Le Petit Chaperon rouge

« Le MTC ne contrôle ni les bookmakers ni les parieurs et ne dispose pas des moyens ni des droits pour vérifier les comptes et la provenance de l’argent de ces derniers, ou même des propriétaires de chevaux. Le MTC ne peut donc se substituer aux autorités afin d’effectuer ces contrôles. C’est pour cette raison que le MTC collabore étroitement avec la MRA et la GRA depuis quelque temps déjà dans le but de mettre en place un organisme doté des moyens et du cadre légal compétent pour mettre un frein aux transactions illégales qui ont lieu autour du Champ de Mars. »
En sus de ce communiqué du MTC, deux de ses administrateurs ont souligné dans une émission radiophonique récemment « les bonnes relations » entre le Mauritius Turf Club et la Gambling Regulatory Authority. On devrait normalement se réjouir de cette nouvelle donne et se dire qu’enfin le monde hippique va évoluer dans des conditions plus saines. Mais chat échaudé craignant l’eau froide, et au vu de ce qu’on a vécu depuis que la GRA version Lepep a été mise en place, nous sommes extrêmement prudents sur cet apparent réchauffement des relations, surtout qu’il intervient la semaine même où cet organisme l'a intimé de le renseigner sur les affres commerciales des entreprises de son président dont — c’est un secret de Polichinelle — la GRA veut la tête.
Le président Mukesh Balgobin n’est pas dans les bons papiers du gouvernement actuel pour des raisons qui relèvent de la basse politique, mais aussi de son intransigeance et sa prise de position à l’égard de SMS Pariaz qui n’ont pas été bien accueillies vu la proximité de son animateur principal, quoi qu’en dise la documentation officielle, avec la hiérarchie de l’État. C’est aussi un secret de Polichinelle que la directrice de la GRA, Chayya Ringadoo, évite le président du MTC comme la peste, suivant un ordre venu d’en haut ! Pour l’heure, seuls deux membres de la hiérarchie du MTC, un administrateur et un directeur, sont considérés comme interlocuteurs.
Au-delà de leur président, désavoué en quelque sorte, les deux administrateurs ont indirectement acquiescé toutes les tracasseries que la GRA a infligées au MTC ces dernières années. Chaque année qui passe a vu la marge de manœuvre du MTC se réduire comme une peau de chagrin et les prérogatives de cet organisme devenues comme un assujettissement à la GRA sont clairement inacceptables.
À moins qu’il ait eu des garanties d’un changement radical des agissements de la GRA à son égard, on a du mal à comprendre la nouvelle stratégie du MTC de présenter cet organisme d’État comme un partenaire fiable. A-t-on déjà pardonné les injonctions dictatoriales de la GRA depuis le début de cette saison 2017 seulement qui ont publiquement humilié le MTC ? À savoir :
1. l’objection à peine voilée à la candidature de Frantz Merven au poste d’administrateur ;
2. l’ordre de remplacement du jockey Rye Joorawon par Swapneel Rama sur Cash Lord lors de la journée du 24 avril ;
3. l’annulation de la première manche du championnat des 4-ans, qui devait être courue le 13 mai ;
4. l’annulation de la première manche du championnat des 3-ans, qui aurait dû être disputée le 18 mai ;
5. le tollé soulevé par la GRA à la toute dernière minute sur les traitements antisaignements.
Aussi, personne n’a oublié les directives les plus inadéquates pour ne pas dire scélérates et partisanes qui ont été introduites, dont la plus idiote est celle de limiter vers le bas les partants à six chevaux pour la plupart des catégories.
En outre, la violence avec laquelle le Premier ministre a répondu négativement au questionnement de donner la possibilité au MTC d’organiser lui-même les paris, comme préconisé par le rapport Parry, est une indication claire que l’État n’a aucune intention d’assouplir sa position par rapport au MTC, en tout cas dans l’immédiat, tant que la guerre larvée des deux pontes du pari Lee Shim et Foo Kune n’aura pas pris fin.
Par ailleurs, les nouvelles mesures annoncées dans le budget de limiter les paris incognito à Rs 2000 et de contraindre tout turfiste misant au-delà de cette somme de se doter d’une carte nominative pour effectuer ses paris sont une première marche contre la liberté individuelle de disposer de son argent comme bon lui semble. Si les autorités recherchent les trafiquants ou autres agents de nettoyage d’argent dans le circuit hippique, il doit s’atteler à porter cette somme à une limite beaucoup plus élevée que celle proposée car, dans sa forme actuelle, elle ne pourra que favoriser une croissance rapide des paris illégaux. Il faut laisser la grande majorité des turfistes tranquilles. Les hésitations de la directrice de la GRA pour savoir si la MRA disposerait des informations nominatives à cet effet ont sans doute déjà tué ce projet inutile dans l’œuf. Il serait intéressant de voir si le MTC est sur la même longueur d’onde que la GRA à ce chapitre.
Enfin, la cour a, vendredi dernier, débouté SMS Pariaz concernant sa demande d’injonction devant le juge en Chambre, en présence de la GRA. La compagnie de paris avait requis que le MTC lui accorde le droit d’accéder aux données techniques, détenues exclusivement par le MTC, pour la prise de paris à cote fixe, que le MTC se conforme à la directive N°2 de 2017 et que le MTC ne s’ingère pas dans la gestion de ses opérations pendant la saison hippique de 2017. Dans son jugement, Bobby Madhub a, le vendredi 16 juin 2017, rejeté avec dépens les demandes précitées, rejetant ainsi la tentative de SMS Pariaz de légitimer sa situation. Depuis samedi dernier, SMS Pariaz agirait donc dans l’illégalité la plus totale puisqu’il n’a pas le droit d’utiliser le programme officiel du MTC sans son accord.
À cette affaire, on pourra mesurer la sincérité des nouvelles intentions de la GRA vis-à-vis du MTC. Elle devrait donc interdire à SMS Pariaz d’exercer en attendant un accord éventuel avec le MTC. Le fera-t-elle ? Rien n’est moins sûr au vu de l’influence de l’un de ses mentors au sein de l’hôtel du gouvernement. En tout cas, ce jugement est un désaveu de la directive émise par la GRA qui a permis à une compagnie de paris d’imposer son diktat à celui qui détient les droits exclusifs. L’ensemble du board de la GRA aurait dû démissionner sur ce jugement. Mais aujourd’hui, la dignité et le sens de l’honneur ne sont que de vieux souvenirs au sein des appareils de l’État.
Dans tous les cas, nous craignons que le MTC ne soit au bout du compte complètement phagocyté par la GRA, dont les ambitions sont autrement décuplées avec la formation d’une Racing Division dont on ne connaît ni les limites ni le champ de ses actions.
Cette relation nous rappelle l’histoire du Petit Chaperon rouge, celle d’une petite fille que tout le monde aimait, surtout sa grand-mère. Alors qu’elle lui apportait une bouteille de vin et un gâteau, un loup s’approcha gentiment d'elle dans les bois pour l’interroger sur ce qu’elle avait dans son panier et où elle se dirigeait. Elle se confia et se livra totalement au loup en toute confiance. Arrivés chez sa grand-mère, le loup retrouva ses réflexes carnivores et dévora la petite fille. Nous espérons que le MTC ne se retrouvera pas dans le rôle du Chaperon rouge, mais une chose est sûre : la GRA demeurera pour longtemps encore le loup de l’État.