le métro léger ou les activités d'Alvaro Sobrinho, voire sur des questions d'intérêt général et des sujets concernant les problèmes dans toutes les circonscriptions. Les observateurs de la politique, et en particulier les jeunes, ont ainsi été en mesure de constater de visu le fonctionnement du Parlement et les efforts déployés par les membres de l'opposition ou les “backbenchers” pour interpeller l'exécutif. Mais les choses sont loin d'être parfaites. Il y a encore du chemin à parcourir si l'on veut que le Parlement  s'inscrive dans cette formule de « new normal » avec des débats de plus haute facture se déroulant dans le cadre d'une vraie démocratie parlementaire. À ce propos, le sentiment est encore mitigé. La motion de “no confidence” contre la Speaker a permis de démontrer le danger que représenterait la présence d'une personnalité inexpérimentée ou partisane pour présider les travaux parlementaires. Le Speaker est en effet appelé à jouer un rôle de premier plan pour assurer le bon fonctionnement des travaux. Il doit être la personnification même de l'indépendance du pouvoir parlementaire par rapport aux deux autres pouvoirs séparés qui constituent l’État mauricien, à savoir l'exécutif et le judiciaire. Ce n'est pas un hasard si l'occupant de ce poste, même s'il est issu d'un parti parlementaire ou s'il est choisi par le Premier ministre, et donc par le parti majoritaire, doit abandonner sa famille politique, ses amis politiques, son parti et même faire table rase de ses préjugés et ressentiments contre ses adversaires politiques pour devenir l'axe central autour duquel s'articule la démocratie parlementaire. Cela vaut ainsi également pour le Deputy Speaker, appelé à remplacer le Speaker en son absence. Laissons l'actuelle Speaker et son assistant faire leur propre introspection et voir, en leur âme et conscience, s'ils ont été à la hauteur de la tâche qui leur a été confiée par les députés... Même si certains parlementaires pensent que la motion n'était pas justifiée, elle aura au moins permis d'envoyer un signal fort sur ce que les parlementaires de chaque côté de la chambre ressentent, de tirer la sonnette d'alarme contre le risque que le Speaker se plie devant l'autorité de l'exécutif au lieu d'imposer son indépendance, et de rappeler au Speaker qu'il est de son devoir de protéger les plus faibles, dont les membres de l'opposition. Il est également de sa responsabilité de s'assurer de la qualité des travaux et d'empêcher des abus verbaux et autres invectives contre les adversaires politiques. Certes, il est difficile de retrouver une personnalité de la valeur d'un Harilall Vaghjee, qui entré dans les annales parlementaires comme celui ayant incarné la force et l'indépendance parlementaires. Si les Speakers arrivaient à se hisser à sa hauteur, beaucoup d'abus pourraient être évités, tout en reconnaissant que les parlementaires sont loin d'être des anges. On n'aurait ainsi pas entendu un parlementaire parler d'un article paru dans un journal en le qualifiant de « rubbish » pour exprimer son désaccord. Il n'y aurait pas eu besoin non plus d'avoir des motions de “no confidence” contre la Speaker, offrant de fait moins de raison pour justifier des “walk-out” tumultueux. Le leader de l'opposition a souhaité que le Parlement retrouve sa sérénité et a demandé de « tourner la page » après s'être exprimé par rapport à la Speaker. Nous le souhaitons également.