Ces pédophiles officiels

Pensez-vous que c’est pousser le bouchon trop loin si l’on dit que notre État tolère, pire, reconnaît officiellement la pédophilie ? Quand on connaît la définition de la pédophilie et les ravages que peut faire un prédateur sexuel sur ses victimes, soit des enfants, cette affirmation peut choquer et offusquer. Dans notre conscience à tous, un pédophile est un adulte sadique, un pervers, un monstre qui n’a pas sa place dans aucune société, qui doit être tenu à l’écart et sévèrement puni. Ce qui est juste. Un adulte qui a des relations sexuelles, même consentantes avec un ou une mineur(e), est en infraction avec la loi. The Criminal Code Act, article 249, Rape, attempt upon chastity and illegal sexual intercourse, section (4) Any person who has sexual intercourse with a minor under the age of 16 or a mentally handicapped person, even with his consent, shall be liable to penal servitude for a term not exceeding 10 years. L’adulte concerné est aussi en infraction avec la moralité. Il la viole. Le mineur mauricien dispose d’un autre cadre légal pour le protéger : la Child Protection Act. Ici, la définition de l’enfant est comme suit : « Child means any unmarried person under the age of 18. » Tandis que la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies, dont la République de Maurice est signataire, stipule clairement qu’« un enfant s’entend de tout être humain de moins de 18 ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable. »
Un adulte, soit un homme qui a déjà atteint l’âge légal de la majorité et qui épouse une mineure de moins de 18 ans n’est pas forcément un prédateur sexuel. Et une fois marié, il serait considéré normal que celui-ci ait des rapports sexuels consentants avec son épouse mineure, donc encore enfant. Mais tout bon défenseur des droits et du respect de l’enfant dira qu’un adulte qui a des rapports sexuels avec un/e mineur/e dans le cadre d’une relation amoureuse libre et consentie reste en position dominante sur celui/celle-ci. Une position dominante est ni plus ni moins une forme d’abus. A Maurice, l’État civil autorise le mariage légal d’un/e mineur/e avec la permission parentale. Par ricochet, la loi ne sanctionne pas un citoyen majeur pour abus sexuel d’un enfant, avec l’autorisation des parents du mineur ! Rappelons qu’en 2014, 805 mariages de jeunes âgés de 15 à 19 ans ont été célébrés à Maurice. Prenons un exemple: un homme de 35-40 ans peut être arrêté et poursuivi pour relations sexuelles avec mineure, si cela s’est avéré avec une fille de 16 ans. Par contre, si un homme de cet âge épouse une jeune fille de 16 ans et a des rapports sexuels avec celle-ci, lui ne sera pas inquiété par la loi. Il y a ici un paradoxe qui interpelle ! N’est-ce pas là une forme de pédophilie déguisée ?
Il y a, à Maurice, le cas de ces adolescentes, mères pour certaines, qui vivent en concubinage ou selon les arrangements des familles respectives, avec le père, adulte, de leurs enfants. Ces jeunes filles qui sont généralement issues de milieux pauvres et ne sont pas dans les statistiques. Tout comme ces filles-mères qui vivent encore sous le toit de leurs parents. Lorsqu’elles se rendent à l’hôpital pour des traitements prénatals, le service hospitalier est dans l’obligation d’en aviser la Child Development Unit. Et si le « petit ami » de la jeune mère qui est aussi le géniteur du bébé s’engage auprès de la Child Development Unit à prendre en charge l’adolescente et son enfant, il ne sera pas plus inquiété par les autorités ! Quitte, plus tard, à ne pas honorer sa promesse. De tels cas sont loin, bien loin même, d’être rares. N’est-ce pas là une forme de tolérance envers des hommes qui ont quasiment carte blanche pour augmenter le taux de grossesse juvénile ?
Qu’on se le dise, Maurice n’est pas près de ramener l’âge légal du mariage à 18 ans uniquement. A 16 ans, l’adolescent/e en construction, en recherche et en mutation n’a pas la maturité requise pour une entrée prématurée dans une vie d’adulte. A 16 ans, l’enfance ne fait pas encore partie du passé. A 16 ans, on porte l’uniforme d’une école et on compte les boutons disgracieux sur son front. Aucun gouvernement n’osera affronter la pression qui surviendra le jour où il modifiera la loi pour ne plus autoriser le mariage à 16 ans. Mais l’Etat est disposé à être pointé du doigt par ses pairs de la Southern Africa Development Community pour n’avoir pas pris le parti de se ranger à leurs côtés en signant le Protocole du Genre et du Développement. Ce protocole revêt une importance cruciale dans le combat contre le mariage des enfants. En juin dernier, les pays signataires se sont engagés à ne pas autoriser le mariage d’une personne de moins de 18 ans. Mais à cette même période le ministère qui détient le portefeuille de la Protection de l’enfance était plus occupé à réfléchir sur une publicité: des lèvres entrouvertes et une chopine de boisson gazeuse, une équation qui apparemment dérangerait bien plus que les mariages d’enfants !