Plateforme économique africaine : une aubaine pour Maurice

Les grands débats et polémiques sur des questions d’intérêt national et crucial pour l’avenir du pays comme la gouvernance dans le secteur financier et combat contre la drogue devaient connaître une brève pause en début de semaine. Le pays accueillera une cohorte de dirigeants politiques et capitaines d’industrie africains à l’occasion du lancement de la Plateforme économique africaine par la Fondation de l’Union africaine dans les prochains jours. C’est un honneur pour Maurice d’avoir été choisie par l’organisation panafricaine pour cette première réunion. Cela fait de Maurice le porte-drapeau de l’UA en matière d’intégration et de développement africain. Le choix de Maurice s’inscrit dans une logique d’autant qu’elle s’est retrouvée en tête de l’Indice Ibrahim de la gouvernance consacré aux pays africains durant les dix dernières années. Alors que le pays s’engage dans l’année jubilaire et s’apprête à célébrer son jubilé avec éclat en mars de l’année 2018, il faut reconnaître que depuis l’indépendance, Maurice a connu une réussite économique remarquable. Ce progrès repose certes sur une Constitution qui garantit l’existence d’un État démocratique, de la séparation des pouvoirs, de la liberté d’expression, de l’État de Droit, de l’égalité des chances etc. Il est aussi le résultat de l’État providence et de la pratique d’une économie mixte avec les secteurs public et privé travaillant en bonne intelligence afin d’assurer la croissance économique et la répartition de richesse. Le choix de l’économie mixte alors que la plupart des pays africains optaient pour la nationalisation et le parti unique après leur indépendance a permis au secteur privé de jouer un rôle majeur dans la croissance économique du pays. À l’évidence, c’est dans le but de mettre en exergue l’importance du secteur que la Fondation de l’Union Africaine a choisi de se faire enregistrer à Maurice mais également pour le lancement de la Plateforme économique pour l’Afrique qui sera un tremplin pour le développement du secteur privé dans le continent. L’absence de liberté d’entreprise, de mesures de facilitation et de sécurité constituent les obstacles majeurs qui entravent les affaires dans plusieurs pays africains. Pour les surmonter il importe d’adopter une stratégie susceptible de susciter l’épanouissement des entreprises privées, d’améliorer l’attractivité des investissements, de mettre en œuvre des stratégies de diversification et d’industrialisation économiques et de mobiliser les ressources intérieures.
Pour l’île Maurice, la tenue de cette conférence est une aubaine car elle permet d’augmenter la visibilité de la plateforme mauricienne et est une occasion pour positionner et promouvoir le pays comme porte d’entrée pour les investissements en Afrique. À partir d’ici, les investisseurs peuvent gérer leurs opérations sur le continent en toute quiétude. Ces activités permettront de développer des services de soutien et de consolider l’image de Maurice comme un centre financier international pour le continent africain et par conséquent créer de l’emploi. À travers la stratégie africaine du GM, ce dernier et les opérateurs mauriciens peuvent être partie prenante du développement dans plusieurs pays africains. Déjà, selon le BOI, 117 opérateurs mauriciens sont déjà présents dans 24 pays africains. 50 % des profits d’une banque comme la MCB proviennent de ses activités en Afrique. Avec la création des zones économiques spéciales, ce nombre est appelé à augmenter sensiblement. L’Afrique sera de plus en plus une destination incontournable pour Maurice. La réunion de la semaine prochaine sera l’occasion d’une prise de conscience de la place de Maurice sur la carte africaine.
Sur le plan local, avec la reprise le 28 mars prochain des travaux parlementaires, les interpellations, déclarations et autres motions parlementaires permettront de donner un éclairage sur les différents scandales qui ont secoué le pays durant les derniers mois voire les dernières semaines. Toutefois, concernant la drogue, il est temps que la Commission Lam Shang Leen songe à publier ne serait-ce qu’un rapport préliminaire sur l’enquête qu’elle mène depuis plusieurs mois. Pour ce qu’il s’agit de la carte d’identité, il est évident que leaders et décideurs politiques doivent donner l’exemple en se munissant de leur carte au cas où ils ne se sont pas fait enregistrer. Toutefois, l’amende imposée par la loi à tous ceux qui ne détiennent pas leur carte d’identité est tout à fait déraisonnable, d’autant que sans elle, aucune démarche officielle ou bancaire n’est possible.