Un peu simpliste Mme la présidente

La présidente de la République, au terme d’une intervention émotionnelle, mais un peu simpliste voire naïve, a annoncé son retrait de toutes les instances du Planet Earth Institute « afin de préserver l’image de la présidence ». Cette déclaration a laissé un sentiment mitigé dans la population et ne semble pas être suffisante pour faire taire ses détracteurs et tous ceux qui réclament sa démission ou qu’elle « take leave » de ses fonctions. En fait, la préservation de l’image de la présidence, symbole de l’État mauricien, est au centre des débats depuis le départ et d’aucuns peuvent considérer que la décision de la présidente aurait dû avoir été prise depuis bien longtemps avant que ce qu’on appelle la State house Connection ne prenne l’ampleur qu’on connaît aujourd’hui. En vérité cette situation n’aurait jamais dû exister. Il n’y avait rien de mal à ce que la présidente accepte l’invitation de Lord Boateng pour intervenir dans une conférence à Londres mais elle aurait dû probablement demander des conseils avant d’accepter la proposition d’Alvaro Sobrinho de lancer une branche à Maurice. Si elle avait pris les précautions d’usage, elle aurait découvert l’étendue des démêlés de l’ancien président du PEI avec la justice. Ce dernier n’avait pas, à cette époque encore, été blanchi par les autorités judiciaires angolaises. Cette imprudence a donné lieu à la perception qu’Alvaro Sobrinho a utilisé le PEI comme cheval de Troie pour entrer à Maurice. La présidente affirme que « kouma bann lezot investisseurs ki adress zot au bureau de la présidence, le bureau inn dirige li ver bann institution koncerne. Le rôle de la présidence arett la car mo rôle kouma en chef d’État, se pour protez nou juridiksion ek nou bann institusion ». Personne ne dit le contraire mais cette explication laisse beaucoup d’observateurs sur leur faim. Pourquoi la State House a-t-elle demandé au PMO à trente et une reprises le droit d’accès au VIP pour M. Sobrinho alors que l’aéroport dispose d’un salon à l’intention des hommes d’affaires moyennant paiement ? Le Premier ministre, qui répondait à une interpellation du leader de l’opposition, a pris la peine de répéter à plusieurs reprises que non seulement l’ancien président du PEI avait eu accès au VIP à trente et une reprises, mais qu’en vingt et une fois, il était accompagné de ses proches collaborateurs et des membres de sa famille. Il y a eu également la célérité avec laquelle les licences et permis ont été octroyés et tout le reste qui a offusqué la population. C’est effectivement dans le but de préserver l’image de la présidence, du pays et surtout du secteur financier que tout le monde veut voir clair dans l’affaire Sobrinho.
Contrairement à ce que pense la présidente, tous les débats que suscitent ce dossier et qui sont rapportés dans la presse sont bénéfiques pour le pays dans la mesure où ils projettent l’image d’une presse responsable, peu encline à tolérer les abus de pouvoirs. Au lieu d’accuser la presse, la présidente devrait plutôt aider les institutions du pays à faire toute la lumière sur les nombreux questionnements autour d’Alvaro Sobrinho et les circonstances qui ont favorisé son installation dans l’île. Ces interrogations dépassent les simples questions d’égalité de genres et la présence de « bann madam dan la politik e lavi piblik ». Il revient à la présidente de démontrer l’importance qu’elle attache au respect de nos institutions, à la qualité des personnes qui les composent, à la bonne gouvernance.
Terminons par ce constat du cardinal Maurice Piat dans la dernière lettre pastorale à l’occasion du Carême 2017. « La politique occupe une place importante dans la vie d’une société. Elle y joue un rôle clé… Cependant, le pouvoir politique, comme toutes les autres formes de pouvoir, peut griser celui ou celle qui l’assume et le conduire à un sentiment de toute puissance qui le pousse à se croire tout permis. C’est alors que le politicien peut être tenté de se prendre pour un messie, de prétendre qu’il peut tout résoudre et rendre ainsi le peuple trop dépendant de lui. Pour rester au pouvoir, il sera tenté de s’entourer d’une clique de suiveurs inconditionnels, de séduire l’électorat avec des promesses irréalistes et sans lendemain. Et quand les gens seront déçus, il dira qu’ils sont des ingrats ». A bon entendeur…
Nous souhaitons de Joyeuses Pâques à tous les Mauriciens.