Nous voilà enfin à ce Maiden 2012, celui de l’année du bicentenaire, tant attendu en ce premier dimanche de septembre et le moins que l’on puisse dire, c’est que la pression est montée d’un cran chez les principaux prétendants aux lauriers de cette course. La violente prise de bec entre l’entraîneur Ramapatee Gujadhur et Randhir Pertaub, l’assistant de Ricky Maingard au sujet du rôle de Dinesh Sooful, jockey choisi pour monter le troisième partant de l’écurie Gujadhur, Solar Symbol, dans le dénouement de cette intrigue qui déchaîne toutes les passions, est l’illustration parfaite que la marmite hippique est en pleine ébullition.
Et il y a de bonnes raisons pour cela. Une somme de Rs 1,2 millions promise au vainqueur de la plus prestigieuse épreuve du calendrier hippique mauricien — de quoi prendre une option décisive dans la course au titre d’écurie championne —, un triplé historique pour l’un ou demeurer invaincu pour l’autre, et tout simplement inscrire son patronyme sur les tablettes de cette épreuve phare.
Pour Le Maiden 2012, qui retrouve la distance classique de 2400 mètres, si le nombre fait défaut, en revanche, la qualité est bien là. Sept partants, tous, sur papier, susceptibles de rafler la palme, dont deux récents vainqueurs, un invaincu chez nous, un vainqueur des deux premières classiques de la saison, un candidat malheureux l’année dernière et deux autres aux ambitions déclarées.
Mais il y a quand même deux favoris qui se détachent du lot, Il Saggiatore et Ice Axe, et sauf glorieuse incertitude du turf, ils devraient s’adjuger les deux premières places. Cependant, le Maiden a suffisamment accouché d’outsiders dans le long cheminement de ses 160 éditions, qui ont façonné son histoire et sa légende, pour ignorer les autres partants, qui, s’ils ont un peu moins de classe que le duo d’enfer, ont, pour eux, d’autres atouts comme la forme, l’aptitude à la distance et la capacité à tirer profit du déroulement de la course et de la tactique des uns et des autres.
Sur papier et sur la piste, Il Saggiatore offre les meilleures garanties pour l’emporter. A poids égal, il semble avoir de la marge pour prendre sa revanche sur Ice Axe qui a, cependant, l’avantage psychologique de l’avoir devancé à deux reprises lors de leurs deux dernières confrontations. Mais leur unique duel en Afrique du Sud sur la distance, qui s’était soldé par une victoire sur tapis rouge du champion de l’écurie Gujadhur, en devançant à la régulière Ice Axe de plus de trois longueurs, donne de solides et légitimes espoirs à ses partisans de la voir remporter un troisième Maiden en 4 ans après Solar Symbol (2009) et Senor Versace, la saison passée, et ce après une longue disette de 17 ans lorsque Rough Rope faisait briller la casaque bleu électrique, écharpe rouge en 1992, il y a donc 20 ans.
Pour Il Saggiatore, la mission est double : compléter le triplé classique du début de saison, objectif rarement atteint a contrario du triplé classique de fin de saison, et se mettre en posture et au diapason de son illustre aînée, la jument Winking, ayant appartenu à l’aïeul des Gujadhur, Rajcoomar, qui a, lui, réalisé le Grand Chelem classique : Duchesse/Barbé/Maiden/Coupe d’Or en 1934, exploit jamais réalisé en 78 ans. Si une telle éventualité se profilait, imaginez l’ampleur que prendrait la prochaine Coupe d’Or !
Une victoire d’Il Saggiatore donnerait aussi à l’écurie Gujadhur une option sérieuse pour la palme d’écurie championne, mais en cas de défaillance du n°1 de l’écurie, celle-ci pourra toujours compter sur Senor Versace, le tenant du titre, capable de mettre tout le monde d’accord et réaliser le doublé consécutif dans cette épreuve dont Lines of Power (1988/89) en est le dernier récipiendaire. Autant dire que le doublé, tout court, relève de l’exploit puisque le seul autre cheval l’ayant réalisé lors des derniers 50 ans n’est autre qu’Have Mercy. Quant à Solar Symbol, sa mission sera sans doute de donner un rythme régulier à l’épreuve afin de mieux servir ses partenaires mieux armés, mais on a déjà vu dans le passé des « frontrunners » réaliser le « pillar to post ». Néanmoins, sa chance nous paraît très minime.
