Pilote improvisé

Celui-là, c’est le pilote improvisé. Il s’appelle Pravind Jugnauth. Il a été installé au poste de grand commandeur par son père, prêt à partir bien qu’il ait publiquement annoncé assurer toute la durée de son mandat. Et ce sans demander au peuple s’il approuve ou non ce brusque changement de trajectoire. Voilà où nous en sommes à l’île Maurice et le dernier scandale en date, celui d’Air Mauritius, illustre, à lui seul, tout le malaise qui gangrène ce pays.
Et lui, le Premier ministre imposé, fidèle à lui-même et dépourvu de courage et d’audace, il soutient. Tout. Tant que cela lui assure ses arrières et sa majorité. Il avait, contre l’avis de son père, soutenu Vishnu Lutchmeenaraidoo dans l’affaire de l’Euroloan, il était solidaire de Raj Dayal alors qu’il était pris dans son « bal kuler » et que SAJ avait exigé qu’il démissionne immédiatement de son poste de ministre dès que l’enregistrement de sa réclamation de sous pour financer ses célébrations de Holi avait gagné la place publique.
Il soutient évidemment Showkutally Soodhun, cet habitué des tribunaux déjà condamné pour avoir été de ceux qui avaient endommagé la vitre du siège de Radio One et qui  est sous le coup d’une inculpation formelle d’outrage pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de Xavier Duval parce que ce dernier critiquait son amour débordant pour l’Arabie Saoudite. Evidemment qu’il ne lui demandera pas de se retirer le temps du procès et que cela ne le dérange pas qu’un vice-Premier ministre au titre, certes, aussi improvisé qu’aléatoire, lui aussi, reste sur le frontbench du gouvernement.
Il soutient Sudhir Sesungkur qu’il a nommé en remplacement de Roshi Bhadain bien qu’il était, à l’époque, impliqué dans une affaire avec un ancien partenaire et que, comme si cela ne suffisait pas, il se voit aussi confronté à une autre histoire de messages à une dame et sa gestion extrêmement hasardeuse du dossier Alvaro Sobrinho. L’important pour lui étant de soutenir. Même l’insoutenable.
Comme est le cas de Kalyan Tarolah. Non seulement il se cache derrière l’enquête policière pour ne pas, au moins, lui retirer son poste à responsabilité de Parliamentary Private Secretary, mais il semble très remonté que Rajesh Bhagwan ait déposé une motion de blâme contre son poulain, adepte de selfies à la limite du porno et d’une remarquable délicatesse — comme tous ceux qui entourent Pravind Jugnauth d’ailleurs — à une demandeuse d’emploi à Mauritius Telecom.
Dans le sens de l’humour emprunté et sans saveur qui est le sien, il a dit que, pour lui, la motion sera l’occasion d’un débat sur la moralité et qu’il aura la possibilité de parler de celle de Paul Bérenger, de Xavier Duval et d’Alan Ganoo. Peut-être dispose-t-il d’enregistrements du genre qui étaient en circulation durant la campagne de 2014, mais s’il avait des clichés de ses adversaires politiques photographiant leurs parties intimes dans l’enceinte de l’auguste Assemblée nationale pour être expédiées, il l’aurait fait savoir depuis très longtemps.
Mais il soutient. Probablement aussi sa Speaker Maya Hanoomanjee, dont les agissements avaient été étroitement scrutés lorsqu’elle était la Permament Secretary du ministre de l’Agriculture Pravind Jugnauth par nul autre qu’Anil Gayan, le porte-parole alternatif de l’alliance MSM/ML. Cette Speaker qui peut, à tout bout de champ, expulser les députés de l’opposition pour des peccadilles, mais qui ne nous a pas dit si elle envisage de venir avec une motion de « name and shame » à l’encontre de Ravi Rutnah, et de Kalyan Tarolah qui, lui, a commis son forfait dans le périmètre du Parlement. « I order you out ! », c’est pour les élus de l’opposition qui osent dénoncer les travers ministériels.
Il soutient Air Mauritius. Quoi de plus normal avec tous les « boys » qu’il a nommés au sein de la compagnie. Pravind Jugnauth soutient même  ses poulains qui ont brisé un record vieux de 50 ans, celui d’avoir provoqué une indescriptible pagaille à l’aéroport avec un millier de passagers restés en aérogare parce que les pilotes en ont eu ras-le-bol d’une administration sourde et d’une direction aussi invisible qu’inaccessible. Ce sont ceux qui sont à l’origine de la pagaille inédite dans l’histoire d’Air Mauritius qui aurait dû être parmi les premiers à partir. Lorsqu’on est à la base d’un aussi triste record, on devrait être prêt à partir. Dans le meilleur délai.
Non, le pilote improvisé soutient. Comme il a, hier, soutenu Mike Seetaramadoo contre Megh Pillay dont il a assumé fièrement et publiquement l’éviction comme directeur de la compagnie nationale. Pour défendre ses amis, il cautionne le licenciement de trois pilotes et, ce qui est pire et vraiment honteux, c’est que son PMO fait le même soir qu’un des trois pilotes étrangers soit mis à pied par le trio Sudhoo/Appavou/Seetaramadoo, qu’il soit immédiatement mis sous le coup d’une déportation. Licencié vendredi, Patrick Offman s’est trouvé dans l’obligation de quitter le territoire avec sa femme et ses trois enfants samedi soir. Un ordre de la Cour obtenu sur intervention de Me Gavin Glover a repoussé l’échéance d’une décision qui relève d’un procédé fasciste.
Etre pilote, un vrai s’entend, n’est pas une affaire de dynastie ni de circonstance. C’est un métier exigeant qui demande sang-froid et dextérité. Le pilote est celui en qui des centaines de passagers font confiance pour les mener à leur destination. Et les pilotes mauriciens ont un track record remarquable et envié dans le monde entier. Vous vous imaginez votre fierté de Mauricien lorsque des passagers étrangers applaudissent l’atterrissage d’un courrier de la compagnie nationale piloté par un Dominique Paturau et bien d’autres de la même trempe ? Un frisson patriotique et une fierté nationale vous traversent tout le corps.
Pourquoi chipoter sur quelques avantages pendant que des nominés politiques à MK se transforment, eux, en véritables pigeons voyageurs? Un vrai scandale, un nouveau d’une longue et interminable série à mettre au passif du Premier ministre qui nous a été imposé.