Parole donnée, parole sacrée

Les débats sur la motion du député Armance – contestant l’exemption du projet de métro express de l’obligation de produire un Environment Impact Assessment (EIA) Report – se sont avérés très utiles. Ils auront forcé le ministre Nando Bodha à prendre un engagement devant l’histoire en annonçant que le gouvernement a exigé que les contracteurs soumettent un rapport EIA complet. « Despite the project being delisted, Government has decided that Metro Express Ltd. should submit a detailed EIA report by reason of the nature, scale and scope of this project. We will have an EIA report done for Government to be able to benchmark what are the measures that are going to be proposed by the contractor », a expliqué le ministre.
Il est important que, dans le cadre d’un projet de cette envergure, les autorités tiennent un langage de vérité sur toute la ligne. Nul n’est contre la modernisation. Toutefois, il ne suffit pas de se gargariser des avantages probables du projet de métro express ; il importe également de parler des inconvénients qui bouleverseront profondément la vie d’un grand nombre de personnes. Nous sommes loin des années 60’où la construction d’autoroutes, comme la route Burton (Port-Louis–Curepipe), traversait des espaces couverts essentiellement par des champs de cannes. Les principaux problèmes s’étaient à cette époque posés dans les agglomérations aux alentours des régions urbaines, dont Port-Louis. On se souvient encore de la résistance de la famille d’Eliézer François, qui avait refusé de quitter sa résidence située sur le tracé de l’autoroute dans la région de Bell-Village.
Aujourd’hui, la situation est encore plus compliquée dans la mesure où le tracé du métro traversera des zones urbaines développées. D’autant que des routes et des habitations ont été construites sur le tracé de l’ancienne voie ferrée. Toutes les personnes concernées ont le droit de connaître exactement la totalité des inconvénients qu’elles auront à subir durant l’installation du chemin de fer et le passage du métro. On connaît le traumatisme, les problèmes et les misères auxquels ont eu à faire face les habitants de différentes régions en raison des travaux de construction du tout-à-l’égout ces derniers temps. D’où l’importance que les familles concernées soient non seulement parties prenantes, mais informées en vérité de ce qui les attend et des mesures qui seront prises pour atténuer leurs difficultés.
Selon les informations communiquées au parlement par le ministre des Infrastructures publiques, l’étude EIA que devront soumettre les contracteurs « will address the potential environmental impacts and propose mitigating measures » et « all national environmental standards, policies, guidelines, provisions of the law relating to the environment will have to be complied with ». Et en ce qu’il s’agit des vibrations, les normes européennes seront imposées. Le ministre a également promis qu’après la soumission des offres par les deux compagnies indiennes concernées, le 19 mai prochain, et après l’octroi du contrat de construction à une des deux compagnies dans les quatre ou cinq semaines qui suivront, tous les détails du projet, et surtout les dépenses qui seront encourues, seront rendues publiques.
D’après des spécialistes avisés, les premières estimations du projet dépassent largement les Rs 17 ou Rs 18 milliards calculées, en tenant en ligne de compte, entre autres, que les installations concernant les utilités publiques se trouvant sous le tracé du métro devront être déplacées. On s’attend à ce que les coûts et le financement des « urban terminals » soient également rendus public, de même que le rapport EIA qui a été annoncé. Le ministre doit être conscient que son avenir politique et celui du gouvernement dépendent de sa parole et que la population espère que cet engagement ne soit pas une vague promesse politique faite dans la perspective du meeting du 1er mai.
Pour l’heure, les Mauriciens suivront avec intérêt et appréhension le premier tour de la présidentielle en France ce dimanche. Il ne faut pas perdre de vue qu’un des enjeux de cette élection est l’avenir de l’Hexagone au sein de l’Europe, remise en question par deux des candidats, à savoir Marine Le Pen et Jean-Luc Melenchon. Le Brexit et l’élection du président Trump aux États-Unis avaient suscité un élan de mobilisation et d’unité au sein des 27 pays membres l’Union européenne. Cette unité est maintenant suspendue aux résultats des élections en France.