Paul L'Embrouille

S'il s'agissait d'un film noir dans la plus pure tradition du genre, l'ancien juge Paul Lam Shang Leen, président de la présente Commission d'enquête sur la drogue, qui alimente la chronique ces temps-ci, se verrait affubler de ce sobriquet très éloquent de Paul… L'Embrouille. Certainement pas en vue de désigner un personnage louche ou ayant quelque connotation négative. Mais davantage dans la veine des Cold Hand Luke (Luke la main froide) ou Dirty Harry (L'Inspecteur Harry), pour dénoter le caractère rebelle et justicier d'un personnage qui évolue dans un contexte gangrené par la corruption, les fraudes et les magouilles en tous genres… Voilà qui nous rappelle étrangement l'univers actuellement mis à jour par le biais des convocations et des auditions de la Commission d'enquête sur la drogue !
Si Paul Newman et Clint Eastwood (les deux grands du septième art US qui ont conféré à Luke et à Harry leurs pseudonymes mythiques) incarnent, dans ces films respectifs, des anti-héros en marge de la société, en revanche notre Paul national, lui, a toujours gravité dans le giron de la justice. Et, plus que jamais, en qualité de président de la Commission d'enquête, son mandat est de renifler l'embrouille et découvrir le pot-aux-roses.
Donc aucune connotation péjorative pour l'ancien juge (ni l'idée de l'encenser, non plus). Mais il convient d'y voir plutôt cette facette de ce maître du barreau, rompu aux nuances légales et techniques auxquelles le judiciaire fait appel pour faire éclater la vérité, et sa capacité à tirer les vers du nez de ceux qui sont convoqués. Paul Lam Shang Leen a savamment cuisiné plus d'un avocat, ces derniers jours; des plus tenaces, qu'ils soient proches du pouvoir, comme Sanjeev Teeluckdharry, Deputy Speaker de l'Assemblée Nationale, ou Roubina Jadoo-Jaunbocus, PPS, aux moins féroces. Tel Hannibal Lecter se délectant d'un plat soigneusement mijoté selon ses recettes personnelles, Lam Shang Leen les a fait craquer. Les jeunes loups du barreau "in the radar" du vieux routier en ont eu pour leur compte ! Don't mess with Paul ! Faut surtout pas lui chercher des noises, à Lam Shang Leen, sinon gare…
Si l'on savait que les brebis galeuses ont tout infesté, ou presque; police comme prisons, entre autres organismes évoluant dans le giron de la justice, les révélations fracassantes entachant le judiciaire, surtout, ont sérieusement secoué la population. Cependant, cet état de choses ne devrait pas étonner, car il résulte, justement, de l'impunité dans laquelle la mafia, bel et bien présente dans notre île-paradis, a opéré des années durant ! Et qui sait si on ne finira pas par apprendre, entre autres, qu'un certain nombre de nos jeunes avocats ont eu leurs études carrément financées par des barons… Histoire de serrer les vis et les "boulons" pour que le réseau soit verrouillé à tous les niveaux ! Ce schéma est typique dans les pays où les cartels ont infiltré, puis remplacé le pouvoir en place.
La Commission d'enquête, en ce sens, aidera à identifier des failles et suggérer la mise en place de chiens de garde qui auront pour tâche d'éviter que Maurice subisse un sort identique. Et pourvu que le rapport Lam Shang Leen ne finisse pas au fond d'un tiroir, puisqu'un certain nombre de proches du gouvernement se retrouvent dans le collimateur de cette instance ! Il convient de rappeler, à ce stade, que des années durant, les travailleurs sociaux engagés sur ce terrain, ont tiré la sonnette d'alarme pour signaler les abus entraînés par la montée de la mafia dans le pays. Heureusement, la Commission d'enquête a levé les doutes dans les esprits de ceux qui pensaient qu'il ne s'agissait peut-être que de paroles.
En parlant de "boulons", justement, il convient de saluer la diligence avec laquelle les limiers ont œuvré pour coffrer les deux tristes personnages portant cet alias. Voilà au moins une partie du danger écartée pour ceux dont la vie était menacée. Mais les risques demeurent, tout autant, de par la nature du travail dans lequel se sont engagés ceux dont la tête avait été mise à prix.
Bravo aussi aux unités à pied d'œuvre sur le crime atroce de Janice Farman, l'Écossaise établie à Albion, qui a été retrouvée gisant dans une mare de sang chez elle. Ce crime s'étant déroulé devant les yeux de son fils autiste, âgé d'une dizaine d'années seulement, le caractère scabreux de ce drame relève quasiment de l'indicible. L'âge des personnes inquiétées par les policiers dans cette enquête donne froid dans le dos. Voler et tuer seraient-ils devenus la normalité pour ces jeunes de 18 ou 25 ans ?
Et la triste série noire des morts par violence s'allonge avec ce bébé d'à peine trois mois qui a fait les frais d'une colère maternelle inexplicable…