Pilules amères…

Cela fait un bail, nous semble‑t‑il, depuis la dernière fois qu’on ait lu une bonne nouvelle dans les colonnes de nos journaux. On entend déjà les béni‑oui‑oui assener « jamais contents, ces gratte‑papier ! » Mais on peut difficilement se réjouir quand chaque jour qui passe entraîne son lot de nouvelles les unes plus moches et dures à encaisser que les autres.
Faisons un rapide tour d’horizon et démarrons par le pire : des gosses qui périssent aux mains de leurs géniteurs. Ces dernières semaines, on en a recensé plusieurs cas. Parmi, un bébé d’à peine un mois violenté, et maltraité au point d’en décéder. Celui sur qui pèse le poids d’avoir ôté la vie de son enfant est âgé de 23 ans. Et quelques jours auparavant, un autre nourrisson, qui avait pu voir ses trois mois, celui‑là, avait été battu à mort par sa propre mère. Une ado de 17 ans.
Peut‑il y avoir plus terrible ? Et quand on réalise que ces « parents », encore si jeunes, sont eux‑mêmes des victimes de leurs conditions. Enfance volée, adolescence à peine comprise, sexualité sommairement exprimée et assimilée qu’ils se sont retrouvés catapultés dans le monde adulte en devenant parents prématurés… Alors comment y remédier dans une île Maurice où la course folle vers les lubies les plus absurdes façonne jeunes et moins jeunes en automates et esclaves nouveaux des gadgets en tous genres, et une vie dictée par le matérialisme ?
Certes, quelques rares religieux, tous bords confondus, parviennent à extraire quelques heureux brebis du troupeau. En pratiquant une approche plus lucide, ludique, voire appliquée à la situation. Mais l’on ne peut dire autant de la grande masse de nos leaders spirituels. Nombre d’entre eux, toutes communautés confondues, optent pour l’équation (trop) facile de la prêche structurée et carrée, prononcée à moult reprises et qui ne permet nullement de « think out of the box », ou encore moins de calquer les principes inculqués au quotidien.
À cela viennent s’ajouter les « super projets », dont le Metro Express lancé en grande pompe cette semaine. On ne peut s’empêcher de se demander au nom de quelle priorité le gouvernement a‑t‑il décidé qu’il s’agit là d’un projet requérant l’attention absolue ? Au prix de la destruction de certains espaces, par occasions, des quartiers résidentiels, des espaces verts, des zones récréatives, le gouvernement de Pravind Jugnauth a choisi de privilégier ce projet spécifique. N’y a‑t‑il rien de plus prioritaire dans notre pays qui mériterait un tel investissement ? Toute cette agitation n’aurait‑elle pas servi dans une autre sphère de notre quotidien ?
Mais peut‑on décemment s’en étonner de la part d’un gouvernement qui ne s’embarrasse point de détruire le patrimoine ? L’épisode de la démolition, il n’y a pas très longtemps, sans état d’âme aucun, de l’ancien Collège Royal de Port‑Louis en atteste !
Et que dire de l’épisode Soodhun et de ses menaces de mort à l’égard du leader de l’opposition ? Si ce n’est pas une grossière comédie que son interpellation, lundi à sa descente d’avion, ça y ressemble beaucoup ! Notre Showkut inimitable s’en est sorti avec… rien ! De toute manière, il avait déjà eu la « bénédiction » du PM avant de quitter en quatrième vitesse le pays, dans le sillage de son énième bourde. On voyait mal Mario Nobin le prendre à contre‑pied ! Pravind Jugnauth n’ayant trouvé mieux que « regrettable » pour qualifier le dérapage verbal de son président de parti et numéro 4 du GM. Doit‑on encore souligner l’évidence que le PM non‑élu a raté le coche, une nouvelle fois et que cela va certainement peser dans la balance contre lui ?
Aucune bonne nouvelle à l’horizon, on vous avait prévenu ! Et de même, on se fera taxer rapidement de « mauvaise foi », « parti pris », « ti lespri » et on en passe.
Et pour couronner le tout, certains auraient décidé de tout mettre en œuvre pour « casser » la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, Sam Lauthan et Ravind Dhomun. Pour la simple et bonne raison que cette instance parvient, ces temps‑ci, à révéler au grand jour des travers incroyables perdurant au sein de plusieurs de nos institutions, et pas des moindres, car il s’agit du judiciaire, de la police, et de nos prisons. Rien que ça. Des révélations, qui, on ne le répétera jamais assez, viennent confirmer, concrétiser des doutes qui planaient déjà mais dont on n’avait pas les preuves.
Oui, Pravind Jugnauth a déclaré qu’il ne cédera pas aux tentatives de museler la Commission. Tant mieux car ce serait le plus mauvais signal que de courber l’échine. Mais on redoute aussi qu’une fois le rapport de la Commission prêt, une immense cabale soit engagée pour réduire à néant tout le travail abattu. Quand on sait qu’à Maurice tout ou presque est possible, politiquement parlant…
Vivement un peu de douceur et de chaleur (par ces temps de grand froid), à défaut de bonne nouvelle, donc, en vue de faire passer ces pilules amères qui pourrissent notre quotidien !