Dans cette épreuve, l’adversaire principal de l’armada de l’écurie Gujadhur est celle du duo de l’écurie Ricky Maingard, qui d’année en année, monte dans la hiérarchie hippique mauricienne. Avec des coursiers de grande valeur et un jockey très adroit, il se présente désormais comme un challenger valable aux ténors. Le Maiden qu’il convoite sérieusement depuis l’année dernière est un objectif avoué et ses deux partants sont capables de s’imposer. Ice Axe offre plus de garantie puisqu’il est toujours invaincu en trois sorties et il a battu le grandissime favori Il Saggiatore à deux reprises.
Jamais deux sans trois, dit l’adage que Ricky Maingard voudrait bien voir se réaliser le jour du « Big One » d’autant qu’Ice Axe n’a, semble-t-il, pas encore montré toute l’étendue de ses capacités. Si, d’aventure, il se montrait dans un jour «sans», il peut être assuré que son compagnon d’écurie, Rudi Rocks a les moyens et les aptitudes d’ « hi-jack » ce Maiden 2012, qui lui a échappé en 2011 pour les mauvaises raisons. Une année qui peut voir son jockey de l’événement, Rye Joorawon devenir le titulaire du plus grand nombre de victoires de tous les temps dans notre pays – record toujours détenu par Glen Hatt qui n’a plus que 6 victoires d’avance sur notre brillant compatriote. Et pourquoi pas aussi, l’année de son premier Maiden victorieux? Il y a des signes dans la vie qui ne trompent pas.
Enfin, pour compléter les prétendants, il reste Intercontinental, brillant coursier, normalement barré ici par les quatre premiers du Supertote Golden Trophy, mais le cheval est dans une forme éblouissante. A la faveur d’une course tactique bien imaginée, il est fort capable de surprendre ses adversaires, d’autant qu’il émane d’une écurie où les «metteurs-au-point» Gilbert Rousset/Soodesh Seesurrun s’engagent rarement pour faire de la figuration. Il ne faut surtout pas éliminer le partant de l’écurie Merven, Super Storm, en qui l’état-major nourrit de gros espoirs pour rééditer l’exploit de Home Style en 1993. Les deux chevaux ont subi le même parcours anachronique dans leur préparation pour le Maiden, imposé par les aléas d’une vie de cheval. Avec la forme affichée par cette écurie depuis le début de la saison, une victoire de Super Storm serait vraiment la cerise sur le gâteau.
Il ne reste plus qu’à attendre dimanche 15h20 et 2m28 de bonheur pour connaître le lauréat de l’excellente cuvée 2012. Il y a un parfum de record dans l’air. Une chose est sûre, c’est bien le meilleur qui s’imposera cette année. Et, le public en famille se doit de venir en grand nombre pour assister à l’un des plus fabuleux Maiden de ces derniers temps, pour faire perdurer, comme le dit si bien le sponsor du jour, Phoenix Beverages, la passion préférée des Mauriciens.
Maiden oblige, nous observons cette semaine une trêve sur le front de la politique hippique, mais devons quand même condamner l’erreur des officiels concernant la remise des poids du jockey Bardottier. Une erreur qu’il ne faut ni exagérer, ni minimiser, mais inadmissible pour des professionnels censés veiller à l’intérêt public. C’est bien d’avoir institué un comité pour statuer sur la question, mais il nous semble d’emblée que cette erreur technique, même si elle n’incombe pas à l’entraîneur Serge Henry, devrait entraîner la disqualification pure et simple de son cheval, Sky Link, quitte aux vrais coupables de trouver la formule de compensation adéquate à l’entraîneur. Enfin, juste un mot pour l’impertinent Yahia Nazroo qui, outre son peu glorieux impair vis à pair de Ian Paterson, s’est mis en évidence, caméra au poing, en plein déroulement des épreuves dans la loge d’un bien indulgent et inconscient commissaire administratif, samedi dernier. Dérapage pour lequel il s’est excusé et sera privé cette semaine de strapontin. Quand on est commissaire de courses, on doit faire preuve de respect de l’étiquette, de discrétion et de modestie. Sans oublier les compétences...A chacun son métier et les vaches...pardon, les chevaux seront bien gardés !